Sudel Fuma, adversaire passionné

Des adversaires comme Sudel, j’aimerais en avoir plus. L’homme était passionné, fougueux, y compris parfois dans des convictions que je ne partageais pas. Sa sincérité était indéniable.
C’est précisément tout le plaisir de la confrontation, devant laquelle il ne reculait jamais. Si l’on était toujours tous d’accord, qu’est-ce que l’on s’emmerderait, au demeurant.
Un de nos récents désaccords portait sur « Elie », que Sudel tenait pour le meneur principal des esclaves révoltés de Saint-Leu. Avec quelques autres, nous penchons plutôt pour l’esclave « Gilles », qui figure en tête de la liste des condamnés.
Cela n’a jamais fait de Sudel un ennemi. Notre intransigeance, après tout, n’était pas moindre que la sienne.
Dernièrement, nous nous sommes tenus à ses côtés lorsqu’il tança vertement le maire de Saint-Denis pour son attitude fort cavalière, choquante, dans l’affaire du drapeau régional. Nous en avions discuté dans les couloirs du Conseil général, voici quelques semaines. Ce fut notre dernière rencontre.
Je conserve le souvenir d’un homme passionné, d’un chercheur la foi chevillée au corps, d’un grand raconteur d’histoires et d’Histoire. D’un acteur sans pareil du monde associatif et sportif, lui-même ayant été sportif de haut niveau.
Sa passion de la pêche l’a emporté avec cette vague maudite.
Je joins ma contrition à celle de tous ceux qui l’aimaient et continueront de l’aimer malgré l’absence.
« L’homme s’en va ; l’esprit demeure », disent les Africains. Adieu l’ami, ton esprit ne risque pas de s’en aller.
Bien à toi,
Jules Bénard


