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Violences conjugales : « Si vous ne faites pas quelque chose, il va la tuer »

Un homme de 41 ans comparaissait pour des faits de violence sur sa compagne ce lundi, devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Une fois encore, une forte addiction et des pressions psychologiques étaient au cœur des débats.

Ecrit par – le mardi 14 septembre 2021 à 11H45

Les gendarmes de la Possession sont intervenus pour des violences sur concubin le 10 septembre dernier aux alentours de 21h. Lorsqu’ils arrivent, un homme est présent mais tente de sauter du premier étage. Il est retenu par un des miliaires. Sa compagne a prévenu ses parents qu’elle a encore été battue. Le couple a bu, mais lui, qui boit sévèrement depuis 10 ans, a l’alcool mauvais et devient ultra-violent.

Cette fois encore, il l’a étranglée, lui a mis des coups de poing, a jeté des objets sur elle et l’a poursuivie avec un couteau. Elle a appelé son père pour lui venir en aide, lequel a prévenu les gendarmes. Comme souvent, la victime ne veut pas parler, voire ne veut pas déposer plainte. A chaque fois, il la roue de coups et s’acharne sur elle, celle-ci le protégeant et sombrant dans le mutisme. 

« Depuis qu’ils sont ensemble, je suis intervenu à 20 reprises »

Cette fois sera différente. L’approche, le tact, la détermination et la persuasion de la femme gendarme présente lors de l’intervention feront la différence. Elle parvient à s’isoler avec la victime dans la salle de bain et réussit à la faire parler des faits. La victime explique toutes les violences qu’elle subit depuis bientôt deux ans. Son compagnon est placé en garde à vue pour répondre de ses actes.

Au final, il doit répondre ce lundi devant le tribunal d’une série de trois faits bien distincts s’étant produits en avril, août et ce 10 septembre. « Depuis qu’ils sont ensemble, je suis intervenu à 20 reprises. Elle est fragile car elle a eu un divorce compliqué et douloureux, elle a sombré dans l’alcool. Je ne voulais pas venir cette fois, car j’en ai marre », explique le père de la victime aux gendarmes. 

« Elle se sert de moi, elle marque vite ! », prend soin d’expliquer le prévenu au tribunal. Et d’ajouter : « J’ai un handicap mental cognitif connu », comme pour se dédouaner. A ce sujet, un expert infirme dans son rapport son côté schizophrène.

Un des magistrats, cherchant  à comprendre comment cet homme frêle et paraissant si fragile peut être aussi violent, finit par lui dire :« Quand on vous voit comme ça dans votre petit short rouge, il y en a à Domenjod qui ne vont faire qu’une bouchée de vous !« . La victime, présente à l’audience, demande à la présidente : « Je veux qu’il soit éloigné de moi »

« Si il n’y avait pas eu ce travail des gendarmes, elle n’aurait pas pu s’exprimer »

« Si il n’y avait pas eu ce travail des gendarmes, elle n’aurait pas pu s’exprimer. Elle subit, elle est fragile. C’est affligeant de l’entendre dire qu’elle marque vite, c’est surréaliste ! Cette femme est en danger, elle est trop fragile pour se protéger, c’est la société qui doit le faire pour elle« , explique d’un ton grave la partie civile.

Même solennité pour le ministère public : « Ces faits sont les prémices de faits bien plus graves, des faits criminels ! Je tiens à saluer tout le travail des gendarmes car il était important qu’elle puisse parler ce soir là. Lui, sa seule position est ‘je ne me souviens pas’ alors qu’il est déjà sous le coup de deux sursis probatoires. » 

« Ces faits – ceux du 10 septembre – sont particulièrement violents. Elle réussit à fuir quand il prend un couteau. Il est violent depuis le début de leur relation. Il la culpabilise et lui fait du chantage au suicide ! Elle a de la chance d’avoir ses parents pour la protéger. Il l’a détruite, il faut que cela s’arrête !« , clame la procureure qui requiert une peine de 30 mois de prison, la révocation d’un sursis de 9 mois, le maintien en détention et une interdiction de contact.

« Il est addict à l’alcool et aux médicaments. C’est à juste titre qu’il faut préserver la victime, il faut que cela s’arrête. Je le comprends, mais il est addict et c’est ce qui entraîne son comportement. Il est important de continuer à le suivre« , plaide la défense qui demande une révocation partielle du sursis en cours. 

« Si vous ne faites pas quelque chose, il va la tuer »

Alors qu’il était convoqué le 8 novembre prochain devant le juge d’application des peines pour la pose d’un bracelet suite à sa dernière condamnation, le prévenu est condamné à 18 mois de prison, la révocation de 9 mois de sursis ainsi que des interdictions de contact et de paraître au domicile de la victime. Il est maintenu en détention. C’est un énorme soulagement pour la victime et son père. Il avait d’ailleurs exhorté les gendarmes d’agir lors de son audition : « Si vous ne faites pas quelque chose, il va la tuer ».
 

 

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