Un coup de fusil pour une place de parking

Les faits se sont produits dans un quartier du Port le 3 septembre dernier. En plein après-midi, un coup de feu retentit. Un homme vient de tirer sur le conducteur d'un véhicule. La raison : un différend pour une place de parking.
Pour bien situer le contexte, les deux familles protagonistes se connaissent et sont voisines, mais un différend oppose les enfants depuis un moment. Ce jour-là, la victime vient se garer pour décharger une bouteille de gaz et il est pris à partie par la fille du voisin qui ne comprend par pourquoi il se gare devant chez elle alors qu'il y a de la place partout.
Au final, elle le sait, il veut, comme toujours depuis quelques mois, les provoquer. Une dispute éclate entre eux, ameutant plusieurs membres des deux familles. Des insultes et des menaces sont échangées. Des menaces qui viennent de la victime qui, il est important de le préciser, n'est pas un enfant de chœur puisqu'il est sous bracelet électronique. Il dit même qu'il se retient de les frapper car il est sous bracelet. La pression monte jusqu'à que le fils du prévenu coure réveiller son père en hurlant : "Papa, je vais tuer le gars de la voisine". Le père se lève et va voir ce qu'il se passe. Dans un premier temps, il se dispute avec la victime et les deux individus terminent front contre front. Il explique ensuite avoir senti que le jeune homme cherchait quelque chose pour le frapper. Il est alors rentré et a attrapé son fusil et une cartouche.
"Le problème est venu de la place de parking"
Lorsqu'il est ressorti, il a vu que la victime était dans sa voiture et allait reculer alors que sa femme et son fils étaient derrière le véhicule. Pris de panique, il a ouvert le feu "pour les protéger". La victime reçoit de nombreuses billes de plomb de la taille d'une tête d'épingle, la blessant au bras gauche. La police intervient, le tireur est interpellé. Le conducteur s'en sortira grâce à la vitre et au film de protection qui ont amorti l'impact des plombs et se verra délivrer une ITT de 7 jours. L'arme, elle, ne sera jamais retrouvée.
À la barre, le prévenu reste sur sa version d'origine : "J'ai chargé et j'ai tiré de peur pour ma femme et mon fils. J'ai tiré sur la voiture sans viser". La victime n'a pas la même version : "Le problème est venu de la place de parking. J'ai voulu éviter les deux personnes. Il a tiré quand j'ai passé la première pour repartir, pas quand j'ai voulu reculer".
"À l'écouter, c'est lui la victime. Il se dit victime de l'attitude de mon client"
"Aujourd'hui, je suis surpris par ses propos. À l'écouter, c'est lui la victime. Il se dit victime de l'attitude de mon client. Il n'a pas tiré les leçons de ce qu'il a causé et il est prêt à recommencer", s'insurge la partie civile.
"On cache de nombreuses choses dans ce dossier et notamment l'arme ! On ne va pas se mentir, c'est un proche qu'il l'a récupérée. Ce qui m'inquiète, c'est qu'elle réapparaitra forcément. Le comportement de la victime n'est pas le bon. Il est connu de la justice, il est sous bracelet au moment des faits. Il fait dégénérer la situation, il faut le souligner. Quand le prévenu dit qu'il n'a pas visé la tête, j'ai quelques doutes. Il n'a pas tiré au hasard, il a pris le temps de prendre l'arme, de le charger et ensuite il vise pour faire mal et il a réussi. On se dit tout ça pour quoi ? Un contentieux pour une place de parking. En tout cas, ce n'est pas un acte de légitime défense", fustige le procureur qui requiert une peine de 3 ans de prison dont 6 mois de sursis ainsi que le maintien en détention.
"Il sait qu'il a eu la mauvaise réaction, il a agi sous l'effet de la panique"
"En accord avec client, je ne plaiderai pas la légitime défense", répond la robe noire en défense. "Vous avez le dossier entre les mains, vous jugerez mais ce n'est pas un homme irascible qui règle tout par la violence. C'est une triste affaire car les deux familles s'entendent bien et se connaissent. Il faut aussi voir les faits à travers ses yeux, d'autant que la victime n'est pas une oie blanche. Il a été condamné en 2017 pour avoir tabassé un policier qui ne pourra plus jamais travailler. Quand il dit qu'il était calme le jour des faits, j'ai un doute. Cela fait 6 mois qu'il provoque et menace de violences la femme et la fille de mon client mais qu'il se retient car il est sous bracelet. Mon client intervient car on s'en prend à sa chair et à son sang. Il sait qu'il a eu la mauvaise réaction, il a agi sous l'effet de la panique. Il est éligible à une peine aménageable. Il est inséré et peut même purger sa peine loin du Port pour la partie ferme", plaide la robe noire.
Le prévenu est condamné à la peine de 2 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire. La partie ferme est aménagée sous la forme d'une détention à domicile sous bracelet électronique. Il lui est fait interdiction de contact avec la victime et de détenir une arme pendant 5 ans.


