Trafic d;ecstasy vers La Réunion : la mule, l;épouvantail et 7 ans de prison

Robinson S., 27 ans, comparaissait quant à lui pour complicité de transport et détention. Comprenez : il surveillait le transport et la livraison. Elle a été interceptée le 18 septembre à l'aéroport Roland Garros par les douanes suite à la vérification de ses bagages. Lui sera interpellé quelques jours plus tard dans un hôtel de Saint-Denis. C'est lui qui avait demandé un renvoi de l'audience le 23 septembre pour préparer sa défense alors qu'il ne reconnaissait ni les faits, ni être mêlé à cette histoire. Pourtant, les vidéos prouvent le contraire.
Ce matin du 18 septembre, ils arrivent par le même avion. C'est lui qui est contrôlé dans un premier temps mais les douaniers, malgré une radio, ne trouvent rien sur lui. Il repart libre.
Elle dit avoir cédé car elle était dans la nécessité
Pour elle, c'est une autre affaire. Les douaniers trouvent dans sa valise 7218 cachets d'ecstasy pour un poids de 2,6 kg. A titre d'information, entre 32 et 35% de MDMA ont été décelés sur le stock saisi.
Elle explique avoir accepté ce transport contre rémunération. En somme, rien de nouveau sous le soleil. Même motif, même punition. Elle donne alors la description de son accompagnateur, sans le nommer. Il est intercepté quelques jours plus tard grâce à une coopération douanes-police. 4750€ en espèces et 3 téléphones sont trouvés sur son lit d'hôtel.
Contrairement à ce qu'il prétend, ils se connaissent, explique la jeune femme. Ils ont déjà fait la fête ensemble. Par ailleurs, des messages avec un certain "Ghost", un individu avec qui il converse, prouvent l'existence de son activité. Les deux prévenus ont aussi des amis en commun. "Je ne la connais pas, je n'ai rien à voir avec elle ni avec la drogue. Cet argent, c'est mes économies", explique-t-il au président lors de la première audience de septembre. Pour les téléphones, il y en a un à lui, un qu'il a acheté ici et le troisième est à sa copine. C'est le troisième qui contient des messages de ce "Ghost" dont une phrase lourde de sens : "l'avocat, c'est 6000€ euros".
Dans l'attente du renvoi ce mercredi 12 octobre, la mule et son superviseur avaient été placés en détention provisoire.
En 2017, il avait déjà écopé de 5 ans de prison pour une affaire de stupéfiants et est convoqué en mars 2023 pour les mêmes faits. Elle, a une mention à son casier pour de l'alcool au volant. Elle habite en Suisse où elle a contracté des dettes en raison de nombreuses infractions routières. C;est dans ce contexte qu;elle accepte de faire ce transport contre la somme de 5000€. "J'étais en détresse financière", se justifie-elle.
Elle déclare à la barre que c;est son co-prévenu du jour qui lui a proposé d'acheminer cette drogue. Selon lui, on pouvait obtenir ces cachets sur ordonnance et "qu;au pire, je ne risquais qu;une grosse amende", rapporte-t-elle le fil de l'une de leur discussion avant le voyage vers La Réunion.
"Je suis prêt à vous dire ce que je sais"
A la barre, alors qu;il niait depuis le début, celui qui apparaît comme l;accompagnateur reconnaît les faits : "les trois semaines de détention m;ont fait réfléchir. Je suis prêt à vous dire ce que je sais", tombe-t-il le masque, partiellement. Il faut dire qu'il faisait face à l'évidence. Le président rappelle que c;est grâce aux explications de la mule qu;il a été identifié.
Au final, il ne reconnaît que le fait d'être monté dans l;avion et avoir surveillé qu;elle n;échange pas la valise. S'il s'est montré plus ouvert qu'il y a quelques semaines, son attitude envers les enquêteurs n'a pas plaidé en sa faveur. Il n;a pas voulu donner les codes de ses téléphones par exemple.
A l'inverse, les douanes notent que la jeune mule a collaboré dès le départ. Selon la Douane, le co-prévenu a joué le rôle d;épouvantail, c'est-à -dire qu'avec son profil d'ancien condamné pour stupéfiants, il a attiré les douanes à lui pour permettre à la mule de passer.
Les services douaniers indiquent également que la somme retrouvée dans la chambre du prévenu n;était pas sur lui à son arrivée car rien n;a été retrouvé à la fouille. La Direction régionale des douanes réclame à la mule et à l;épouvantail une amende tenant compte du tarif estimé à 10€ le gramme alors que sur le marché local, le prix va de 10 à 20€ euros le cachet.
Une amende douanière est réclamée à la convenance du tribunal qui éditera cette somme au gramme pour 2743g, soit 27430€, ou pour 7218 cachets à 20€, soit 144360€.
Le procureur estime que les stupéfiants sont extrêmement dangereux puisqu'ils entraînent des atteintes aux personnes et aux biens en raison des convoitises et des gains qu;ils suscitent. Par ailleurs, le parquet estime qu;elle avait conscience de ce qu;elle transportait et requiert à son encontre 2 ans de prison dont 1 an assorti du sursis simple. Pour l;épouvantail, le parquet estime qu;il a fourni la valise contenant l;ecstasy en plus de la surveiller. Il requiert une peine de 5 ans de prison, la confiscation des biens dont les 4750€, une interdiction de séjour à La Réunion de 5 ans et une interdiction de contact avec elle.
Le jugement est tombé une heure après. Elle est condamnée à 2 ans de prison dont 1 an avec sursis avec maintien en détention. Quant à l'épouvantail, il est condamné à 7 ans de prison avec maintien en détention.
Ils sont interdits tous les deux de séjourner à La Réunion et se voient délivrer une amende douanière de 27.430€ à payer conjointement.


