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Un père lourdement condamné pour agression sexuelle sur sa fille et ses belles-filles

Un homme de 50 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour des faits d'agressions sexuelles incestueuses sur mineur de 15 ans. Il lui est reproché d'avoir abusé de sa fille ainsi que des deux filles de sa compagne. Les faits s'étalent de 2001 à 2006 sur sa fille et de 2013 à 2021 sur ses deux belles-filles. À l'origine de la libération de la parole, une séance de sensibilisation sur les violences sexuelles dans les lycées.
Ecrit par Régis Labrousse – le samedi 12 octobre 2024 à 06H42

Ce sont des faits d'une noirceur totale qui sont reprochés à Fabrice B. En effet, sa propre fille et ses deux belles-filles attestent qu'il aurait abusé d'elles durant de nombreuses années et dès leur plus jeune âge. C'est finalement une des belles-filles qui finit par craquer en 2021.

Tout débute après que la jeune fille, alors adolescente et aujourd'hui âgée de 19 ans, a suivi une séance de sensibilisation au collège sur les atteintes sexuelles. Complétement chamboulée, elle se confie à une amie qui la persuade d'un parler à un responsable. Elle l'écoute et le processus se met en marche au niveau de l'Éducation nationale qui fait immédiatement un signalement. Le ti-père est convoqué puis finit en garde à vue. Une enquête est ouverte pour viol dans un premier temps puis, sur accord des victimes, les faits sont correctionnalisés et jugés le 4 octobre dernier devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis.

 

"Il venait chaque matin dans mon lit"

 

À la barre, le prévenu reste sur sa ligne de conduite du départ : "Je reconnais des violences sur mon ex-compagne, mais je ne les ai jamais touchées. C'est un complot entre elles". Par complot, il veut dire que ses belles-filles et sa propre fille, qui ne se connaissaient pas, se seraient entendues sur une version commune. Sauf que l'enquête montre que c'est lui qui a contacté sa fille, âgée de 31 ans aujourd'hui, pour qu'elle témoigne en sa faveur alors qu'elle ne connaissait ni les deux belles-filles, ni l'affaire en cours. Résultat, si elle refuse de déposer plainte, elle finit par tout avouer et raconter qu'elle a aussi été abusée dès son plus jeune âge.

L'une des belles-filles, trouvant le courage de s'exprimer à la barre, confirme intégralement ce qu'elle a vécu. Elle explique qu'il venait régulièrement le matin dans son lit pour la caresser. Le témoignage de sa propre fille, lu par le président, est également sans ambiguïté : "Il venait chaque matin dans mon lit et mettait sa main sous mon pyjama pour toucher mon sexe. Il prenait la douche avec moi", ajoutant qu'une fois sa mère l'avait surpris en érection dans son lit.

"Je ne vais pas avouer ce que je n'ai pas fait", répond le prévenu avec froideur et aplomb. "Monsieur, votre fille est très claire depuis le début", fustige le président. Le prévenu répond avec vigueur : "Elles (ses deux belles-filles, ndlr) ont fomenté un plan pour me faire partir. Elles ne m'aimaient pas à cause des violences sur leur mère, j'étais le négro de service". La mère des deux adolescentes est aussi formelle à la barre : "Les filles ne peuvent pas avoir menti sur des choses comme ça. Un complot n'est pas possible même si j'étais sous son emprise. Je veux qu'il reconnaisse qu'il a détruit une famille". Celle-ci racontera d'ailleurs en audition qu'il la forçait à retirer sa culotte pour la sentir quand elle rentrait des courses pour voir si elle n'avait pas un amant. Interrogé par le président, il confirme avec fierté, assumant totalement sa façon d'agir en mâle dominant. Invité à réagir, il se fend d'un : "Désolé qu'elles soient traumatisées, mais ce ne sont que des mensonges. J'adore mes enfants". "C'est ce que l'on vous reproche", fustige aussitôt le président.

 

"J'ai fait sept mois de prison, vous y êtes allé vous ?"

 

L'expertise psychologique du prévenu indique une tendance asociale avec des difficultés à se remettre en question. Cela serait dû selon l'expert à des travers narcissiques. Pour preuve, alors que le président l'interroge sur son casier judiciaire qui comporte deux mentions dont une période d'incarcération de sept mois, il lui fait remarquer avec autorité : "J'ai fait sept mois de prison, vous y êtes allé vous ?". 

Les parties civiles, représentant la mère et les filles, sont unanimes : "Ce qu'elles attendent, c'est qu'il reconnaisse ce qu'il a fait. Elles demandent que votre tribunal entende leurs paroles", ajoutant d'une même voix : "Il y a des éléments dans ce dossier qui prouvent sa culpabilité. Elles ont toujours été constantes dans leurs déclarations". Et de conclure : "Elles ont été agressées sexuellement et violées pendant des années. Vu son comportement à l'audience, ça vous laisse imaginer le quotidien".

"Le seul qui se sente innocent, c'est lui", ironise le parquet dans ses réquisitions avant de poursuivre : "Il se donne en spectacle ici, sans prendre conscience de la gravité des faits qui lui sont reprochés. Il se cache derrière des impossibilités matérielles et l'absence de témoins, et enfin, sur la théorie de complot. Selon lui, les victimes sont dans une volonté de se faire leur beau-père, mais ça ne tient pas. C'est lui qui demande un témoignage positif à sa propre fille et, après réflexion, elle finit par témoigner même si elle refuse de déposer plainte. Les faits sont constitués, mais le problème aujourd'hui, c'est sa personnalité. Il n'est pas coupable, c'est lui la victime", tance la procureure qui requiert cinq ans de prison dont un an de sursis probatoire. Et de conclure : "Il faut mettre fin au festival et à la foire qu'il a montrés aujourd'hui".

 

"On doit aussi entendre sa parole"

 

"Il est désagréable, antipathique et soyons clairs, je ne peux le voir ! Pour autant, doit-on le condamner pour cela ?", précise la défense en introduction de sa plaidoirie. "Il y a beaucoup de tension dans la salle, beaucoup d'affect et beaucoup de certitudes aujourd'hui, mais je n'en suis pas aussi certaine. Vous êtes juristes, il faut rester sur le droit et sur les faits. La théorie du complot, je n'y crois pas un instant, je vous le dis, mais il faut retenir ce que disent les experts psychologues des deux jeunes filles : 'Il n'y a aucune certitude sur les faits d'agressions sexuelles'. Un climat lié à des violences, mais aucun signe d'agression sexuelle. Je vous rappelle qu'il n'est pas là pour viol, mais pour agression sexuelle. Les déclarations des victimes ne sont pas très claires. Rien ne permet aujourd'hui de prouver les attouchements, et s'il y a un doute, il doit profiter à la défense. Il n'y a aucune certitude, on doit aussi entendre sa parole, nous sommes dans un État de droit", plaide la robe noire.

Arrivé libre, mais sous contrôle judiciaire ce vendredi 11 octobre, date du délibéré, le prévenu est déclaré coupable de l'intégralité des faits par le tribunal correctionnel. En répression, il écope de cinq ans de prison dont un an avec sursis. Fait rarissime, le président prononce un mandat de dépôt à l'audience. Il est également inscrit au fichier des délinquants sexuels. Alors qu'il perdait le sourire à l'annonce du délibéré, les victimes exprimaient, avec pudeur, un sentiment de soulagement et de justice.

"Il s’agit d’une bonne décision qui démontre que la parole de ma cliente et des autres parties civiles a été entendue. Il s’agit d’une lourde peine qui tient compte de la gravité des faits et de leur durée dans le temps. C’est un soulagement pour les victimes", indique Me Yannick Carlet. "C’est une décision rare et d’une sévérité incontestable avec un mandat de dépôt immédiat à l’audience. Mais c’est une décision juste, proportionnée face à la gravité des faits, le nombre de victimes et la durée des faits dans le temps. C’est un message clair de l’autorité judiciaire qui fait de la lutte contre les violences sexuelles dans notre département, une véritable priorité. On ne peut que se réjouir que la parole, la vérité et la souffrance des victimes aient été entendues, il s’agit d’un préalable nécessaire au long chemin de reconstruction des victimes de violences sexuelles", ajoute Me Mareva Fornes-Marin.

 

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Le récapitulatif des ressources ici : https://arretonslesviolences.gouv.fr/besoin-d-aide


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