L'ONF est-il à la hauteur

Beaucoup de téléspectateurs ont pu voir le dimanche 25 octobre, une émission diffusée sur Tempo et consacrée aux pestes végétales à la Réunion.
Ce documentaire, au demeurant assez bien fait, m’a cependant laissé une impression de malaise tant les intervenants insistaient sur le caractère invasif du goyavier et semblaient classer cette plante au sommet des espèces végétales à éradiquer de la Réunion.
Tout dans leurs propos indiquait que les Réunionais devaient absolument intégrer cette notion et pour ceux qui se sont lancés dans la production de ce fruit, penser dès maintenant à se reconvertir.
Mon sentiment, c’est que cet organisme a laissé se propager les pestes végétales les plus virulentes est se trouve aujourd’hui dépassé par l’ampleur du problème. Ne sachant plus comment l’appréhender il tente de détourner l’attention sur une espèce qui, à mon sens, est loin d’être la principale menace pour nos forêts.
En réalité, le goyavier pousse sur le sol réunionais depuis des décennies. Tout observateur, prenant la peine de marcher un peu et d’examiner la végétation, peut se rendre compte que si cette plante s’installe volontiers dans les clairières, sur des terrains dégagés ou laissés en friches, elle n’a pas la faculté d’envahir les forêts primaires aussi facilement, que l’on prétend.
Dans la plupart des cas, les champs de goyaviers sont constitués de petits massifs disséminés le long des routes et sentiers ou par des massifs plus importants s’arrêtant à la lisière des forêts, même si l’on peut rencontrer ici est là, à la faveur d’une trouée ou d’un éboulis, quelques pieds isolés.
Par ailleurs, là où il pousse, cet arbuste ne menace pas directement les plantes qu’il côtoie, contrairement aux espèces grimpantes comme la vigne marronne ou la liane papillon, qui elles, enveloppent et étouffent systématiquement tout ce qui les entoure.
Ainsi, dans le secteur du brûlé et du Colorado le goyavier est présent depuis aussi longtemps que ces deux espèces en questions. Alors qu’il reste plutôt cantonné dans la partie haute, on peut constater au contraire, les ravages occasionnés par la vigne marronne et la liane papillon sur les deux versants qui dominent la Rivière Saint-Denis.
La même chose peut être observée sur les remparts de Salazie, de Dos d’âne, de la Plaine des palmistes et un peu partout ailleurs où, de surcroît, la présence du longose et du chocas achève d’aggraver le fléau.
Alors, plutôt que d’alarmer inutilement la population sur la présence du goyavier avec cette démonstration de pied de biche qui m’a l’air aussi efficace qu’un ouvre boîte sur un fût d’essence, on ferait mieux de s’occuper de ces plantes qui ont déjà envahi dangereusement la quasi-totalité de nos espaces naturels.
Cette action ne doit pas être menée de façon anarchique comme un cochon qui vagabonde en fouillant le sol par ci par là.
Il faudrait au contraire, impliquer toutes les communes, la chambre d’agriculture ainsi que les propriétaires concernés, dans un plan de lutte cohérent et ambitieux, étalé sur plusieurs années, avec des objectifs précis en termes de surfaces à nettoyer et à régénérer.
Chaque parcelle devra être délimitée et traitée méthodiquement par des méthodes mécaniques, chimiques, ou biologiques selon le cas, puis suivie régulièrement par des ouvriers compétents, jusqu’à élimination totale des plantes indésirables.
Commencer par des moyens mécaniques dans des secteurs complètement infestées et difficilement accessibles est une méthode vouée à l’échec, synonyme de gaspillage d’argent et d’énergie.
De même, penser que l’on pourra, avec les moyens actuels, recréer dans ces zones dégradées et accidentées, une forêt originelle avec plein de tuit-tuits n’est qu’une belle utopie.
L’ONF aurait dû s’en rendre compte, depuis qu’il essaie de s’attaquer aux longoses qui prolifèrent entre le brûlé et la roche écrite.
A chaque fois qu’il a taillé dans la masse, la bête a repoussé de plus belle comme l’hydre de Lerne dans la légende d’Hercule.
En attendant que nos chercheurs mettent au point des méthodes mieux adaptées, il serait plus logique d’enrayer l’expansion de ces pestes en traitant, pendant qu’il est encore temps, les petits massifs éparpillés et accessibles ainsi que les secteurs les moins touchés comme à Cilaos ou à Mafate.
A l’heure où l’on parle d’environnement, de parc naturel, de classement au patrimoine mondial, il serait grand temps que l’ONF et l’ensemble de nos collectivités réfléchissent ensemble et mettent en place les moyens nécessaires pour s’occuper sérieusement des véritables pestes qui menacent nos espaces naturels.
Ces lieux doivent absolument être préservés si l’on veut qu’ils demeurent un atout essentiel dans le développement du tourisme à la Réunion.
G.G.


