Drame de La Possession : le procès du "périple meurtrier" d’Abraham Bomela s’ouvre aujourd’hui devant la cour d’assises

Abraham Bomela, 41 ans, comparaît à partir d’aujourd’hui devant la cour d’assises pour trois assassinats et huit tentatives d’assassinat commis le 28 octobre 2023 au cours d’un périple sanglant entre son domicile et le centre-ville de La Possession. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Plus de deux ans après les faits, le traumatisme demeure pour de nombreux Possessionnais, dont la ville a été le théâtre d’un déchaînement de violence jamais vu ce matin du samedi 28 octobre 2023. Un traumatisme, et un sentiment d’incompréhension alors que s’ouvre lundi 16 février devant la cour d’assises de La Réunion le procès d’un accusé qui a entrepris de semer la mort aussi bien dans son cercle familial que dans les rues de la commune.
Pendant une semaine, les jurés vont tenter de décrypter comment, en moins d’une demi-heure, cet homme à peine connu de la justice a pu laisser libre court à une haine aveugle, tuant aussi bien sa propre mère que sa petite nièce de 5 ans, ou encore cet agent d’entretien de 54 ans qu’il ne connaissait pas. Sans oublier les autres victimes qui ont eu le malheur de croiser son chemin et qui, si elles ont survécu, gardent de lourdes séquelles physiques et psychologiques de ces événements.
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Déterminé "à tuer n’importe qui"
Un joggeur, un scootériste, les clients d’un supermarché, un motard, un gendarme du GIGN… autant de personnes dont le seul tort a été de se retrouver sur la route d’un homme déterminé "à tuer n’importe qui" pour exprimer sa colère.
Abraham Bomela, 41 ans, doit aujourd’hui répondre de trois assassinats et huit tentatives d’assassinat, des chefs d’accusation pour lesquels il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Il poignarde sa nièce, puis sa mère
Ce matin du 28 octobre 2023 vers 6h, le père de la petite Lorane, 5 ans, vient de déposer sa fille chez sa tante Edith, 69 ans, qui a l’habitude depuis quelques mois de la garder à sa maison du chemin Bœuf Mort lorsque ses parents travaillent. Une situation qui exaspère son fils Abraham, un personnage rustre vivant reclus dans une case du terrain familial et que l’entourage décrit comme "pas normal, pas sociable."
Après avoir une fois encore exprimé son désaccord à sa mère, il va se saisir d’un des couteaux à cran d’arrêt qu’il affectionne et va s’acharner sur la petite fille, frappée à une dizaine de reprises, puis sur sa mère qui tentait de s’interposer.
Fuite en avant criminelle
Pris sur le fait par un cousin vivant à proximité et qu’il aurait également menacé de son couteau, il attrape les clés de sa Twingo blanche et prend la fuite. Une fuite en avant dans ce que le dossier va qualifier de "périple criminel."
Comme il le reconnaîtra plus tard, Abraham Bomela est alors ivre de colère et veut s’en prendre à tous ceux qu’il croise. Un joggeur et un scootériste qu’il percute chemin Bœuf Mort, deux hommes en train d’échanger des plantes sur le parking du supermarché Leclerc, un motard dans le rond-point voisin…
Abandonnant son véhicule endommagé par les chocs successifs, il court alors se retrancher dans l’agence du Crédit Agricole toute proche. Là, malgré ses suppliques, il poignarde Joé Breda, un agent d’entretien de 54 ans qui va succomber à ses blessures.
"Schizophrénie paranoïde"
Avant d’être enfin appréhendé, Abraham Bomela opposera une vive résistance, blessant encore grièvement de sa lame l’un des gendarmes venus le déloger avec une colonne d’assaut du GIGN.
Coup de folie ? Dans les jours qui suivent, l’enquête met en lumière les antécédents psychiatriques d’Abraham Bomela, qui a déjà effectué plusieurs séjours en institution avec un diagnostic de "schizophrénie paranoïde". Mais le Possessionnais, qui verse dans la sorcellerie et consomme du zamal, a cessé depuis longtemps de prendre des médicaments qui lui donnent "mal à la tête".
La tentation pédophile comme mobile
Surtout, il reconnait les faits avec une grande froideur et une totale absence de remords. "Je voulais en tuer un maximum. Une fois que j’ai porté des coups à ma maman, le reste n’était plus important. J’aurais pu tuer d’autres mounes, n’importe qui", déclare-t-il durant l’instruction.
Quant au mobile de ces crimes, le mis en examen explique que la présence de cette petite fille chez sa mère lui était insupportable car elle risquait de réveiller chez lui des pulsions "pédophiles" dont il ne voulait pas être accusé. Dans son ordinateur, les gendarmes vont en effet retrouver des images à caractère pédopornographique, ce qui lui vaut d’être également poursuivi pour ce délit.
Altération du discernement retenue
Si les experts psychiatres ont retenu une "altération du discernement" du suspect, atteint de "psychose paranoïde" mais demeurant "accessible à une sanction pénale", tout l’enjeu de ce procès sera donc de savoir si cette circonstance lui vaudra une atténuation de la peine.
Détenu à l’isolement, Abraham Bomela semble résigné à son sort et n’a jamais cherché à exprimer le moindre regret, alors que plusieurs marches blanches ont été organisées à La Possession depuis les faits, en hommage aux victimes de sa furie meurtrière. Le verdict est attendu vendredi.


