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Stupéfiants : "Il faut que les Réunionnais se rendent compte de la menace que ça représente pour la santé de leurs marmailles"

Force est de constater que les trafics de stupéfiants en tout genre prolifèrent à La Réunion. Pour autant, les saisies sont aussi proportionnelles à l'augmentation de ces trafics et émanent d'une lutte acharnée des pouvoirs publics. À ce titre, Jérôme Filippini, préfet de La Réunion, a réuni ce jeudi les différents acteurs de cette lutte à l'aéroport Roland Garros afin de saluer leur engagement.
Ecrit par Régis Labrousse – le vendredi 26 juillet 2024 à 10H43

Jérôme Filippini, préfet de La Réunion, a tenu hier à saluer le "travail acharné" des principaux acteurs de la lutte contre les stupéfiants sur l'île de La Réunion. Le préfet a eu des mots forts à l'adresse des Réunionnais afin qu'ils prennent conscience de la gravité de la situation : "La consommation de drogue, y compris le zamal, n’est jamais anodine et alimente aussi les trafics d’armes ou d’êtres humains. Il faut que les Réunionnais se rendent compte de la menace que ça représente pour la santé de leurs marmailles". En effet, les chiffres indiquent une progression importante à la fois des saisies de produits stupéfiants et des infractions à la législation en 2023. L'année 2024 sera sans aucun doute pire, puisque dès le mois de juin, la quantité de cocaïne saisie par les douanes était déjà supérieure à celle saisie en 2023 à la même période.

Ce jeudi, le préfet avait à ses côtés Olivier Clémençon, procureur de Saint-Pierre, pas moins alarmant que le préfet. "Réveillez-vous, après il sera trop tard", adresse-t-il à la population avant d'ajouter qu'il observe "des quantités plus importantes et des produits nouveaux qui s’installent. Il y a de grosses quantités d’argent en jeu pour les trafiquants. Et s’il y a de l’argent, c’est qu’il y a des consommateurs". Présent également, Nicolas Le Gall, directeur régional des douanes, alerte sur le phénomène de mules :  "C'est un phénomène qui prend de l’ampleur. Ce sont des personnes qui prennent de gros risques en ingérant les produits 'in corpore'". Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 24 mules arrêtées en 2023 et déjà 18 cette année. Au total, ce sont 231 kg de résine de cannabis sur toute l'année 2023, et déjà 220 en 2024 ; 130.000 cachets d’ecstasy en 2023 et déjà 89.500 cette année ; 30 kg de cocaïne l’an dernier, et déjà 19 kg pour ce premier semestre.

De son côté, le directeur territorial de la police nationale (DTPN), Laurent Chavanne, salue le travail du service des stupéfiants du STPJ dans les enquêtes, notamment sur l'importance de la saisie des avoirs criminels. Il indique que ses équipes ont pu "saisir récemment 200.000 euros dans un trafic de haschich et de cocaïne impliquant des mules et des trafiquants basés en métropole". Enfin, le DTPN rappelle l'importance des opérations "place nette", qui permettent de "mettre hors service des points de deal et de remonter la piste de trafics". Pour exemple, "en début d’année, un contrôle de la BAC a permis de découvrir 80 kg de cannabis et des armes", précise le DTPN. Présente également, la cheffe du service "stups" indique que contrairement aux idées reçues, "on constate que de plus en plus de Réunionnais qui ont séjourné en métropole mettent en place des réseaux pour trouver les produits et recruter les mules en faisant marcher leurs connexions". 

 

Internationalisation des réseaux

 

Le général Frédéric Labrunye, commandant la gendarmerie de La Réunion, met l'accent sur "le contexte insulaire" et la nécessité "d'empêcher les produits d’entrer, mais aussi de sortir". Il note une "internationalisation des réseaux", comme en attestent les investigations de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) de La Réunion. À ce titre, le général explique que récemment, la brigade des recherches de Saint-Paul a interpellé, sur une information de la police municipale de Saint-Paul, deux personnes en possession de 30 kg de zamal. Le produit était conditionné pour être convoyé vers Maurice par voie maritime. Le général insiste sur l'importance d'avoir "une approche zonale de ce phénomène" qui nécessite d'avoir des enquêtes avec le département de Mayotte.

À titre d'exemple, une affaire faisant l'objet d'une ouverture d'infirmation illustre le fait que les trafiquants ne cessent d'évoluer pour brouiller les pistes. En effet, il y a quelques semaines, une Colombienne de nationalité espagnole a été appréhendée avec 5 kg de cocaïne dans le double-fond d’une valise. Son trajet vers La Réunion avait été volontairement complexe pour brouiller les pistes, depuis l’Afrique du Sud en passant par Madrid, Dubaï, Le Cap et Johannesbourg.

Acteur majeur de la lutte contre les stupéfiants dans l’océan Indien, la Marine nationale est en charge des interceptions en mer.  En 2023, ce sont 7 tonnes de produits saisis (héroïne, résine de cannabis), soit 20% de la quantité totale saisie par la Marine nationale. Pour 2024, les marins ont déjà saisi 1,6 tonne de méthamphétamine par le bâtiment de soutien Champlain, ce qui constitue une saisie record. À ce titre, le capitaine de vaisseau Cyrille de Cerval rappelle que "ce travail est particulièrement important puisqu'il permet de contenir une partie des marchandises du flux qui vient d’Asie, transite par l’Afrique pour remonter vers l’Europe. Ce qui est capté en mer, c’est ça de moins sur les terres. Nous œuvrons pour l’Hexagone". 

Etiquettes : Drogue | Stupéfiants

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