Un faux courtier escroque de vraies victimes et les déleste de 27.000 euros

Le moins que l'on puisse dire, est que sa petite entreprise ne connaissait pas la crise. Pierre Plante est un quinquagénaire qui ne doute de rien. Ancien concessionnaire automobile qui a fait faillite, il décide de se recycler dans le courtage, mais pas n'importe lequel. Il traîne sur les concessions automobiles et propose des facilités aux futurs clients pour obtenir un crédit. Son travail consiste à s'occuper de faire passer les dossiers afin d'obtenir un accord rapide. S'il n'est ni répertorié, ni affilé à une quelconque structure, ce "free-lance" non déclaré, n'en est pas moins stupide : il demande à chaque client une somme en espèce pour faire accélérer les choses. Souvent en proie à des difficultés financières, les clients finissent par se laisser séduire.
Sa technique est bien rodée. Une fois la somme empochée, il finit par disparaître et les clients ne revoient plus leur argent. Pour eux, c'est la triple peine : pas de crédit, plus de pseudo-courtier et adieu à l'avance versée en espèce. Rien ne l'arrête. Grâce au bouche-à-oreille, il se diversifie et propose même des prêts personnels et immobiliers. En 2022, cinq personnes finissent par déposer plainte, permettant de démarrer une investigation. Les enquêteurs découvrent que ce ne sont pas les seuls pigeons et que leur arnaqueur est déjà connu de la justice pour des faits similaires. Ils finissent difficilement par lui mettre la main dessus et le place en garde à vue. La perquisition ordonnée permet de découvrir chez lui 104 dossiers de clients avec un point commun : il n'y a jamais de demande de prêts. Preuve de cette gabegie, le mis en cause a même créé un faux tampon avec un faux numéro de Siret.
Il a réponse à tout et semble se souvenir de chaque client escroqué
Ce mardi à l'audience, le prévenu se présente d'un pas sûr et serein. Ironie du sort, ou pas, il est déjà détenu pour une peine de deux ans pour des faits d'escroquerie. À la barre, il a réponse à tout et semble se souvenir de chaque client escroqué. S'il reconnaît n'avoir pas remboursé certains d'entre eux, il affirme, à l'énoncé de certains noms, qu'il s'est bien acquitté du remboursement de la somme malhonnêtement acquise. Selon lui, chaque dossier a fait l'objet d'une demande auprès d'un organisme : "Avez-vous des preuves que vous avez bien fait les démarches auprès des organismes de prêts ?", demande la présidente. "Non aucune", répond dit le prévenu. Soit il a remboursé le client, soit il n'a jamais reçu l'argent. Quand il reconnaît l'avoir gardé, "c'est personnel, c'est pour vivre et pour manger", précise-t-il.
Il n'en démord pas, il a bien fait les démarches pour chaque dossier. Pourtant, les clients spoliés n'ont jamais eu de retour, ni du prêt, ni de leur argent : "Le dossier n'est pas passé. Et le peu d'argent pris, je l'ai dépensé pour vivre", se justifie encore et encore Pierre Plante. Le constat est sans appel, une fois l'argent pris, il disparaît. Les victimes présentes sont unanimes, il ne leur a jamais remboursé le moindre sou. L'avocate d'une des parties civiles se dit, "effarée par l'attitude des escrocs dans notre prétoire. Quand je vois l'aplomb de monsieur, je comprends que les victimes ont pu être bernées. Mon client se sent humilié d'avoir été berné par un imbécile", indique la robe noire.
Il n'a aucun remords sur ce qu'il a fait, même face aux victimes
"C'est une véritable maladie, c'est une pathologie", poursuit la procureure de la République. "On a retrouvé 104 dossiers à son domicile, il y a tous les éléments d'une escroquerie. Il se présente comme un courtier pour que les choses aillent plus vite et ne demande que de l'espèce pour qu'il ne puisse pas être tracé. Il va même démarcher dans les bars. Il ne peut s'arrêter, car c'est son mode de fonctionnement. Il est allé en prison et ne s'est arrêté ni avant ni après. Il n'a aucun remords sur ce qu'il a fait, même face aux victimes", conclut le parquet qui requiert une peine de quatre ans de prison dont un avec sursis ainsi que le maintien en détention.
"Le défendre est une tâche un peu compliquée aujourd'hui", reconnait la défense. "Il reconnaît les faits et il fait preuve d'un certain embarras. Il est extrêmement mal à l'aise, ce qui explique ses déclarations floues. C'est une vaste entreprise d'escroquerie avec le même mode opératoire. Pour autant, certains faits coïncident avec des faits pour lesquels il est déjà en détention. C'est donc nouveau, mais sans vraiment l'être. Je vous demande une confusion de peine", plaide la robe noire.
Le parquet s'oppose fermement à une possible confusion de peine, rappelant qu'il y a 35 victimes dans ce dossier pour une somme de plus de 27.000 euros escroqués. Invité à s'exprimer avant la délibération de tribunal, Pierre Plante indique qu'il "regrette", et ajoute, "ce n'est pas facile, les prix ont beaucoup augmenté à l'extérieur". Le tribunal condamne finalement le prévenu à trois ans de prison dont un an de sursis, prononce des obligations de travail, de soins et d'indemniser les victimes et prononce un mandat de dépôt à son encontre. Le tribunal révoque également un sursis de 5 mois datant de 2019, le prévenu étant en état de récidive.


