Tuerie de La Possession : l’effrayante "to-do list" rédigée par Abraham Bomela en prison

Alors que la cour d’assises se penche sur la personnalité de l’accusé jeudi 19 février, la présidente a fait part d’un écrit découvert dans la cellule d’Abraham Bomela. Il y dresse une liste très exhaustive des différentes façons de "faire souffrir ou tuer des gens".
Si les faits qui lui sont reprochés ne laissaient guère de doutes sur la dangerosité d’Abraham Bomela, accusé de trois assassinats et huit tentatives d’assassinats le 28 octobre 2023 à La Possession, voilà un nouvel élément qui ne sera pas de nature à rassurer les jurés.
Alors que la cour d’assises aborde jeudi 19 février la personnalité du suspect de 41 ans, la présidente Doriane Trombi a fait état d’un écrit découvert par les surveillants au cours d’une fouille de la cellule qu’il occupe, seul, au centre pénitentiaire de Domenjod.
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"Un inventaire à la Prévert de comment faire souffrir les gens"
Un courrier en forme de "to-do list", ou "d’inventaire à la Prévert" comportant pas moins de 80 items numérotés, décrivant différentes manières de « faire souffrir ou tuer les gens » expose la présidente.
Certaines assez prosaïques comme "Brûler quelqu’un avec de l’essence", "piquer la tête avec une aiguille", "jeter un appareil électrique dans la baignoire", "mettre de l’huile dans l’escalier" ou "mettre un coup de galet dans la gaine de frein de l’auto", d’autres plus délirantes, mêlant la présence de cadavres d’animaux ou ajoutant des connotations sexuelles assez crues.
"Pour évacuer la colère"
"C’est particulier, Monsieur", commente la présidente. "C’était pour évacuer la colère avec des mots", répond l’accusé, qui juge "normal de faire du mal aux gens qui vous font du mal." "La dernière fois que vous avez été en colère, on voit ce que ça a donné", rappelle la magistrate.
Sans préciser si cette liste visait des personnes en particulier, Abraham Bomela reconnaît avoir mis "plusieurs jours" à la rédiger, dans la solitude de l’isolement carcéral qu’il a lui-même sollicité.
"Traits de personnalité anti-sociale"
Un élément supplémentaire à prendre en compte dans l’examen de la personnalité de l’accusé pour les experts. "Une telle liste viendrait valider les traits anti-sociaux qu’on perçoit chez lui", analyse la psychologue Laurence de Jonckheere, qui décrit les trois composantes majeures de la personnalité d’Abraham Bomela : "Un aspect psychiatrique, avec un noyau délirant démontrant un trouble mental", mais aussi "des traits de personnalité anti-sociale, une agressivité, une froideur affective et un déficit d’empathie qui sont indépendants du trouble mental." Enfin, l’experte évoque des "facteurs criminologiques", tels que son isolement social ou les "pensées pro-criminelles".
"Pour lui, c’est normal d’avoir fait ce qu’il a fait, il n’est pas ébranlé", note la psychologue qui fait bien la distinction entre trouble mental et traits de personnalité. "Tous les schizophrènes ne sont pas dangereux. On ne naît pas antisocial, on le devient" souligne-t-elle, évoquant de "probables traumatismes dans l’enfance".
"Psychose paranoïaque +++"
La notion de psychopathie est discutée, mais pas formalisée : "A cet âge-là, il y aurait déjà des antécédents judiciaires en lien avec des traits psychopathiques" estime le psychiatre Roland Coutanceau, qui insiste plutôt sur une pathologie mentale de type "psychose paranoïaque", avec une partie "délirante" qui n’empêche pas le sujet d’être "organisé, cohérent, logique" dans l’expression de sa violence et sa justification.
"C’est un paranoïaque +++, rigide, susceptible, avec une interprétativité très importante. Il se sent agressé, il riposte", résume l’expert, concluant à une altération de son discernement, mais pas à une abolition qui aurait complètement entravé le contrôle de ses actes. L’accusé est donc, pour les experts, accessible à une sanction pénale même si une injonction de soins semble indispensable.
Place cet après-midi aux plaidoiries des parties civiles, en attendant le réquisitoire et la plaidoirie de la défense vendredi matin.


