Les banquiers préfèrent la gauche

En France le monde des affaires a toujours eu paradoxalement des problèmes avec la droite.
"Mon seul adversaire, celui de la France, n'a jamais cessé d'être l'argent", déclarait le général. Et avec cette insupportable manie de promouvoir la "participation", de Gaulle a failli imposer aux patrons la co-gestion. Il avait collé ses ingénieurs partout pour surveiller les entreprises ou même pour en prendre la direction.
Situation paradoxale n’est ce pas ! En première analyse, les forces de l’argent devraient soutenir la droite, dont les valeurs paraissent rejoindre celles des libéraux économiques. Et symétriquement la gauche devrait être du côté des "travailleurs".
Mais la France est un pays complexe, plein de paradoxes et de contradictions et les Français manquent de raison. Les choses ne sont pas si simples.
Ainsi l’expérience montre qu’avec la droite au pouvoir, ça ne marche pas bien pour les libéraux. Ca ne fonctionne pas bien pour trois raisons :
- d’abord la droite est trop nationaliste et repliée derrière ses frontières, ce qui contrarie évidemment le libre échange et perturbe le marché.
- elle est culturellement conservatrice et repliée derrière ses valeurs de famille, de patrie, de culture nationale, et cela n’est évidemment pas propice aux innovations mercantiles et à la 2.0 génération mondialisée. Aujourd’hui, avec les problèmes d’immigration et de sécurité, la droite voudrait en plus tarir l’immense réservoir de main d’œuvre et de capitaux ! Quelle folie ! Quoi ! ils voudraient nous obliger à travailler avec les bouseux du coin et placer notre argent au Crédit agricole ou à la banque postale, pense Gattaz !
- mais surtout, d’un point de vue systémique comme on dit, la droite au pouvoir suscite toujours de vives oppositions, des force de résistance au changement du camp d’en face , syndicats, associations, etc.. , et au final logiquement ça coince !
Un petit bout d’histoire pour nous rafraichir la mémoire : De Gaulle était, on l’a dit, insupportable avec les banquiers et les affairistes et était très interventionniste.
Pompidou qui venait de chez eux, de santé fragile, avait repris les mêmes travers.
Giscard, aristo et hautain, avait le projet, en mimant les scandinaves, d’ installer en France une sociale démocratie moderne, avec cette obsession ridicule de vouloir, par la formation professionnelle, transformer chaque ouvrier en ingénieur.
Chirac, ce fut le retour nostalgique et épuisé d’une droite sociale. Mais, trop paresseux, il a plongé le pays dans une espèce de léthargie, climat peu propice aux affaires. En plus, tout avait déjà été fait avant lui.
Sarkozy était tout désigné pour redonner du pep à l’action libérale. Mais, trop excité , désordonné et incontrôlable, il a tout de suite fait exploser le consensus et a focalisé trop de critiques, parce qu’il n’était pas très discret le bougre ! La crise lui a ouvert un champ d’action où il a brillé, mais, grand malheur, il s’est pris pour mère Térésa et a fait payer l’addition au grand capital. Car voilà- t-y pas qu’il s’est mis à faire du social avec son Martin et, prétextant la crise , s’est avisé d’augmenter les prélèvements obligatoires pour préserver nos amortisseurs sociaux. Résultat des courses : une dette abyssale qui explose et un foutoir où plus personne n’y retrouvait ses petits. Bon on s’en est débarrassé grâce à ces couillons de gauche qui n’y comprennent rien à l’économie et au grand capital. On leur a fait croire que la dette, qui en principe permet de financer à crédit nos régimes sociaux, témoigne non d’une générosité sociale mal assumée mais des faibles capacités de gestionnaire du grand chef . Que voulez vous la gauche aurait préféré qu’on se serre la ceinture !
Avec la gauche au contraire c’est plus clair et simple pour les affairistes !
D’abord on a la paix sociale. A part ces excités de la CGT , personne ne bouge, suffit de flatter Nicole Notat ou Chérèque. Avec FO, c’est différent mais aussi facile : on augmente un peu les fonctionnaires et ça passe. Restent les enseignants, mais on les occupe à discutailler des programmes, dont tout le monde s'en fout, et des horaires et on est tranquille pour une législature. Ils peuvent défiler sur les boulevards qu’ils veulent !
Les banquiers et leurs clients, de leurs côté, respirent dans les intervalles de ce vaste cycle des gouvernements de droite des temps difficiles après les trente glorieuses .
Tenez Mitterand ! Quel grand homme ! après les deux premières années folles et deux dévaluations compétitives pour donner des gages à ses gogos d’électeurs, on est revenu aux choses sérieuses. Vous vous souvenez de 91, avec ce grand moment du traité de Maastricht ? Quel bonheur ! plus de banque de France, la libre circulation des hommes, des idées et de l’argent.
Comme nous regrettons DSK qui aurait pu nous faire gagner tant de temps et aller encore plus loin et plus vite !
Au lieu de cela après le fiasco de Sarkosy, le prix à payer de ce discrédit de l’attelage de plus en plus problématique entre la droite et le grand capital, ce fut en effet Hollande, le grand pacificateur, celui par qui plus rien n’arrive sauf les arrivistes !
Hollande a plombé le système mais ce n’est pas de sa faute. Ces salauds de frondeurs marxistes l’ont empêché d’avancer. On a pu limiter la casse, a dit le Medef, mais on est passé près du gouffre en évitant la nationalisation de tout l’appareil productif et des banques; et on a pu trouver enfin un arrangement avec le CICE et le pacte de responsabilité.
Bon ! Allez du passé faisons table rase. Qu’est ce que l’on fait désormais ?
On va s’en occuper ont déclaré en chœur Séguéla, Drahi, Niel, Bergé, Pigasse et Arnault . Y a que Bolloré qui sait plus où il a mis ses chaussures, parce que le breton, un peu rustique, a ses fidélités de terrien.
D’abord faut se mettre dans la poche les journalistes puis les fonctionnaires. En France c’est incontournable ! Forcément ils sont 6 millions, plus leurs femmes, leurs enfants majeurs et leurs cousins. Et puis il y a tous les quasi-fonctionnaires qui vivent de l’argent public. Top là ! le compte y est ! Le compteur est à 10 000 000 d’électeurs, juste ce qu’il faut pour être à 25 % au premier tour !
Pour le candidat il nous en faut un, vierge, sans parti, sans programme, qui fédère la gauche et le grand capital ! Un DSK moins rond, légèrement plus maigre et plus grand, à la sexualité moins vigoureuse et plus discrète.
J’ai ce qu’il vous faut, a ditDrahi : mon bras droit, Mourad, a un pote qui a travaillé à l’Inspection des finances, chez Rothschild et voit tous les matins Hollande.
Et comment c’est-y qui s’appelle votre gugusse ? Macron !
Un peu grivois il a poursuivi : comme les soutiens gorges, il soutient la droite, il soutient la gauche, il empêche le ballotage et il donne un buste fier. Et en plus il connaît Bayrou qui habite près de Lourdes et peut faire des miracles .
Vous vous en souvenez, a-t-il poursuivi, ce petit là en a dans la culotte ! Mais oui, c’est lui chez GAD, vous avez vu comment il a mouché cette effrontée, illettrée de "sans culotte" justement !
Coup de fil de Bouygues Télecom. Allo, allo ! Ici Didier Cazas ! J’arrive
Tous ensemble ! Tous ensemble ! derrière Macron, le candidat du Figaro, des Echos, de BFM TV de RMC, de l’Express, de l’Expansion, de Libération et du Quotidien de la Réunion, de SFR et de Bouygues .
Et au diable ce cul serré de Fillon qui veut sauver la France.
Pierre BALCON


