Une jeune Malgache trop jolie, un vieux Français trop riche, deux mondes trop opposés !

Une affaire qui aurait dû se régler devant le Juge des affaires familiales est arrivée en correctionnelle parce qu’un mari déçu veut se venger et faire annuler un mariage par lequel sa jeune épouse peut acquérir la nationalité française. Une façon de se demander si Cendra n’a pas épousé Jean dans ce seul dessein. Mais au fil des débats, on va finir par en douter.
Le seul qui semble n’avoir douté de rien est Jean. Il est divorcé (pour la seconde fois) avec une jeune fille mineure et a 65 ans lorsque, sur Internet, il fait la connaissance de Cendra, 27 ans. Se dessine l’inévitable catastrophe. On veut dire que si des coups de foudre peuvent exister entre une très jeune et très jolie jeune femme (Cendra est un vrai canon !) et un homme d’âge plus que mûr, ce ne peuvent être que des exceptions.
Cendra, un peu trop vite traitée de "p..." par certains témoins et son ex-mari, n’est pas une fille des rues ni une pauvresse. Elle est licenciée en géographie et a un diplôme en océanographie. Nous sommes loin de la coureuse de dot.
Jean, qui élève seul sa fille, cherche une compagne qui pourrait, pourquoi pas, devenir une mère en remplacement de celle qui les a abandonnés, sa fille et lui.
Site de rencontres, échanges platoniques qui deviennent vite plus chauds, photographies dénudées dont on ne saura jamais vraiment comment elles sont arrivées là…
Jean se rend à Tananarive plusieurs fois, ils se plaisent manifestement et décident de sauter le pas. Moins d’un an après leur première rencontre, ils se marient et le couple revient s’installer à La Réunion, à Saint-Paul où Jean dirige l’agence locale d’un très grand groupe international. De là à songer qu’il "a les moyens"…
Très vite la mésentente s’installe ; les reproches de Jean fusent :
"J’ai vite compris qu’elle ne voulait que le mariage et l’argent. Assez vite elle ne s’est plus du tout occupée de nous, se levait tard, ne faisait rien".
Elle, elle dit avoir ressenti du mépris. Elle se sent rabaissée, enfermée, se fait insulter avec des mots que nous n’allons pas rapporter ici. D’autant moins que les affirmations de ces deux-là ne peuvent être prouvées : la parole de l’un contre celle de l’autre.
Il y a bien des témoignages fournis par Jean contre sa jeune épouse, comme quoi elle aurait avoué à ses amies, au pays, qu’elle voulait "un Français riche et un certificat de nationalité française".
Mais il apparaît clairement que ces témoignages sont plus que douteux. Achetés ?
La mésentente se transforme presque en haine réciproque, au point que Jean finit par cogner "l’étrangère", ce qui lui vaudra d’être condamné en correctionnelle. Logiquement, ils finissent par se séparer et entament une procédure de divorce.
Mais cela ne semble pas suffire à Jean qui sollicite l’annulation du mariage, ce qui conduirait inévitablement Cendra à rentrer dans la Grande-Ile. Pour cela, il porte plainte pour que la jeune femme soit convaincue de mariage blanc dans la seule intention d’acquérir la nationalité française. Ce qui conduirait à l’annulation ci-dessus évoquée.
Pour preuve de ses désidérata, il avance plusieurs faits troublants. La jeune femme se serait ainsi fait verser de l’argent par des inconnus par l’intermédiaire du tristement célèbre Western Union. Elle "aurait" vidé son compte en banque.
Cendra, de son côté, n’en démords pas :
"Je l’aimais vraiment. Mais il avait des problèmes, notamment par rapport à sa deuxième femme, qu’il traitait de p…, y compris devant sa propre fille ! Devant moi, il a dit à sa fille, un jour que la maman de celle-ci voulait lui parler au téléphone : Tiens, c’est la p… du Bois de Boulogne qui t’appelle !"
Ce que Jean nie formellement.
"Elle ne l’aimait pas. Elle voulait juste des papiers français ! "
Après les coups, Cendra effectue un séjour au CHSR puis chez Papamomonlélà, avant de rentrer dans le Sud où une amie l’héberge.
Pour Me Lacomblez, de la partie civile, c’est clair : "Elle ne l’aimait pas. Elle voulait juste des papiers français ! "
Le substitut Saunier a opté pour la dérision : "Mariage blanc, mariage gris ? Il y a toujours deux responsables dans une telle affaire. Il faut être bien naïf pour ne pas voir les difficultés à venir. Rencontre rapide, mariage encore plus rapide… Qui cherchait quoi là-dedans ?"
Arguant que nul ne pouvait se prévaloir de ses propres turpitudes, le substitut Saunier a dit sa répugnance à requérir en raison de sa perplexité et s’en est remis à la "sagesse de la Cour".
Me Vidélo-Clerc, pour l’accusée, a tiré dans le même sens que le substitut, affirmant que Jean voulait "une femme-objet", que l’enquête de gendarmerie avait été menée à charge et que les prétendus témoignages contre Cendra avaient été obtenus par des moyens ignobles.
Décision de la Cour jeudi prochain.


