"L’affaire" Thierry Robert renvoyée : Du très grand art procédural !

Quand on en a les moyens, ça vaut le coup de s’offrir les services d’un procédurier de haut vol. Dont Me Creissen est un exemple de taille.
Le député-maire Thierry Robert en a fait la délicieuse expérience aujourd’hui. Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour entrave à la circulation et subtilisation des clefs des voitures de ses adversaires lors des législatives de 2012, il s’était fait accompagner de quelques dizaines de sympathisants. Une salle d’audience pleine à rompre.
Avant que ne débute l’examen des faits reprochés aux frères Thierry et Jean-Pierrick Robert, la Cour entend l’avocat des prévenus sur des "irrégularités" de citation aux accusés, susceptibles selon lui d’annuler, sinon de renvoyer le procès aux Calendes grecques.
Me Creissen n’a pas fait dans la dentelle : les prévenus ont été mal informés de ce qu’on leur reprochait exactement. Ce qui est pour le moins paradoxal : la veille (hier), sur les ondes de Freedom, Thierry Robert s’est étendu en long, en large et en travers, pendant plus d’une demi-heure, sur tous les faits qu’on lui reprochait : gémissant, s’apitoyant sur lui-même, pleurant presque que "l’on voulait abattre ti Malbar-là" (sic). Alors… il le savait ou pas ?
Qu’importe !... Me Creissen argue du fait que ces "qualifications boiteuses… ces faits mal précisés", conduiraient le Procureur "à violer la loi et qu’il devrait annuler lui-même sa propre procédure !"
Remonté comme un coucou suisse, en guise de paquet-cadeau, le défenseur attaque ensuite bille-en-tête la Cour et le Parquet. Sous les sourires narquois de ses clients.
Interpellant la Présidente Peinaud sur "son impartialité, son indépendance, la proximité entre la Cour et le Parquet, et la propension à couvrir les irrégularités d’icelui" (je fais simple là), le défenseur y voit "un dévoiement des autorités de poursuite". Ce qui pousserait les justiciables à s’interroger sur la Justice de leur pays. La "manipulation politique" n’était pas loin, nous y avons eu droit.
M. le Procureur Zuchowicz s’élève vertement contre cette agressivité de la défense et ses tentatives d’intimidation, admettant tout au plus une confusion quant à la convocation de Jean-Pierrick Robert.
La Cour (c’est-à-dire la Présidente) se retire pour délibérer sur ce point délicat de procédure. Intervalle qui nous a donné le temps de poser la question épineuse à un avocat, dans le patio-des-pas-perdus : dans un tribunal à juge unique, avec qui la Présidente délibère-t-elle ? "Avec elle-même", nous fut-il répondu.
Résultat de cette "délibération" : l’affaire est renvoyée à on ne sait quand. Le Parquet est invité à mieux se pourvoir. Salves d’applaudissements dans la salle.
A la sortie, tant qu’à faire, puisque micros et caméras étaient présents, Thierry Robert a annoncé la candidature de son frère aux municipales de Saint-Louis. Précisant que c’était lui-même, personnellement, tel quel, comme un grand, qui allait conduire la campagne du petit frère. Lequel n’a pas moufté ! Une façon, sans doute, pour le maire de Saint-Leu, de dire qu’il place ses pions où il veut, quand il veut. Son ton était plus hargneux que ces quelques lignes.


