Trois jours après le cyclone Garance : le calvaire des habitants de l’allée des Calanthes au Brûlé

Après le cyclone Garance, les habitants de l’allée des Calanthes font face à un paysage de désolation. En l’absence d’aide, ils s’organisent pour déblayer la boue, tout en dénonçant une situation qui se répète depuis des années.
Trois jours après le passage dévastateur du cyclone Garance, les habitants des hauts de Saint-Denis pansent encore leurs plaies. À l’allée des Calanthes, dans le quartier du Brûlé, des familles ont été durement touchées par des coulées de boue et des torrents d’eau. Parmi elles, Pierre, un résident vivant à proximité du centre de lecture témoigne avec amertume de la situation qui perdure depuis des années, aggravée par une gestion qu’il juge défaillante des eaux de pluie par les autorités.
"Une catastrophe qui se répète"
"Pendant l’alerte rouge, en plein après-midi, après le passage des vents les plus violents, la pluie s’est abattue en masse", raconte Pierre. Ce qui a commencé par une inondation s’est rapidement transformé en coulée de boue. "Plusieurs voisins ont été touchés. Chez l’un d’eux, il y a encore un mètre cinquante, voire deux mètres cinquante de terre, de boue, de gravats et d’ordures dans sa cour". Pour Pierre, ce n’est pas une première : "L’année dernière, lors du cyclone de janvier, on avait déjà été inondés, mais c’était juste de l’eau, pas de la boue".
Une buse de canalisation pointée du doigt
À l’origine de ces désastres à répétition, selon lui, une buse installée il y a quelques années au niveau du parking de l’école du Brûlé et du centre de lecture. "L’eau qui descend de l’école et du centre de lecture plus haut est collectée par ce tuyau et déversée en contrebas, directement sur notre chemin privé, une impasse qui dessert nos maisons", explique-t-il. Résultat : à chaque grosse pluie, cette eau concentrée ravage les propriétés des riverains. "Avant, c’était de l’eau claire qui abîmait simplement notre chemin. Maintenant, c’est bien pire avec la boue".
Ce chemin privé, "que la mairie utilise pour évacuer ses eaux pluviales", est au cœur de la colère de Pierre. "Il y a dix ans, on a proposé de céder ce chemin à la commune pour un euro symbolique. Ils ont refusé, arguant que c’était une impasse sans intérêt pour eux. Mais aujourd’hui, ils s’en servent pour déverser l’eau qu’ils collectent, sans se soucier des conséquences". Il s’indigne : "On paye des impôts fonciers, parfois depuis des décennies, et on se retrouve avec un chemin détruit et des maisons inondées. Ce n’est pas normal !"
Pierre ne mâche pas ses mots envers la municipalité : "Si la mairie n’avait pas concentré toute cette eau pour la rejeter en contrebas sans vérifier s’il y avait des habitations, on n’en serait pas là. Ils n’ont rien anticipé, rien contrôlé". Isolés depuis le cyclone, les habitants se débrouillent seuls, à coups de pelles et de brouettes. "On entretient nos propres évacuations, on a construit des murs pour canaliser l’eau mais on ne peut pas gérer une telle quantité déversée par les services communaux. C’est impossible pour des particuliers".
Le Département aussi dans le viseur
Au-delà de la mairie, Pierre critique également la gestion des routes par le Département, notamment sur le versant Saint-François, entre le Brûlé et Saint-François. "Les routes sont coupées à cause d’infiltrations et de murs de soutènement inefficaces. Le Département construit des murets de 80 cm ou 1,20 m qui ne tiennent pas face aux crues. C’est du gaspillage d’argent public !"
Selon lui, des solutions comme des buses enfouies ou des entonnoirs pour canaliser l’eau sous les routes seraient nécessaires, mais rien n’est fait. "Ils se contentent de petits travaux d’entretien superficiels, puis repartent. Pendant ce temps, les maisons en contrebas sont détruites, et certains habitants se retrouvent en situation de catastrophe naturelle".
Un sentiment d’abandon
Face à ces dégâts récurrents, Pierre déplore l’inaction des autorités : "On paye des impôts, mais à quoi ça sert ? On est livrés à nous-mêmes". Pour lui et ses voisins, l’heure est à l’entraide. "Personne n’a pu nous envoyer d’engin pour nous aider. On fait ce qu’on peut, mais c’est épuisant et injuste".
Alors que le cyclone Garance s’éloigne, ses conséquences continuent de peser lourdement sur les habitants de l’allée des Calanthes. Pour Pierre, une chose est claire : sans une prise en charge sérieuse de la gestion des eaux par la mairie et le Département, ce cauchemar risque de se répéter encore et encore.









