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Violences et privations de soins : l’enfance traumatique de deux fillettes devant la justice

Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 31 août 2025 à 16H55

Accusés de violences et de privations de soins sur leurs deux filles âgées de 3 et 4 ans, la mère et son ex-compagnon ont comparu jeudi 28 août 2025 devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Après un dossier long de quatre ans, le parquet a requis des peines de prison ferme et des travaux d’intérêt général.

C'est un dossier complexe et tragique qui attendait le tribunal correctionnel de Saint-Pierre jeudi 28 août 2025. Tout commence le 15 juillet 2021. Ce jour-là, Nina* doit déménager en urgence et dépose deux de ses filles, âgées de 3 et 4 ans, chez son ex-belle-famille. Les fillettes sont sales et présentent des hématomes ainsi que des traces de griffures. De plus, les sacs poubelles où sont stockés leurs vêtements seraient pleins de puces.

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La famille fait alors un signalement aux autorités pour maltraitance. D’autant que la plus grande des deux raconte les violences subies par sa mère et son compagnon, Julien*, et va même évoquer des agressions sexuelles de ce dernier. L’aînée rencontre un expert psychiatrique qui conclut à un impact psychologique massif et un trouble psychotraumatique. Comme l’a décrit la présidente du tribunal : “elle parle non-stop de ce qui lui est arrivé, comme un disque rayé.”

Nina ne donne pas de nouvelles à ses filles pendant trois mois. Leur père, lui, est à Mafate, en proie à des addictions. La belle-famille affirme qu’il est courant que la mère leur confie les enfants et disparaisse pendant longtemps. La plupart des témoignages recueillis sont accablants contre elle, décrivant une femme manipulatrice, menteuse et en proie à l’alcool et à la drogue. Elle n’a d’ailleurs plus de contact avec ses trois premiers enfants, affirmant que ce sont les pères qui l’en empêchent.

Des prévenus stupéfaits par les accusations

Après la lecture des témoignages, Nina se dit stupéfaite par ce qu’elle a entendu et assure qu’elle n’était pas au courant de la moitié de ce qui lui est reproché. Elle affirme que si les filles étaient sales, c’est parce qu’il pleuvait ce jour-là et qu’avec le déménagement, elle n’avait pas eu le temps de les laver. Surtout, elle soutient qu’elle voulait rester avec elles, mais que son ex-belle-famille s’y est opposée. Après quatre ans d’enquête, la situation de Nina s’est stabilisée et elle a pu récupérer ses filles.

Resté silencieux jusqu’alors, Julien déclare : “Tout ce qui est dit est faux, je n’ai jamais fait de mal à ces gamines, au contraire.” Il admet néanmoins avoir, une fois, mis de petites claques sur la cuisse de la plus grande. “Je sais que j’ai rien fait, c’est du bourrage de crâne. La famille du père a monté un dossier et accuse tout le monde”, ajoute-t-il.

“On a des photos qui parlent d’elles-mêmes. Ce sont des traces de coups sur le cou et le visage, pas des petites claques sur la cuisse”, argue Me Claire Briaud, mandatée par l’ARAJUFAH pour représenter les petites filles. Elle demande des dédommagements “conséquents” de 2 500 euros pour chaque fillette au titre du préjudice moral.

“C’est donc la pluie qui a mis ces deux enfants dans cet état-là ?”

Après avoir demandé une requalification des faits en privation de soins et d’alimentation sur mineurs, le procureur charge les prévenus. “C’est un dossier affligeant. C’est Germinal. Ma colère, c’est de voir les deux qui sont fiers à la barre. Les excuses, c’est affligeant. C’est donc la pluie qui a mis ces deux enfants dans cet état-là ? C’est extraordinaire de pouvoir mentir aussi éhontément.” Il requiert une peine de 18 mois de prison, dont 10 avec sursis, et quatre semaines de 35 heures de travaux d’intérêt général (TIG) contre Nina. Pour Julien, il demande 36 mois de prison, dont 18 avec sursis, et 140 heures de TIG.

Pour la défense de Julien, Me Frédéric Hoarau s’efforce de démonter les incohérences des témoignages. “Je rappelle que c’est le parquet qui considère en premier que les filles mentent. Pourquoi ? Parce qu’elles parlent d’agressions sexuelles et aucune poursuite n’a été enclenchée sur ces accusations.”

Me Victoria Rouxel, qui représente Nina, s’attache elle aussi à contester la crédibilité des témoignages. “La longueur de la procédure montre la difficulté du ministère public à qualifier le dossier. On a retenu des violences, mais aujourd’hui on n’est plus sûrs. On a fait le choix de poursuivre pour des violences, pour finalement requalifier en privation de soins.” Elle demande la relaxe pour sa cliente.

La décision a été mise en délibéré au 30 septembre.

*Prénoms d'emprunt

Face à un mineur en danger ou en risque de danger, voici les numéros à composer :

119 : numéro vert national, (7j/7 - 24h/24), appel gratuit de postes fixes et mobiles
15 : SAMU
17 : Police
18 : Pompiers
Le numéro vert départemental : le 0800 22 55 55 (8h30-17h en semaine et 16h le vendredi) appel gratuit à partir d’un poste fixe

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