Me Albon fait très fort: son "client", récidiviste, relaxé en 5 minutes !

Il y a peu, au Tampon, avec ses dalons de turpitudes, la cuite allait bon train : à 2h45 du matin, ils en étaient « à la 3è ou 4è bouteille de rhum charrette », il ne sait plus trop, ce qui s’admet aisément. Ambiance chaude par voie de conséquence, chansons paillardes et rires suraigus, voilà de quoi exaspérer le voisinage qui appelle la gendarmerie.
Il se trouve qu’une patrouille est précisément dans les parages avec un maître-chien, pour une affaire qui n’a rien à voir avec nos fêtards.
La maréchaussée commence à interroger le groupe de noctambules et c’est là que ça se gâte. Emmanuel demande à l’un des gendarmes : « C’est quoi ce chien là ? »
Quiproquo ? Mauvaise interprétation ? Le gendarme croit comprendre qu’on le traite « de chien ». Hop ! Embarqué, l’Emmanuel. Qui résiste un peu, se débat. Ce qui, au PV, se traduit par « Injures et tentatives de coups à représentant des forces de l’ordre ».
Généralement, les tribunaux apprécient assez modérément. Emmanuel qui était déjà détenu pour vols en récidive avec circonstances aggravantes (il est libérable en mars 2016) voit déjà son avenir se dessiner sous les teintes les plus sombres.
Mais la chance peut se camoufler sous les plis d’une toge noire. En début d’audience, la présidente Tomasini demande au jeune délinquant s’il a un avocat.
« Non ! J’en avais demandé un lors de ma garde à vue mais je ne sais pas si on a fait suivre ma demande ».
Il se trouve que Me Albon est avocat de permanence. C’est le substitut Genet qui sollicite un léger report de cette affaire pour permettre à l’avocat de prendre au moins connaissance des termes du dossier.
Le temps de liquider une autre affaire de construction illégale vite expédiée, l’affaire Emmanuel revient à la barre.
« Pourquoi avez-vous mal répondu au gendarme ? »
« A cause lu té cause en couillon èk moin ! »
Le substitut a réclamé 3 mois de rabe pour le jeune homme. Me Albon n’y est pas allé par quatre chemins : « Où sont les soi-disant aveux de ce jeune ? Nulle part ! Il n’y a que les PV. Où sont les insultes prétendues ? Nulle part ! Ah oui ! le mot chien a été prononcé. Mais les enquêteurs n’ont rien compris aux mots prononcés par celui-ci. Il a juste demandé ce que c’était que ce chien accompagnant les gendarmes. Il s’est exprimé dans sa langue natale et n’a jamais traité personne de chien. Outrages ? Rébellion ? Je n’en vois pas et réclame la relaxe pure et simple ! »
Moins de 5 minutes, je vous dis. Il en a fallu encore moins, une petite minute bien pesée, à la présidente Tomasini pour rendre son verdict : « Vous êtes relaxé au bénéfice du doute ».
Personne n’y croyait, surtout pas le mis en cause, qui arborait un petit sourire en repartant entre ses Cerbères. Merci qui ?


