Une étoile ne brillera plus sur La Sakay : Dany n’est plus

Pour simplifier les choses sur les registres de classe, madame Millon, prof d’anglais à l’ensemble scolaire français de Babetville, l’avait appelée « Dany » Harijoana. De son vrai nom Danièle Blandine Razafiarijoana.
Tous mes anciens élèves comme (presque) tous mes collègues professeurs des années 7O, en convenaient : Dany était, de loin, une des meilleures de nos collégiennes. Pour moi, elle reste de loin la meilleure élève que j’ai jamais eue au cours de mes dix années d’enseignement. Elle était de la race des Josette, des Sylvain, des Irène, des Julie, des « Orchidée », des ti-Charles, des Patricia, des Pascale, des Chantal… je ne donne que les prénoms de ces élèves qui, Créoles et Malgaches indifférenciés, vous faisaient aimer vos heures de cours, vos ouailles et leurs parents, heureux de leurs résultats.
Dany était à part pour ce qui concerne le français, dont elle était folle amoureuse. Je n’ai jamais pu faire autrement que de lui mettre des 20 en orthographe et des 18 en rédaction. J’aurais même pu lui mettre 18 en dessin tant ses devoirs étaient d’admirables calligraphies.
Paradoxe… Nombre de mes élèves ont eu par la suite de grandes carrières, comme un Vénérosy chercheur au CNRS de Toulouse. Ou la soeur de Sylvain, directrice scientifique du parc zoologique de Tsimbazazy. Comme l’Orchidée, experte-comptable agréé entre la France et les Pays-Bas, excusez du peu ! Je pensais qu’il en irait de même pour Dany. Pour apprendre, bien après mon départ de la Sakay, qu’elle avait été jetée du lycée de Miarinarivo… pour mauvais résultats en malgache !
Chez nous à la Sakay, elle se faisait remarquer en classe de math ou sciences, matières qu’elle détestait, pour se faire rembarrer par Christian Didier et se faire expédier en « colle »… dans la bibliothèque des enseignants où elle se gavait de Victor Hugo ou San Antonio.
Je quittai La Sakay en 1973 pour y revenir « en pèlerinage » avec Enfants du Monde en 1996. Dany n’avait pas été malheureuse, enfin, pas trop. Elle avait épousé Félix, qui l’avait emmenée à Namakia, où il travaillait dans une usine sucrière. Avec une prédisposition pour les boissons fortes en dépit desquelles il ne l’avait jamais rendue malheureuse. Mais l’espoir d’avoir des enfants lui fut ôté après deux accidents de mobylette après lesquels elle perdit aussi son Félix.
Chaque fois que je revenais à la Sakay, elle me faisait découvrir un peu plus son merveilleux pays ; heureuse de constater que chaque fois, je lui rapportai des livres (denrée chère à Madagascar), n’ayant pas oublié son amour de la littérature française.
Le reste ne vous regarde pas.
Il y a sur Youtube un « Song for Dany », de Jules Bénard, composé à sa seule intention. Mon ami Hassen a eu la gentillesse d’arranger les notes de mon modeste boléro qu’il a ensuite mis en ligne.
Dites… vous ne voulez pas l’écouter une fois, histoire de rendre un dernier hommage à notre Dany, emportée le lundi 16 avril par une foutue saloperie de cancer ?
Elle s’était réfugiée à Antananarivo chez la « petite » Irène, une autre de nos anciennes très bonnes élèves, afin d’être plus près de l’hôpital. Il était trop tard.
Il y a des nouvelles que l’on aimerait ne jamais avoir à annoncer. Celle-ci est une des pires de ma vie.
Veloma Dany. Tiako ianao betsaka.


