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Vers une culture réunionnaise de baies roses ? La plante invasive attire les grands parfumeurs

Ecrit par P.M. – le dimanche 17 mai 2026 à 18H16
A L'instar du goyavier, la peste végétale va-t-elle devenir une filière à part entière ? (photo d'illustration/Magnific).

Peste végétale, la baie rose pourrait-elle se transformer en véritable filière agricole à La Réunion ? La Coopérative agricole des huiles essentielles de Bourbon (CAHEB) milite pour l'émergence d'un projet expérimental de culture encadrée de la plante, très recherchée par les grandes maisons de parfum. 

A l'instar du goyavier, la baie rose pourrait-elle devenir une filière agricole à part entière ? C'est en tout cas le souhait de la CAHEB. Si elle ne serait pas impliquée directement, la coopérative joue actuellement les rôles "d'intermédiaire" entre l'Etat et les collecteurs de graines de baies roses pour structurer une nouvelle filière autour de la plante dont les graines sont très utilisées dans l’industrie du parfum, à l'image de maisons prestigieuses comme Louis Vuitton et Shiseido avec lesquelles la coopérative est désormais associée. 

Pour l’heure, aucune plantation n’a encore débuté. La CAHEB a toutefois obtenu un premier accord de principe du préfet pour mener une expérimentation. Le projet est actuellement en cours de discussions avec la DEAL et la DAAF, comme l'a indiqué Réunion la 1ère, afin de mettre en place un cadre strict permettant d’éviter toute propagation incontrôlée de cette espèce invasive, à l’image de la charte signée avec les producteurs de goyavier.

Pour une culture "sous-contrôle"

« L'objectif c'est d'arriver à faire des plantations maîtrisées », explique Marie-Rose Séverin, présidente de la CAHEB. Le but est de développer une culture sous contrôle, avec un cahier des charges précis, pour répondre à une demande grandissante des parfumeurs tout en limitant les impacts environnementaux.

Une fois le cadre défini, l'expérimentation se ferait chez des agriculteurs volontaires et sur une zone limitée au départ. Des mesures comme la mise en place de filets et de fossés pourraient être mises en place pour éviter la propagation des graines.

« L'objectif c'est d'arriver à faire des plantations maîtrisées », explique Marie-Rose Séverin, la présidente de la CAHEB, depuis la Foire de Bras-Panon.

Une demande importante des maisons de parfum

Le jeu en vaut la chandelle, la baie rose est largement utilisée dans les parfums modernes pour ses notes épicées, fraîches et légèrement boisées. On la retrouve dans de nombreuses créations internationales, aussi bien masculines que féminines.

La Réunion exporte déjà des graines récoltées localement. Les collecteurs achètent et exportent actuellement près de 90 tonnes de graines par an. On pourrait faire beaucoup plus, affirme la présidente de la Caheb, qui assure déjà le rôle d'intermédiaire avec certaines grandes maisons de parfumerie.

« Il y a une demande très forte concernant la parfumerie», souligne Marie-Rose Séverin. « Aujourd’hui, quasiment tous les parfums contiennent de la baie rose", en prêtant au maître parfumeur de Vuitton, Jacques Cavallier-Belletrud, 

Des graines aujourd'hui récoltées en forêts, freinant les rendements alors que la demande est là, avec un avantage : « Nos acheteurs veulent des produits français et de qualité », met elle en avant.

Une première réunion a déjà eu lieu avec les services concernés et une seconde doit suivre.

Vuitton, Shiseido… La CAHEB change de dimension

Un projet qui s’inscrit dans une dynamique de renouveau pour les huiles essentielles. La coopérative fournit désormais de grands groupes du luxe et de la cosmétique, notamment Louis Vuitton et Shiseido, ce qui a permis de donner une nouvelle visibilité aux productions réunionnaises et en particulier à la filière du vétyver et du géranium.

Grâce au soutien de ces grands noms de la parfumerie, le temps est à la relance : « Nous produisons actuellement une trentaine de kilos d’huile essentielle de vétiver et nous passerons à cinquante de kilos dès cette année », indique Marie-Rose Séverin. 

Une production  exigeante : un hectare permet d’obtenir environ six kilos d’huile essentielle après plusieurs mois de travail et une journée entière de distillation.

Concernant le géranium, deux hectares supplémentaires doivent être plantés afin de satisfaire les demandes des maisons de parfum. Plusieurs jeunes agriculteurs ont également été formés afin de participer au développement de ces cultures d’excellence.

À l'instar de la stratégie développée par l'agriculture péi, la CAHEB souhaite voir émerger de nouvelles filières structurées et à forte valeur ajoutée autour de piliers traditionnels de l’agriculture réunionnaise comme la canne.

La baie rose de la Réunion en fait partie. 

La panonnaise d'origine a reçu ce dimanche la médaille de la ville de Bras-Panon (photo mairie de Bras-Panon).

Marie-Rose Séverin décorée par la Ville de Bras-Panon

La présidente de la CAHEB, Marie-Rose Séverin, a reçu ce dimanche la médaille de la Ville de Bras-Panon lors de la foire agricole. Une distinction remise par le maire Jeannick Atchapa pour saluer son parcours et son engagement en faveur des plantes aromatiques et médicinales réunionnaises.

Très émue, Marie-Rose Séverin a rappelé ses racines agricoles et son attachement à Bras-Panon : « On peut quitter Bras-Panon pour porter des projets aux quatre coins de l’île, mais Bras-Panon ne nous quitte jamais. »

La présidente de la CAHEB a également dédié cette distinction « à tous les producteurs de plantes aromatiques et médicinales de La Réunion », avant d’adresser un message aux jeunes : « Soyez fiers de votre terre, protégez-la et osez avoir des ambitions pour elle. »

Etiquettes : Agriculture

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