Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

50 euros d’APL : La France de Macron

Ecrit par zinfos974 – le mardi 22 mai 2018 à 11H20

Emmanuel Macron lance une nouvelle polémique avec sa phrase sur les 50 euros d’APL qui serait la dernière obsession de certains Français ne connaissant rien à l’histoire de France. Elle rend l’image d’un Macron élitiste et aristocratique. 

Or la France s’est construite en rassemblant les cavaliers et les va-nu pieds. Macron est Rastignac : il rêve de grandeur, de lyrisme, d’héroïsme, d’épopées. Pour lui la France, c’est du Racine : des personnages agités par des passions élégantes. D’où cette déclaration: « Les gens qui pensent que la France, c’est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus (…)» et où l’ « on invoque la tragédie dès qu’il faut réformer ceci ou cela, et qui pensent que le summum de la lutte c’est les 50 euros d’APL, ces gens-là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays. L’histoire de notre pays, c’est une histoire d’absolu, c’est un amour de la liberté au-delà de tout, c’est une volonté de l’égalité réelle ».

Cette déclaration est le rêve du fils à papa amiénois qui dit sa vérité. Rastignac, nous l’aimons tous, mais il est vieux de deux cents ans désormais, et Balzac n’a jamais caché les défauts de ce cynique ambitieux. En ce sens, la France de Macron, c’est celle des héritiers de la bonne bourgeoisie de province qui s’ennuie dans un monde morne, et qui rêve les yeux grands ouverts. 

On aurait tort de reprocher à Macron sa solitude dans ce déni face à la réalité française. La conviction que la France est un fantasme aristocratique a nourri l’imaginaire des dirigeants moulés par Sciences Po et l’ENA. Le peuple français ? Un ramassis de bourrins incapables : de se gouverner, de se réformer, de réfléchir, de comprendre le monde, de parler les langues étrangères. Et comme ce sont des bourrins, il leur faut une élite pour les diriger et les réformer sans les consulter.

Cette certitude qu’il faut mépriser les Français pour pouvoir gouverner la France est au cœur de l’ENA. Macron n’est que l’énième avatar d’énarques portés par la même conviction immédiate, celle qui nie les naufrages éhontés qu’elle a régulièrement produits dans l’histoire de ce pays. La raclée de 1940, par exemple, est tout entière due à la défaillance de nos élites. Rappelons que les Français (de basse souche) ont été 60000 à mourir en 1940, autant que les Allemands.

En réalité, la résilience française, c’est la souffrance qu’on endure jusqu’à l’obstination de réussir, dans nos campagnes, dans nos banlieues. Macron n’a pas connu les soirs de privation, les frustrations, les abnégations des Français pour améliorer leur sort, un jour. Qui n’ont pas connu un dîner maigre du dimanche soir où les regards se fuient pour ne pas dire l’angoisse du lendemain, la peine qu’il y a à se priver pour les études du dernier, pour réparer la voiture dont on a besoin pour aller bosser, ne sait rien à l’histoire de France.
Car tous les jours, ce pays fonctionne, parfois avec des bouts de ficelle noués par ceux qui se sont privés la veille. Quand les managers sont absorbés dans d’interminables réunions où rien ne se décide, les petites gens font tourner le pays.

Ces petites gens qui ont besoin de 50 euros d’APL pour améliorer l’ordinaire. Sans eux, le pays s’arrêterait. Ceux-là ne demandent rien. Ils sont pudiques, ils ne cherchent pas à faire pleurer. Ils sont dignes et demandent le respect.

D’après Éric Verhaeghe, ancien énarque, promotion Copernic

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :