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Tragédie au rallye de Saint-Joseph : “Le décès d’enfants est beaucoup plus traumatogène. Il crée un sentiment d’injustice"

Ecrit par Prisca Bigot – le jeudi 30 octobre 2025 à 07H56

Le poste d’urgence de la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP), ouvert depuis mardi au centre social de Saint-Joseph, accueille les victimes, témoins, membres de la famille ou proches endeuillés du tragique accident survenu lors du rallye de Saint-Joseph.

S’il existe autant de réactions différentes face à un événement traumatique que de vécus personnels, un accompagnement psychologique peut s’avérer nécessaire. Depuis ce mardi, une trentaine de personnes ont été accueillies au poste d’urgence installé au centre social de Saint-Joseph.

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La CUMP, unité de soins de l’EPSMR, a été activée par le SAMU a été activée dès l’annonce de l’accident afin de prendre en charge, dans un premier temps, les victimes, les pilotes, mais aussi les secouristes et les forces de l’ordre. Avec le soutien de la Ville de Saint-Joseph, le dispositif s’étend désormais aux témoins, aux proches et aux familles endeuillées.

“Le décès d’enfants est beaucoup plus traumatogène. Il crée un sentiment d’injustice”, rappelle le professeur Erick Gokalsing, psychiatre référent de la CUMP. “Nous vivons dans un monde globalement sécure. Et quand on vit de tels événements, toutes nos représentations peuvent être bouleversées.”

Les effets d'un événement potentiellement traumatique

L’individu soumis à un événement potentiellement traumatique va d’abord répondre par une réaction de stress. "C’est ce qui permet d’avoir un comportement de sauvegarde".

Cette réaction disparait en quelques jours lorsque l’événement est fini. "Sauf que parfois l’émotion a été tellement intense que le sentiment de danger et la réaction de stress va perdurer".

On parle ainsi de psychotraumatisme quand il y a “une modification des repères, un bouleversement de la vision du monde, de la vie." Cela peut entraîner un changement de comportement de la personne comme un repli sur soi, une perte de confiance. Le psychotraumatisme peut se traduire par " de l’hypervigilance, la peur que l’événement se reproduise, de l’insomnie, des réviviscences ou encore des cauchemars".

L’accueil et l’accompagnement des victimes et des témoins permettent, dans un premier temps, “de donner aux personnes affectées l’occasion de parler, de mettre des mots sur des émotions pour apaiser la réaction de stress, intégrer l’événement dans la vie du sujet et lorsqu’il y a décès, faciliter le travail de deuil.”

Le psychiatre et son équipe, formés à la prise en charge médico-psychologique, évaluent ainsi l’impact de l’événement et identifient les personnes les plus à risque de développer des pathologies : trouble de stress post-traumatique, dépression, addictions ou trouble de deuil prolongé.

“Nous, nous sommes là pour leur dire que c’est normal d’avoir ce sentiment de danger pour eux ou pour leurs proches après avoir vécu un tel événement. Nous sommes là pour leur expliquer que les symptomes de stress vont se calmer. Que c’est normal d’être sous le coup de l’émotion. Nous leur apportons une réassurance et nous faison de la psychoéducation, à savoir expliquer ce qu’ils vivent pour qu’ils le comprennent.”

Prévenir les séquelles psychiques

Le professeur Erick Gokalsing invite à ne pas négliger la réaction adoptée au moment du drame :
“S’il y a eu dissociation, c’est-à-dire que l’émotion a été tellement intense que le cerveau s’est en quelque sorte coupé du reste du corps pour se protéger, qu’il y a eu des actes automatiques, ou une impression de scène au ralenti de brouillard, cela peut indiquer qu’il y a un risque plus important, sur le plan de la probabilité, de développer une pathologie.”

L’important, selon lui, “c’est de ne pas rester seul avec ces difficultés et de ne pas garder ce sentiment d’être démuni, incompris ou abandonné par la société, la communauté humaine en général.”

Outre les premiers soins psychiques, qui peuvent inclure un traitement médicamenteux si nécésssaire, la CUMP dispense également des conseils d’hygiène de vie. “Pour apaiser ses émotions, ce n’est pas, par exemple, le moment de boire de l’alcool mais plutôt de faire du sport”, préconise le psychiatre, rappelant que “la tragédie survenue ce dimanche peut entrer en résonance avec d’autres événements.”

Un accompagnement qui peut se prolonger

Les troubles peuvent apparaître à distance de l’événement, parfois plusieurs semaines ou mois après le traumatisme. “Le poste d’urgence est installé jusqu’à ce vendredi 16h. Et si jamais, quelques semaines plus tard, on ne va pas bien, il faut consulter son médecin ou appeler le 15 et demander le service d’accès aux soins (SAS) psy”, recommande le professeur Erick Gokalsing. “Des thérapies efficaces existent maintenant pour apaiser la souffrance, faire disparaître les cauchemars, ou les images qui tournent en boucle avec un sentiment de danger permanent…”

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