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Vidéo – Sundri Feeling rend hommage à Anne Mousse, « la grand-mère de tous les Réunionnais »

Sundri Feeling annonce la sortie de son nouvel album "Sundri" prévue pour janvier 2022. Au fil des mélodies, c’est un hommage poignant qui est rendu à des femmes fortes qui ont été une source d’inspiration pour l’artiste. En attendant impatiemment cet album, Sundri nous invite à découvrir son nouveau clip "Anne Mousse", riche en émotion et en histoire, qui retrace avec poésie la vie de la première femme née sur l’île.

Ecrit par Lisa Rivière – le dimanche 19 décembre 2021 à 09H28
Sundri Feeling revient sur la scène musicale réunionnaise après le succès de son clip « Roots » sorti en janvier dernier. À travers ce titre à la fois inspiré de jazz et de reggae, l’artiste nous partage son attachement et son engagement pour la planète et pour son île. 

 Sundri fait son grand retour avec son tout dernier clip « Anne Mousse » ce 22 novembre. Cette fois-ci, elle utilise son art pour transmettre l’histoire de « la grand-mère de tous les Réunionnais ». 
 

 La première femme réunionnaise 
 

Anne Mousse est la première femme qui naquit sur notre île, elle est considérée comme étant la première femme réunionnaise. En 1663, dix habitants de Madagascar, accompagnés par deux colons, dont Louis Payen, débarquent sur l’île. Ils deviennent alors les premiers habitants de l’île Bourbon à l’époque. 

En 1668, Anne Mousse est née. Ses parents, Jean Mousse et Marie Caze, font partie de ce premier groupe de population arrivé sur l’île. Elle épouse le colon français Noël Tessier en 1687 en ne tenant pas compte de l’interdiction des mariages inter-ethniques.Elle s’installe à Sainte-Marie où elle possède de nombreuses terres. 

Elle donne naissance à 8 enfants qui lui donneront 65 petits-enfants. Il s’agit ici des premiers métissages de l’île. Le surnom « grand-mère de tous les Réunionnais » lui est alors attribué, car elle est l’ancêtre d’un bon nombre de familles réunionnaises, notamment les Vidot, Maillot, Hoareau et encore plein d’autres. 

Un clip en l’honneur d’Anne Mousse

Le clip « Anne Mousse », réalisé par Brice Robert, mélange deux styles : le jazz et le maloya. Sur le premier plan en noir, un message fort est écrit : « À la première femme… », qui fait bien sûr référence à Anne Mousse, la première femme qui est née sur l’île Bourbon.

C’est avec douceur et émotion que l’histoire de cette femme souvent oubliée nous est contée, entre le sable noir de l’Étang Salé et les murs anciens de l’ancienne demeure de Madame Desbassayns. Sur la plage, une dame représentant probablement Anne Mousse, vêtue d’une tenue blanche traditionnelle d’époque, danse gracieusement. 

Le bassiste international Mishko M’Ba, notamment connu pour avoir travaillé avec les grands noms de la musique française comme Johnny Hallyday, accompagne Sundri pour cette escapade musicale. 
                
Ce clip prend d’autant plus son sens à l’approche du 20 décembre, jour de la « fèt kaf », en mémoire de l’abolition de l’esclavage, car il met en avant la bravoure d’une femme qui se marie contre la loi avec un homme blanc, un colon, et qui devient suite à cela la grand-mère du métissage à la Réunion.  

Un nouvel album

Le clip « Anne Mousse » annonce la sortie du prochain album de Sundri Feeling « Sundri », qui s’annonce être un vent de fraîcheur dans le monde de la musique réunionnaise, mélangeant plusieurs styles musicaux ( Pop World Jazz)  et même plusieurs langues.  

Sundri, à travers cet album, souhaite rendre hommage à des figures féminines comme Joséphine Baker, Anne Mousse ou encore Tiana, une esclave affranchie. L’artiste nous raconte qu’elle s’identifie à ces femmes, qu’elle ressent « un lien émotionnel spécial » avec elles, de par leurs histoires et leur force de caractère.                                                                                      
 

 

L’artiste a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions sur son travail : 

Quand a été créé Sundri Feeling et qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce groupe ?

Sundri Feeling a été créé en 2012. A l’époque je chantais dans des bars et cafés-concerts où je faisais surtout des reprises. Petit à petit, j’ai eu envie de me lancer dans mes propres compositions. J’avais plusieurs textes et mélodies dans mes tiroirs et surtout, il était temps que j’aille au bout de mon rêve en assumant, grâce à la musique, mes messages d’espoir, de force et d’amour.

Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ?

Mon prénom de naissance est Cendrine. Sauf que ce prénom est globalement impossible à prononcer quand je voyage. C’est un vieux monsieur lors d’un séjour en Inde qui m’a appris que ça ressemble à Sundri, prénom de la demi-sœur du Buddha. C’est aussi le concept philosophique de la beauté de l’amour inconditionnel. Alors, forcément, quand il m’a demandé si j’acceptais qu’il m’appelle Sundri, j’ai dit oui ! C’est devenu mon pseudonyme, tout en donnant un sens profond à ma place d’artiste. Le mot Feeling est là pour souligner les belles émotions que l’on veut partager.
                                                                                       
Qui vous accompagne dans cette aventure ?

Pour écrire les textes et les mélodies, je travaille plutôt en solitaire. J’ai besoin de m’isoler pour plonger dans mes ombres et ma lumière, pour capter l’inspiration. J’ai aussi souvent des réveils en pleine nuit pour écrire ! Mais celle qui m’accompagne le mieux pour créer, c’est la nature, que ce soit à la plage ou dans les Hauts. J’écoute les bruits, je ressens l’air autour de moi, et je traduis cette vie en poésie et en musique.

Tous mes petits rituels sont essentiels avant que je présente le contenu au talentueux bassiste Mishko M’Ba, réalisateur du nouvel album et co-compositeur. J’adore sa sensibilité. Il a apporté énormément à cet album et m’a aidée à traduire le feeling en partitions. A la batterie, je suis accompagnée par Frank Paco, ainsi que Jérôme Vaccari au piano. Ce sont des musiciens expérimentés et de haut niveau qui ajoutent leurs énergies à cet album. Je remercie aussi mon compagnon, qui est toujours là dans le processus, respectueux, fier de ce que je fais et plein d’amour.

Après avoir grandi en métropole, pourquoi avez-vous décidé de revenir à la Réunion ?

Après mes études en Métropole, je suis partie travailler 1 an à Madagascar. Pendant mon escale de quelques jours ici, alors que je partais découvrir la Grande Île, j’ai senti que La Réunion serait certainement l’étape suivante ! Et c’est exactement ce qui s’est passé. Le retour en Métropole n’était plus envisageable. La beauté, la gentillesse des gens et le potentiel de La Réunion m’ont convaincue.

Pourquoi avoir choisi ces trois femmes en particulier et qu’est-ce qu’elles vous inspirent ?

Cet album parle de femmes inspirantes, qu’elles soient célèbres ou anonymes.
Anne Mousse, Tiana et Josephine Baker sont 3 femmes noires avec lesquelles je ressens un lien émotionnel spécial car je m’identifie un peu à elles. Souvent, les enfants s’identifient à des super-héros et ça leur donne la force de faire des choses exceptionnelles. Moi aussi pour me construire, notamment pour faire face aux difficultés que j’ai connues, je me suis inspirée de ces femmes pionnières. En ces temps de crise et en tant que première femme née à La Réunion, je pense qu’Anne Mousse a de quoi m’inspirer. Elle a eu le courage de construire une société nouvelle, en étant à la fois visionnaire et désobéissante.
Tiana est une esclave qui retrouve sa liberté et pardonne, après des années de souffrance et d’espoir. Ça me parle de mes ancêtres et de ma famille, avec lesquels le pardon est un cheminement profond.
Quant à Josephine Baker, j’adore son sourire, sa grâce et son côté éternelle enfant. Pour moi, c’est une artiste complète qui a réalisé son rêve et s’est mise au service de l’humanité, notamment avec sa tribu d’enfants arc-en-ciel et lorsqu’elle était aux côtés de Martin Luther King.
Il y a d’autres femmes qui ont leur place dans l’album, et je vous laisse découvrir cela à partir du 21 Janvier 2022.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers votre clip « Anne Mousse » et à travers votre nouvel album  ?

Avec ce clip pour Anne Mousse, je souhaite montrer que chaque femme (et chaque homme) peut trouver en soi la force et l’amour de tout reconstruire. On a le droit d’être habités par de grands rêves et les voir se réaliser. D’ailleurs, je suis très heureuse d’avoir pu tourner le clip dans la maison de l’esclavagiste Mme Desbassyns, pour rétablir un équilibre symbolique avec Anne Mousse que l’on appelle la grand-mère de tous les Réunionnais. La musique a ce pouvoir d’illuminer le présent. Parmi les célébrations réunionnaises de la Fête Kaf, je pense qu’il est temps de donner sa place à Anne Mousse qui à son époque, a bravé l’interdit de se marier avec un homme blanc et s’est offert la liberté de construire à coups de pelle, un domaine, une chapelle, et les premiers champs de l’Ile Bourbon. 
Globalement, ce nouvel album est un message de Force et d’Amour au Féminin. Le destin est bien fait car il nous donne à la fois les défis et les ressources pour faire de nos vies un chef d’œuvre. Derrière toutes ces chansons, il y a donc un grand message d’Espoir. Cet Espoir se trouve aussi quand on se connecte à la Nature, comme le dit la chanson “Roots”, avec le clip reggae-jazz déjà disponible sur les réseaux.

Vous êtes connue pour votre style musical poétique jazz, mais l’album qui va sortir en janvier semble plus hétéroclite, comment le définiriez-vous ?

Oui, ce nouvel album a un style pop world jazz ouvert à tous, en français, anglais et créole. Les gens vont trouver l’influence pop dans les paroles et les structures de chansons avec des refrains comme en variété. Les amateurs de jazz vont aussi se régaler de la recherche harmonique et des solos instrumentaux et vocaux. Dans ma voix, je mets mon engagement et ma passion, comme le feraient les grandes chanteuses de jazz. Et avec mon timbre de voix naturel, il y a une forme de douceur suave que le public apprécie. Au niveau rythmique, on passe du maloya aux influences africaines ou indiennes. On a même un morceau à 7 temps qui plaît beaucoup, et un reggae féminin ! Je suis une enfant du métissage et ma musique reflète ce métissage.

 

 

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