Younous Omarjee livre ses doutes sur l’accord de libre-échange commercial entre l’Inde et l’Union européenne

La délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Inde a conduit la semaine dernière une visite officielle de trois jours à New Delhi et Bangalore. Le député réunionnais Younous Omarjee, qui faisait partie de la mission visant à accélérer la mise en œuvre de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, souligne les risques de perte de souveraineté face au géant indien.
C’est un traité commercial historique, à en croire la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui avait déclaré avec emphase lors de sa visite à New Delhi le 27 janvier dernier : « Nous avons conclu la mère de tous les accords ». Courant 2026, l’Union européenne et l’Inde prévoient de signer un accord de libre-échange qui ouvrira un marché de 2 milliards d’habitants et qui devrait significativement réduire les droits de douane, quand ces derniers ne seront pas tout simplement éliminés.
L’accord pourrait permettre de doubler les exportations de l’Union européenne vers l’Inde d’ici 2032, l’UE s’affichant d’ores et déjà comme le premier partenaire commercial de l’Inde avec 120 milliards d’euros d’échanges de marchandises en 2024. Si les données communiquées par la Commission européenne font la part belle aux promesses d’exportation de voitures (allemandes) ou de vin (français), la presse indienne souligne, elle, que l’Inde a exporté pour 75,85 milliards d’euros vers l’Europe en 2025, quand ses importations se limitaient à 60,68 milliards d’euros.
« Ne pas perdre de vue nos objectifs en matière de souveraineté »
« C’est le plus vaste accord commercial jamais signé avec l’Union européenne jusqu’à ce jour », assure Younous Omarjee ce mardi 7 avril dans un article paru sur le site Outremers360. Le vice-président réunionnais du Parlement européen livre au média parisien ses impressions contrastées, après la visite d’une délégation parlementaire (dont il faisait partie) à New Delhi et Bengaluru qui s’est achevée le 1er avril dernier.
Sur ses réseaux sociaux, Younous Omarjee avait déjà partagé son sentiment de Réunionnais descendant d‘Indien flânant anonymement dans une foule de la capitale indienne. Le député européen membre de LFI a aussi évoqué avec enthousiasme sa rencontre avec Lucie Baillif, une Réunionnaise installée à Bengalore où elle occupe un poste à responsabilité chez Airbus.
Pour autant, Younous Omarjee fait montre d’une certaine retenue sur l’accord de libre-échange avec l’Inde, faisant part à Outremers360 de plusieurs réserves. « Dans ce partenariat stratégique, on ne doit pas perdre de vue nos objectifs en matière de souveraineté et d’indépendance », prévient-il, en soulignant que l’Inde rattrape à pas de géant son retard industriel sur l’Europe.
Les violences politiques et religieuses normalisées en Inde
Les annonces concernant la vente prochaine de 114 avions de combat Rafale à l’Inde sont à ce titre significatives, car elles omettent le plus souvent de mentionner que le pays dirigé d’une main de fer par Narendra Modi est un adepte de l’indigénisation : lors d’une grosse commande de matériel de pointe, notamment militaire, l’Inde exige non seulement de pouvoir construire certains éléments sur son territoire national, mais aussi d’avoir accès aux technologies développées par le vendeur.
Younous Omarjee reprend par ailleurs les inquiétudes de ses collègues Écologistes sur les conséquences environnementales de cet accord de libre-échange à propos de l’essor annoncé des data centers, particulièrement énergivores. Le vice-président européen n’oublie pas de soulever les difficultés d’obtention de visas pour les jeunes indiens souhaitant se rendre en Europe, un sujet qui fait écho à La Réunion, avec la desserte prochaine de Pondichéry proposée par la compagnie aérienne Indigo.
Le député européen aborde aussi la question des violences religieuses reprochées au régime du parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi, en pointant « un rétrécissement des droits des minorités religieuses chrétiennes et musulmanes ». Selon Elaine Pearson, la directrice de la région Asie pour l’organisation Human Right Watch, « le gouvernement indien a normalisé la violence contre les minorités religieuses, les groupes marginalisés et les critiques par le biais de politiques discriminatoires, de discours haineux et de poursuites judiciaires à motivation politique ».


