Riverains contre bulldozers: La Région priée d'extraire ailleurs pour la NRL

Le décor était magnifiquement planté hier après-midi dans la lumineuse steppe de la Ravine des Lataniers. La magie s'arrête là. Tractopelles et camions promettent de débouler dans les prochains mois si l'on en croit la détermination de la Région à tenir sa promesse de 2010.
Le collectif pour la Protection de la Grande et de la Petite Ravine des Lataniers croit encore pouvoir influer sur le cours du futur chantier. Quoi de mieux pour sensibiliser le public que de lister les espèces menacées par les bulldozers, et bien connus des anciens. Le bois de chenille, le bois d'huile, le bois puant, le mahot rempart ou encore le tanguin pays tapissent la zone, énumèrent les membres du collectif qui ne veulent pas lier leur fronde anti-carrière à celle d'une nouvelle route.
"Nous souhaitons, comme tous les Réunionnais, une liaison sécurisée entre le Nord et l'Ouest, mais pas à n'importe quel prix", lancent-ils. Arbres centenaires ou vestiges des premières activités humaines dans l'île Bourbon, la ravine est presque encerclée d'un parc, véritable poumon vert à deux pas du centre-ville. Une opportunité à embellir plutôt qu'à raser, clament-ils.
En des termes juridiques, le projet demeure opposable à plusieurs titres, selon le collectif. Le projet d'extraction ne comporte tout d'abord pas d'étude d'impact. Un manquement que n'a pas manqué de souligner l'Autorité Environnementale, le Conseil National de Protection de la Nature et le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel.
La Région prise en défaut à cause de son propre SAR ?
Enfin, comble de l'ironie, rapporte Stéphanie Gigan, présidente du collectif, "la ravine des Lataniers ne figure tout bonnement pas dans le schéma départemental des carrières du fait de son classement en zone protégée. Une évidence inscrite au Schéma d'aménagement régional adopté par ceux-là même qui veulent extraire ici... la Région."
Sur le plan de la préservation du cadre naturel justement, Stéphanie Gigan complète son argumentaire par le fait que le site des Lataniers est en partie couvert par une zone d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 1 dans laquelle le schéma départemental des carrières interdit explicitement l'ouverture de carrières. Une autre partie de la zone est enfin inscrite en ZNIEFF de type 2 à "secteurs à très forte sensibilité". Mais cette dernière catégorie demeure moins contraignante quant à la possibilité d'y établir une carrière, à condition que des études environnementales soient menées.
Le collectif guette la procédure en cours de révision du schéma des carrières. Si son argumentaire ne fait pas mouche sur la Région, ses membres promettent d'ester en justice par un recours administratif qui ne manquera pas d'être appuyé par d'autres associations écologiques. Le collectif qui a quatre mois d'existence est soutenu par plus de 700 signataires, rapporte sa présidente.


