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Sur les falaises de Saint-Leu, l’envol historique d’un paille-en-queue à brins rouges

Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 18 janvier 2026 à 17H37
Photo : Yabalex

À Saint-Leu, un vidéaste naturaliste a été le témoin d’un événement jamais documenté à La Réunion : la reproduction menée à terme, en milieu naturel, d’un paille-en-queue à brins rouges. Pendant plus de deux mois, il a suivi à distance l’évolution du poussin, suspendu entre espoir et inquiétude, jusqu’à un envol discret mais historique.

Il était venu filmer des pigeons.

Le 18 octobre 2025, Yabalex longe les falaises abruptes de Saint-Leu, l’œil collé à son objectif. Il connaît ces parois, leurs replis, leurs pièges, leurs promesses. La roche, ce jour-là, semble muette. Puis, au détour d’une paroi, une tache blanche accroche son regard. Juste là où, un an plus tôt, il avait aperçu un paille-en-queue.

Il zoome.

La mise au point se fait. Et soudain, le cœur s’emballe : une petite boule de duvet blanc, immobile, fragile, posée sur la falaise. Un poussin. Un paille-en-queue à brins rouges.

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Pas celui que tous les Réunionnais connaissent, au long brin blanc, emblème de l'île. Celui-ci est autre. Plus rare. Beaucoup plus discret. Presque mythique sur les côtes réunionnaises.

Un oiseau rare et une naissance improbable

Le Phaethon rubricauda, ailleurs dans l’océan Indien et le Pacifique, niche au sol, sous un buisson ou dans une cavité. Il ne pond qu’un seul œuf. L’incubation est longue. Et une fois éclos, le poussin ne bouge plus pendant près de trois mois. Entre 80 et 90 jours d’immobilité totale, à engraisser, à attendre, jusqu’à dépasser parfois le poids de ses parents.

Une stratégie risquée partout. Mortelle, ici.

À La Réunion, les falaises sont accessibles. Chiens, chats, rats, humains. La pression est constante. Jusqu’ici, les rares tentatives de nidification connues se sont toutes soldées par des échecs. Quand le poussin survivait, il fallait l’extraire et le confier à la Société d'Etudes Ornithologiques de La Réunion (SEOR) pour lui donner une chance.

Cette fois, le nid est là. Exposé. Vulnérable.

Yabalex repart, inquiet. Chaque jour, il craint le pire.

Trois mois suspendus au vide

Le 29 novembre, il revient. La boule de duvet a disparu. Son cœur se serre. Puis il le voit : le jeune est là, bien vivant, désormais couvert d’un plumage tacheté noir et blanc. Il a grandi. Il a tenu.

D’après les images, la SEOR estime son départ possible dans environ trois semaines.

Trois semaines encore à résister.

Le 21 décembre, l’oiseau est toujours là. Plus grand. Plus fort. Mais les fêtes approchent. Les pétards, les feux d’artifice, le stress, le vacarme. La falaise va trembler.

Yabalex n’ose presque plus y croire.

"Il a réussi"

Le 27 décembre, après Noël, il revient. L’estomac noué. Le regard fouille la roche. Le nid est vide.

Il cherche des traces. Des plumes. Une lutte. Un corps.

Rien.

Le rocher est propre. Silencieux.

La conclusion s’impose, comme une vague de soulagement : il a réussi.

Une victoire discrète pour ce paille-en-queue, mais historique

Cet envol n’a rien d’un spectacle. Pas de témoin, pas d’applaudissements. Mais il pourrait bien être une première : la première reproduction de paille-en-queue à brins rouges menée à son terme en milieu naturel à La Réunion.

Et surtout, il porte un espoir immense. Ces oiseaux sont philopatriques : ils reviennent se reproduire là où ils sont nés. Ce jeune a peut-être gravé à jamais les coordonnées de cette falaise dans sa mémoire.

Un jour, peut-être, il reviendra.

Yabalex était venu filmer des pigeons. Il repart avec la certitude d’avoir été le témoin d’une page d’histoire naturelle en train de s’écrire, discrètement, sur une paroi de Saint-Leu.

Etiquettes : Paille-en-queue | SEOR

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