[Courrier des lecteurs] Grève au CHU: Les vrais coupables continuent et continueront à couler des jours heureux

La grève au CHU jette un éclairage douteux sur la situation de l’hôpital public à La Réunion ouvrant un lâcher vengeur de commentaires acerbes.
Chacun a connu dans sa vie, un passage au CHU soit pour se faire soigner, soit pour visiter un proche, à St Denis ou à St Pierre. Peut-être même qu’il vous est déjà arrivé de pester contre l’attente aux urgences, cette attente "interminable" voire inadmissible, tant le temps paraît long lorsque l’on souffre et qu’on attend une réponse, là tout de suite maintenant.
Cet épisode que chacun a pu vivre, est le quotidien des agents du CHU. Tous les jours ils sont confrontés à cette douleur, à cette maladie. Tous les jours, ils essaient d’y répondre, quelques soient les circonstances que traversent leur service, les menaces qui pèsent sur leur emploi, ou l’incompréhension dans laquelle certaines décisions les plonge.
C’est normal, c’est bien ce qu’on leur demande de faire : c’est leur job.
Sauf qu’aujourd’hui, leur job est critiqué de toute part, leur façon de travailler est jetée en pâture sur la place publique.
C’est là tout le problème. Imaginez-vous en venir aux mains avec le pompiste pour le prix de l’essence ? Attaquer le facteur pour les piles de factures qu’il glisse dans la boite aux lettres ? Reprocher à l’institutrice le calendrier scolaire ?
Non, même si le pompiste, le facteur ou l’instit’ sont les premiers visages associés à ces désagréments, on sait pertinemment qu’ils ne fixent pas le prix de l’essence, qu’ils ne se mettent pas dans la poche nos factures et qu’ils sont loin de fixer les dates des vacances scolaires.
C’est pareil pour le CHU. Ils sont le visage, les pieds, les mains, les parties articulées, incarnées et visibles d’un déficit, d’erreurs de gestion. Mais ils ne l’ont pas décidé. Ils ne se lèvent pas le matin en se disant tiens aujourd’hui, je vais me planquer et creuser un peu le déficit.
Pourtant le déficit, ils vont le goûter, ils vont en souper, ils vont en subir les conséquences, se retrouver sans emploi et on leur dira pour bien les achever, vous n’aviez qu’à bosser !
Et personne ne leur dira merci, vous avez bien travaillé, vous nous avez soigné mais c’est comme ça, on ne peut pas en virer d’autres donc c’est vous qui sautez. Bon courage.
Ils méritent des encouragements pour la suite.
Parce que quand ils seront sur le carreau, que vous serez soigné dans des temps bibliques, faute de personnel, ceux à l’origine de cette situation ne seront pas inquiétés, ils continueront d’avancer masqués et de prospérer.
Qui sont-ils ?
Ils sont une poignée. Il n’y a pas de complot ou de tous pourris qui vaille. Ils sont à peine une demi-douzaine. Oui il suffit d’une demi-douzaine d’incompétents pour faire tomber un géant.
Un déficit marque un manque de performance.
Pourtant il y avait une personne en charge de la performance du CHU. Oui une personne de l’administration sanitaire, dont le job était exclusivement dévolu à la performance du CHU. Que s’est-il passé ? Lui demande-t-on des comptes ? Non. Bien sûr que non. Et puis sa mission depuis n’est plus la performance du CHU. C’est dire sa mission a été si bien remplie, que depuis cette personne a gravi les échelons pour devenir directeur des ressources humaines. Aucun risque qu’à cette fonction dans l’administration publique il y ait réduction des effectifs, ce sont des emplois garantis à vie. Voilà une retraite anticipée bien méritée.
Un déficit marque un manque de contrôle.
Qui a décidé, attribué et contrôlé les fonds publics destinés au CHU ?
Essentiellement deux personnes dont la mission principale était de mesurer les besoins du CHU en fonction des soins prodigués pour les financer en exigeant toujours la plus grande efficacité.
On voit combien leur travail a été efficace 50 millions d’euros en moins plus tard…
Au moins 190 emplois au CHU vont sauter, 190 familles au minimum seront affectées. Mais soyez rassurés, eux, directement en charge et responsables d’avoir continué de financer le Titanic plutôt que de colmater la brèche avant que le navire ne s’abime, sont bien recasés et ne risquent pas d’être inquiétés.
Ironie du sort, l’un est bien placé directeur sans risque au CHU, son emploi ne fait pas partie des effectifs qui vont sauter.
L’autre véritable architecte de ces comptes pourris est : talaaaam directeur aussi bien sûr ! Vous êtes bien assis ? Parce que l’autre est devenu directeur de la stratégie et de la performance de l’institution en charge de contrôler le CHU… Oui c’est comme si on demandait au capitaine du Costa Concordia de prendre les commandes d’un porte avion pour croiser dans la baie des Cochons…. Ou à Al Capone de rédiger une loi d’amnistie fiscale…
Ces pions-là, devenus des fous de la diagonale de l’inefficience de La Réunion, nous ne les verrons jamais rendre des comptes. Ils coulent des jours heureux, grassement payés malgré les dangers qu’ils font peser sur les comptes publics et sur notre santé.
Celui que nous voyons vaguement s’agiter et pérorer qu’il plaidera près du ministère – c’est un discours, en réalité il n’en fera rien- est celui qui au courant de ces pratiques, alerté 1000 fois, continue de les couvrir quand bien même il a disposé de nombreuses opportunités de les assainir. Aujourd’hui encore, il préfère sacrifier 190 familles, couper la tête d’un homme déjà à terre plutôt que de donner une vraie chance à la santé de se réformer.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le sacrifice de 190 familles est un pansement sur une jambe de bois. Mais tant que les bourreaux ne souffrent pas, alors ça va.
Un lecteur bien informé.


