Ecrit par zinfos974 – le mardi 7 mars 2017 à 09H27
"Nous, nous pensons et nous agissons avant tout dans l'intérêt des élèves". Combien de fois avons-nous entendu ce leitmotiv martelé par notre haute autorité académique lors de leurs interventions en commission ou dans les médias et cela à tout propos et en toutes situations ?
Et plus particulièrement, quand il s'agit de culpabiliser les enseignants qui osent mettre en doute ou s'opposer à telle demande ou telle directive (académique ou nationale).
Ou bien tout simplement lorsqu'ils quémandent plus d'écoute et de considérations. Ces enseignants, qui sont souvent seuls, voire très seuls, à vivre et à travailler des heures, des jours et des mois durant avec ces élèves, ne seraient-ils pas mieux placés que quiconque pour se préoccuper de l'intérêt de ces derniers ?
Ces hauts représentants locaux du ministère de l'Éducation nationale qui de quinquennat en quinquennat viennent toujours nous chanter les bienfaits des incessantes réformes quand bien même elles sont souvent opposées les unes aux autres en fonction de la couleur politique du gouvernement. L'art du grand écart semble être une compétence essentielle à ce rang hiérarchique.
Ainsi en 2008, ces messieurs de la haute autorité académique-là aussi malheureusement un domaine où la gent féminine fait défaut-ainsi que leurs représentants de proximité vantaient les mérites de la semaine des 4 jours et d'un programme scolaire dénué de sens en ce qui concerne l'intérêt des élèves, et quatre ans plus tard venir nous professer le contraire.
Autre exemple de notre interrogation quant à l'intérêt véritable qu'ils portent aux élèves : plus récemment, lors de la sortie du nouveau décret sur l'inclusion des élèves porteurs de handicaps (transformation des CLIS en ULIS école), aucune mobilisation de leur part n'a vu le jour pour aider au mieux les équipes d'écoles dans sa mise en œuvre sur le terrain, et ce malgré l'insistance de tous les représentants du personnel.
Depuis un an, chaque équipe des écoles de l’île applique ce nouveau décret cahin-caha. Et dans bien des cas, malheureusement, l’inclusion est synonyme de chemin de croix pour les élèves et les enseignants concernés.
Des exemples comme ceux-ci foisonnent si la mémoire ne nous fait pas défaut. Quel crédit accorder alors à cet argument massue sorti de la bouche de notre haute autorité académique ?
D'autant plus que leurs seules occasions de s'approcher des élèves auxquels ils portent grand intérêt s'apparentent plus à la visite du salon de l'agriculture par des élites nationales ou de l'inauguration d'une quelconque salle des fêtes par nos édiles locaux.
Pour parodier Giscard s'adressant à Mitterrand lors d'un débat télévisé en 1974, nous pouvons dire "Non, Messieurs de la haute autorité, vous n'avez pas le monopole de l'intérêt des élèves !"
L'anecdote ci-après illustre cette déclaration: Lors de sa visite d'une école dans l'est de notre académie à la rentrée de janvier, notre recteur et son aréopage ont certainement pu se rendre compte de la chaleur qui régnait dans un mobil home qui fait office de salle de classe.
D'innombrables grosses gouttes de sueur, nous a-t-on dit, perlaient aux fronts de ces messieurs-dames. Un témoin anonyme a cru même entendre de la bouche d'une représentante de l'Éducation nationale plus ou moins ces quelques mots : "Elle est bien gentille la maîtresse de nous inviter à assister à cette séance, mais je n'en peux plus de cette chaleur étouffante !"
En ce mois de février, nous dit-on toujours dans cette même école, la chaleur ressentie avoisine les 50 degrés Celsius. Nous pouvons même supposer que cela est malheureusement de même pour bon nombre d'écoles du littoral réunionnais.
Avons-nous seulement une fois entendu, vu ou lu dans les médias le recteur ou ses collaborateurs se préoccuper de cela ? Certes, ils ne sont pas responsables de cet état de fait, mais leurs témoignages médiatisés, leurs engagements, leurs mobilisations pourraient sensibiliser nos décideurs locaux ou nationaux sur la problématique du bâti scolaire dans notre académie et donc sur les conditions de travail de nos élèves.
Pourrait-on imaginer que dans l'hexagone par temps d'hiver des élèves subissent les assauts du froid dans leurs classes sans que personne ne crie au scandale ? Mais il vrai que le Réunionnais ne peut pas se plaindre, car il est habitué à la chaleur.
Ainsi va la vie dans les hautes sphères de l'Éducation nationale, il suffit que notre ministre rêve, souhaite, demande pour que ces représentants locaux se plient en quatre pour la satisfaire – "loyauté" ou avancement de carrière obligent. Mais lorsque les acteurs de terrains alertent, témoignent, souhaitent, revendiquent auprès d’eux, comme on dit chez nous, "Zoreils cochon dann marmite pois"!
Quid alors de ce sacro-saint "Dans l'intérêt des élèves" Serait-il à géométrie variable ? Présent quand il s'agit de protéger des intérêts personnels et gouvernementaux, présent quand il s'agit de discréditer les revendications du personnel et absent dans la prise en compte des réalités du terrain.