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Taxe sur le rhum : le Département dénonce un « amendement de la honte »

Ecrit par T.L. – le vendredi 9 janvier 2026 à 16H20
Département et Région ont une lecture différente sur les alcools forts péi, entre économie et santé publique (photo d'archives)

Dans un communiqué de presse, le Département réagit vivement au vote de l’amendement du député de l’Eure Philippe Brun, initié par Huguette Bello, rejetant la taxe sur le rhum produit à La Réunion. La collectivité compte sur une réaction des députés réunionnais à l'Assemblée.

Après avoir inscrit à son budget primitif 2026 une majoration certes significative (+42%) de l’accise appliquée au rhum fabriqué et consommé à La Réunion (800 000 euros de recettes supplémentaires annoncées), la Région a pesé de tout son poids pour empêcher une autre hausse des taxes, celle-là poussée par le sénateur Stéphane Fouassin, laquelle aboutirait à une hausse pouvant atteindre 8 euros sur l’achat d’une bouteille.

En commission des finances hier, le député de l’Eure Philippe Brun a fait adopter, à la demande de Huguette Bello, un amendement portant retrait du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) du texte de Stéphane Fouassin. Dans un communiqué de presse, le Département, qui devait bénéficier des retombées financières de cette sur taxe sur le rhum pour des actions de lutte contre l’alcoolisme, a vivement réagi ce vendredi 9 janvier.

Taxe sur le rhum : Bello passe par un député de l’Eure pour faire tomber l’amendement Fouassin

« Le Département de La Réunion condamne avec la plus grande fermeté l'amendement adopté en commission des finances de l'Assemblée nationale visant à supprimer la majoration de la taxation des alcools forts à La Réunion, pourtant votée par le Sénat pour des raisons de santé publique. Cet amendement de suppression, défendu par le député de l'Eure Philippe Brun, constitue un recul grave et irresponsable face à une réalité sanitaire dramatique que connaît notre territoire », déplore la collectivité.

La hausse de la taxe sur le rhum approuvée par l'opinion ?

Le Département assure que Philippe Brun a agi « sans l'aval de sa propre famille politique socialiste » et en se prévalant du soutien d’acteurs associatifs et de militants locaux, « une affirmation totalement erronée et profondément déconnectée de la réalité réunionnaise », selon le Palais de la Source.

 « À La Réunion, les acteurs associatifs, notamment ceux qui sont engagés dans la prévention et la lutte contre l'alcoolisme soutiennent très majoritairement la majoration de la taxation des alcools forts. C'est notamment le cas de la Fédération Régionale d'Addictologie de La Réunion (FRAR), présidée par le Dr David Mété, qui alerte depuis de nombreuses années sur les conséquences sanitaires et sociales d'une consommation excessive d'alcools forts, favorisée par des prix parmi les plus bas de France », poursuit le Département.

L’auteur de l’amendement sur la taxe du rhum, le sénateur Stéphane Fouassin, est pour sa part convaincu qu’une large partie des Réunionnais est favorable à une augmentation du prix de la bouteille, une mesure qui serait jugée nécessaire pour lutter contre le fléau de l’alcoolisme à La Réunion.

« Une situation extrêmement préoccupante en matière de santé publique »

« Le Département tient à rappeler que La Réunion fait face à une situation extrêmement préoccupante en matière de santé publique liée à l'alcool : surmortalité, accidents de la route, violences intrafamiliales, alcoolisation fœtale, maladies chroniques, sans compter les drames humains et familiaux qui en découlent. La surconsommation d'alcools forts constitue un facteur majeur de cette tragédie silencieuse. Refuser d'activer un levier fiscal reconnu par les acteurs comme efficace revient à ignorer délibérément une réalité sanitaire documentée et alarmante », lit-on encore dans le communiqué.

Le 21 décembre dernier, la Région avait elle aussi vivement réagi aux attaques du médecin addictologue David Mété, fervent partisan de la taxe sur le rhum. « Chacun sait que la consommation de whisky écossais vendus par les Mauriciens mais aussi de bières et de vins importés, dépasse de manière significative la consommation de rhums locaux. C’est aussi cela qui pose question en matière de santé publique. Si la filière locale doit effectivement prendre sa part de responsabilité dans ce combat, celle-ci ne saurait être tenue pour seule responsable de ce fléau qui nous préoccupe toutes et tous », relevait alors la Région.

Lire aussi : Dr David Mété : "Une présidente de Région en service commandé des Barons du rhum"

Concernant l’aspect économique et la défense de la production locale, le Département soutient que l’amendement Fouassin ne favoriserait pas les alcools forts d'importation. « L'unique justification développée par Philippe Brun est d'ordre financier, prétendument liée à l'impact de cette majoration sur l'industrie rhumière. Là encore, il s'agit d'une contre-vérité. La majoration envisagée constitue une faculté et non une obligation, son taux devant être fixé chaque année en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés. Elle permet en outre de maintenir un différentiel favorable au rhum local par rapport aux alcools forts importés, garantissant ainsi la protection de la filière réunionnaise et de ses emplois. »

Philippe Naillet pourrait proposer un nouvel amendement

Pour le Département, l’amendement proposé en commission des finances par le député de l’Eure Philippe Brun est un « amendement de la honte » qui n’a été voté par aucun député d’Outre-mer. La collectivité « appelle solennellement à la vigilance et à la responsabilité des députés, en particulier ceux de La Réunion, lors des débats et du vote en séance publique à l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Il leur appartient de défendre l'intérêt général, la santé publique et la protection des plus fragiles, plutôt que des arguments fallacieux et déconnectés du terrain. »

Un appel qui pourrait déjà avoir été entendu. Selon Stéphane Fouassin, le député PS Philippe Naillet devrait mettre au vote en séance publique le 13 janvier un amendement proposant l’application progressive de la taxe sur le rhum de La Réunion, sur une durée de huit à dix ans. Une information que nous n'avons pas pu nous faire confirmer auprès de Philippe Naillet, lequel a récemment pris la parole pour défendre l'application de la taxe sur le rhum local, qui représente selon lui un enjeu de santé publique.

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