Vous préférez mourir tout de suite ou à petit feu ?

L’impensable s’était produit. On s’était habitué à imaginer Israël tout puissant. Ne disait-on pas qu’il avait l’une des armées les plus puissantes du monde, et en tout cas de loin la plus puissante du Moyen Orient ? N’avait-il pas des services de renseignement parmi les meilleurs du monde ?
Dans le même temps, le Hamas apparaissait tout petit à côté. Tout juste bon à se prendre régulièrement des bombes sur la figure et à résister comme il le pouvait au rouleau-compresseur israélien qui lui faisait face.
Or, voilà que ce fameux 7 octobre qui restera sans doute dans la mémoire collective au même titre que le 6 juin 1944, David, pardonnez-moi l’image, a réussi l’exploit, car c’en est un, d’oser s’attaquer à Goliath.
L’histoire aurait pu s’arrêter là et j’aurais pu être admiratif devant ce coup de maître tactique.
Malheureusement, très vite sont remontés des témoignages d’horreurs innommables. Massacres de civils, femmes systématiquement violées devant leurs maris et leurs enfants avant d’être abattues, personnes démembrées vivantes, femme enceinte à qui on ouvre le ventre vivante pour lui arracher son bébé, centaines de civils de tous âges pris comme otages et emmenés à Gaza. Le plus jeune avait 10 mois et le plus âgé 84 ans.
J’entends déjà certains me rétorquer : « oui, mais les Israéliens aussi massacrent des civils ». C’est vrai, et même beaucoup plus. Mais ce n’est pas la même chose de larguer une bombe sur un commandant du Hamas et de tuer des civils qui étaient à proximité et de froidement torturer un père ou une mère devant sa famille.
J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire. Une guerre, par définition, c’est quelque chose d’horrible. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas la démarrer.
Et c’est le plus grand reproche que je fais au Hamas.
Replaçons-nous dans le contexte de l’époque et prenons un peu de recul. Quelle était la situation en ce 7 octobre 2023 ? Israël, par l’entremise des Etats-Unis, avait signé en septembre 2020 des accords de coopération avec les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn, puis avec le Maroc et le Soudan appelés "Accords d'Abraham". Et était en passe d’en faire de même avec l’Arabie saoudite.
Ils visaient à normaliser les relations diplomatiques, à établir des échanges économiques, à renforcer la coopération sécuritaire et à promouvoir des initiatives touristiques et culturelles dans la région.
Ces accords étaient insupportables aux yeux de l’Iran qui y voyait un moyen de contrer son influence au Moyen-Orient, au travers d’un axe Etats-Unis – Israël – pays du Golfe, sunnites de surcroit. Il lui fallait à tout prix les empêcher d’aboutir.
D’où son idée de demander à ses inféodés du Hamas, qui n’existent que par et grâce à lui, d’attaquer Israël en faisant miroiter à ses responsables une victoire sur l’état hébreu. Des documents retrouvés par Tsahal plus tard montreront que l’organisation terroriste avait planifié l’occupation et l’administration de pans entiers d’Israël.
Complètement fanatisés par des dizaines d’années d’humiliations et de défaites face au Goliath israélien, les Palestiniens se sont donc obéi et sont passés à l’attaque en ce 7 octobre 2023.
Comment ont-ils pu raisonnablement croire qu’ils pouvaient l’emporter ? Mais surtout, comment n’ont-ils pas pensé à ce qui allait se passer ensuite, au fait qu’Israël allait réagir et les écraser sous les bombes ?
Le pire, c’est que je suis convaincu qu’ils y ont pensé et que c’est en toute connaissance de cause qu’ils sont quand même passés à l’action. Le Hamas et l’Iran ont délibérément sacrifié des dizaines de milliers de Palestiniens pour s’attirer la compassion du monde.
Israël enchaine les victoires militaires mais paradoxalement, Israël est en train de perdre la guerre.
Je vous parlais des Accords d’Abraham il y a quelques instants. Quelle est la situation aujourd’hui, exactement un an après ? Non seulement les Accords d’Abraham, qui représentaient un réel espoir de paix et de développement pour la zone, ont été jetés à la poubelle, mais bien plus, l’Arabie saoudite a récemment passé des accords équivalents cette fois avec l’Iran, son ennemi de toujours, par l’entremise de la Chine cette fois.
C’est difficile à l’admettre, mais l’Iran a gagné. Au prix certes de dizaines de milliers de morts palestiniens et libanais, mais il a gagné.
D’autant que pendant que d’autres se font massacrer pour préserver ses intérêts, lui peut tranquillement continuer à fabriquer ses bombes nucléaires. Selon les experts, ce sera terminé dans quelques semaines ou quelques mois.
L’Iran accèdera alors au rang de puissance nucléaire et deviendra intouchable. Au même titre que la Corée du Nord. Et il pourra continuer son œuvre d’expansion de son islamisme extrémiste dans le monde entier, à l’abri derrière son parapluie nucléaire.
Et c’est là que survient le paradoxe absolu. Alors même qu’on le déteste, alors même qu’on a conscience qu’il est un criminel de guerre associé à des ministres d’extrême droite en grande partie pour rester au pouvoir et éviter d’aller en prison, on finit par se dire que Netanyahu fait le sale boulot qu’aucun dirigeant occidental n’a eu le courage de faire. Et qu’il convient peut-être de le laisser aller au bout de sa folie, à débarrasser le monde de ces ayatollahs qui sont à l’origine d’une bonne partie des malheurs du monde, quitte à le traduire ensuite devant un tribunal international et à l’envoyer en prison.
L’Iran est un pays terroriste. Il a créé artificiellement et finance à coups de milliards de dollars provenant du pétrole le Hamas, le Hezbollah, les Houthis ainsi que des milices islamistes et des mouvements terroristes partout dans le monde. C’est lui, avec quelques autres, qui est derrière les attentats qui surviennent un peu partout, y compris en France. On oublie un peu vite les 58 morts français assassinés au Liban ainsi que les victimes des attentats sur le sol français.
C’est lui qui fournit en missiles et en drones les forces russes qui envahissent l’Ukraine.
Le monde vivra mieux avec un Iran débarrassé de ses ayatollahs.
Mais ça, c’est dans un monde idéal. Nous savons très bien qu’on ne peut les rayer de la carte d’un coup de gomme magique. Les Israéliens ont les moyens, ils l’ont prouvé avec Hassan Nasrallah, d’atteindre n’importe qui, où qu’il se cache. Même au plus profond d’un bunker enterré à 40 mètres de profondeur.
Mais après ? Que se passera-t-il après ?
Ne faisons pas la même erreur que le Hamas il y a un an. L’Iran réagira et il en a les moyens. Pas militaires, son armée est beaucoup plus faible que Tsahal. Mais de façon asymétrique, en bombardant par exemple les puits de pétrole des monarchies du Golfe et en coulant des bateaux dans le détroit d’Ormuz, y interdisant toute navigation commerciale pour des années.
A côté de la crise qui en résultera, celles que nous avons connues dans le passé nous apparaitront comme des jeux d’enfants.
Voilà le dilemme devant lequel nous sommes. Ne rien faire et c’est mourir à petit feu. Attaquer l’Iran comme Israël s’apprête à le faire, et c’est mourir de façon plus rapide.
Vous préférez quoi, vous ?


