Vols avec violence : un road trip "crapuleux pour payer leur consommation de drogues"

Deux jeunes comparaissaient ce mercredi 9 juillet devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour une impressionnante série de vols avec violence. Des méfaits commis à Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Gilles ou encore à l’Étang-Salé. Le tout à bord de voitures volées, alors qu’ils n’ont pas le permis.
Difficile de comprendre comment ces deux jeunes hommes en sont arrivés à un tel degré de violence pour des butins dérisoires : des sacs à main, des casquettes, des baskets et, finalement, très peu d’argent. Enzo, Kenzo et un troisième comparse qui n’a pu être identifié ont fait une vingtaine de victimes en l’espace de quelques mois. À ce moment-là, les deux jeunes avaient décidé de fuir le domicile familial pour se retrouver à la rue.
Des victimes choisies au hasard
La bande s’en prend à des personnes croisées au hasard de leurs pérégrinations, souvent nocturnes. Kenzo n’a pas le permis, mais sait conduire, alors il vole aussi des voitures. Le 28 janvier 2024, la bande s’attaque à un homme qui avait garé son Caddy blanc sur le parking du Bassin 18 pour ramasser de l’herbe destinée à ses cabris. Les jeunes lui arrachent ses clés de force et s’enfuient avec la voiture. Le road trip se poursuit. Les vols avec violences s’enchaînent, visant des mineurs, des personnes âgées ou encore en état d’alcoolisation.
Enzo frappe à coups de poing et de pied pour obtenir ce qu’il veut, Kenzo conduit ou tient à distance ceux ou celles qui tenteraient de s’interposer. Pour exemples : deux jeunes attendent leur bus au petit matin ; la bande s’arrête à leur hauteur pour leur voler casquettes et baskets, sous les coups et la menace d’un sabre.
Deux femmes terminent tranquillement leurs verres sur la terrasse d’un snack à l’Étang-Salé : Enzo fonce sur sa proie pour lui voler son sac à main. Les images de vidéosurveillance diffusées lors de l’audience témoignent de la violence de la scène.
Des faits correctionnalisés
Les deux comparses sont poursuivis plus tard cette nuit-là par les gendarmes, puis finalement interpellés et placés en détention provisoire. À la barre ce mercredi, Enzo et Kenzo expliquent consommer du B13, de l’alcool et du zamal au moment des faits. Des faits relevant du criminel, mais qui ont finalement été correctionnalisés.
Les avocats des parties civiles, Me Victoria Rouxel et Me Jean-Maurice Nassar, se sont attachés à démontrer le traumatisme enduré par leurs clients. Des victimes parmi tant d’autres pour les prévenus, alors qu’une vingtaine de victimes ont été identifiées lors de "cette virée de la honte, cette débandade délictuelle sur fond de drogue".
"Des vols crapuleux pour payer sa consommation", lit le dossier le substitut du procureur, qui s’inquiète pour "l’île intense", désormais largement touchée par les drogues de synthèse. Sept ans de prison avec maintien en détention sont requis par le parquet.
Une lourde peine, malgré les plaidoiries
"C’était la loi de la jungle, parce que tous les deux étaient à la rue", plaide Me Youssef Ben Slamia, pour la défense d’Enzo.
Dans les intérêts de Kenzo, Me Caroline Sorgnard tente de circonscrire les faits commis par son client, soulignant les rares actes de violence du jeune homme. En vain.
Les deux jeunes ont été condamnés à cinq ans de prison ferme avec maintien en détention, à l’interdiction de porter une arme pendant cinq ans, ainsi qu’à l’interdiction d’entrer en contact entre co-auteurs et avec l’intégralité des victimes. Ils devront également indemniser ces dernières.
"Une peine sévère parce que vous êtes dangereux", a commenté la présidente du tribunal en rendant sa décision.


