Tribune de la CGPER : "Monsieur Labro, vous vous trompez d’époque"

La réponse du monde agricole aux déclarations de Philippe Labro se poursuit. Dans une tribune, la CGPER conteste la lecture du président de Tereos Océan Indien sur l'ouverture du capital aux planteurs et estime que les producteurs doivent pouvoir devenir des acteurs à part entière des orientations futures de la filière.
"À la lecture de l’entretien accordé par M. Philippe Labro dans Le Quotidien du 3 juillet 2026, la CGPER souhaite apporter une réponse claire.
En affirmant que le débat sur l’entrée des planteurs au capital de Tereos « détourne les yeux des vrais problèmes de la filière », M. Labro fait preuve d’une profonde méconnaissance, voire d’un certain mépris, à l’égard des producteurs de canne réunionnais.
Les planteurs ne sont pas un sujet périphérique de la filière : ils en sont le socle. Sans producteurs, il n’y a ni canne, ni sucre, ni énergie, ni rhum. Pourtant, ce sont eux qui assument les risques climatiques, les hausses des coûts de production, les baisses de revenus et les incertitudes économiques.
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"Cette vision du partenariat n’est plus acceptable"
Ce qui interpelle la CGPER, c’est la conception du partenariat défendue par M. Labro.
Lorsque Tereos sollicite l’État, l’Europe ou les collectivités pour obtenir des financements publics destinés à soutenir la filière canne-sucre, les planteurs deviennent des partenaires incontournables. Leur présence, leur travail et leur engagement servent à démontrer l’intérêt collectif de la filière et à justifier les aides publiques.
En revanche, lorsque ces mêmes planteurs demandent à participer davantage aux décisions en entrant au capital de l’entreprise qui transforme leur production, ils sont invités à rester à leur place, nous ne sommes plus de la même caste !!!
Cette vision du partenariat n’est plus acceptable.
Monsieur Labro, vous vous trompez d’époque.
Les producteurs réunionnais ne sont plus disposés à être considérés comme des partenaires lorsqu’il s’agit de défendre des financements publics, puis comme de simples fournisseurs lorsqu’ils souhaitent participer aux orientations stratégiques de leur filière.
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"Les planteurs qui souhaitent investir doivent pouvoir le faire"
La CGPER tient également à clarifier sa position.
Nous sommes parfaitement conscients que l’ensemble des producteurs de canne réunionnais n’ont ni l’envie ni les moyens financiers de devenir actionnaires de Tereos. Ce n’est pas ce que nous demandons.
En revanche, nous revendiquons un principe simple : les planteurs qui souhaitent investir dans leur outil industriel et qui en ont les capacités doivent pouvoir le faire. Leur fermer cette possibilité reviendrait à leur refuser toute participation durable à l’avenir de leur propre filière.
La CGPER ne réclame pas une prise de contrôle de Tereos. Elle demande simplement que ceux qui produisent la matière première puissent, s’ils le souhaitent, devenir également des acteurs de son développement.
Une telle évolution renforcerait l’ancrage réunionnais de la filière, favoriserait la confiance entre les partenaires et permettrait une gouvernance plus équilibrée.
"La filière canne-sucre réunionnaise doit évoluer"
Par ailleurs, M. Labro affirme que « l’avenir de la filière ne se joue pas au conseil d’administration de l’industriel, mais au bureau du CPCS ».
Nous prenons acte de cette déclaration.
La récente élection des représentants des planteurs a profondément modifié le paysage de la filière. Les producteurs ont choisi de se rassembler et d’exprimer une volonté forte de changement.
Si, comme l’affirme M. Labro, l’avenir de la filière se joue au sein du CPCS, alors la CGPER y prendra toute sa place.
Elle défendra avec détermination les intérêts des planteurs, portera les exigences de transparence, de reconnaissance des coûts de production, de juste rémunération et d’un meilleur équilibre dans les relations entre les différents acteurs de la filière.
Le temps où les producteurs devaient uniquement produire pendant que d’autres décidaient seuls de leur avenir est révolu.
La filière canne-sucre réunionnaise doit évoluer vers un véritable partenariat fondé sur le respect mutuel, la transparence et la responsabilité partagée.
Les planteurs ne demandent ni privilège ni faveur. Ils demandent simplement d’être traités comme des partenaires à part entière d’une filière" qu’ils font vivre depuis des générations.
Jean-Michel MOUTAMA
Président de la CGPER


