Revenir à la rubrique : Société

Eau potable à La Réunion : pourquoi près de quatre litres sur dix n'arrivent jamais au robinet

Ecrit par J.D. – le jeudi 9 juillet 2026 à 05H59

L'Office de l'eau Réunion publie un nouvel état des lieux des services publics d'eau potable. Si la qualité de l'eau reste élevée et les investissements se poursuivent, le rapport met surtout en lumière un défi majeur : le vieillissement des réseaux. En moyenne, seuls 61 % de l'eau injectée dans les canalisations arrivent effectivement jusqu'aux usagers.

À La Réunion, l'eau potable continue de représenter un enjeu majeur pour les collectivités. Dans son édition de juillet 2026 des Chroniques de l'eau, l'Office de l'eau dresse un état des lieux des services publics à partir des données de 2024. Derrière des indicateurs globalement stables, le document souligne la nécessité d'accélérer le renouvellement des réseaux pour limiter les pertes d'eau et sécuriser l'approvisionnement de l'île.

En 2024, 420.389 abonnés étaient raccordés au réseau d'eau potable, soit une progression de 1,3 % en un an. Pour répondre à cette demande, 166 millions de mètres cubes d'eau ont été prélevés dans le milieu naturel, tandis que 157 millions de mètres cubes ont été mis en distribution. Au total, les Réunionnais ont consommé environ 97 millions de mètres cubes d'eau au cours de l'année.

Un réseau encore pénalisé par les fuites

Le principal point noir reste le rendement des réseaux. À l'échelle de l'île, celui-ci atteint seulement 61 %. Concrètement, près de quatre litres d'eau sur dix sont perdus avant d'arriver au robinet, principalement à cause des fuites sur les canalisations. Le réseau réunionnais s'étend sur plus de 7.165 kilomètres, alimentés par 429 réservoirs et 34 unités de potabilisation en fonctionnement ou en cours de mise en service.

Lire aussi : Eau : avec 45 % de pluie en moins, La Réunion aborde la saison sèche avec des réserves insuffisantes

Pour améliorer cette situation, le renouvellement des canalisations représente désormais 42 % des besoins d'investissements identifiés par les intercommunalités sur la période 2024-2027. Mais le rythme actuel reste insuffisant : moins de 1 % du réseau est renouvelé chaque année. À ce rythme, les objectifs nationaux de rendement, fixés autour de 70 %, ne devraient pas être atteints avant 2030.

Des investissements de plus en plus lourds

Le renouvellement des infrastructures devient également plus coûteux. Le prix moyen de la fourniture et de la pose d'un mètre de canalisation est passé d'environ 370 euros en 2021 à près de 500 euros en 2025. Les investissements concernent aussi les ouvrages de stockage, les stations de traitement, la recherche de nouvelles ressources et les études de planification. D'ici à 2027, 66 millions d'euros supplémentaires seront nécessaires pour poursuivre le développement des unités de potabilisation.

Une qualité de l'eau globalement satisfaisante

Malgré ces difficultés structurelles, la qualité sanitaire de l'eau distribuée reste élevée. En 2024, le taux de conformité des analyses atteint 97 % pour les paramètres microbiologiques et 98 % pour les paramètres physico-chimiques, des résultats stables depuis plusieurs années.

Une ressource fragilisée par la sécheresse

Le rapport rappelle également que la fin de l'année 2024 et le début de l'année 2025 ont été marqués par un important déficit pluviométrique. Cette sécheresse prolongée a eu des conséquences directes sur le fonctionnement des réseaux, avec des tensions sur la ressource et des coupures d'eau dans plusieurs secteurs de l'île.

Au-delà des chiffres, l'Office de l'eau estime que l'amélioration des réseaux constitue désormais l'un des principaux leviers pour garantir durablement l'alimentation en eau potable à La Réunion. Face à une population qui continue de croître et à des épisodes de sécheresse appelés à se multiplier, la modernisation des infrastructures apparaît plus que jamais comme une priorité.

Etiquettes : Eau | GU | Sécheresse

Dans la même rubrique

0💬
Tri :