Si les petits salaires augmentent, La Réunion reste à la traîne sur la rémunération des salariés

À La Réunion, le salaire médian net dans le secteur privé atteint 1 780 euros par mois en 2023, selon l’Insee. Concrètement, un salarié sur deux gagne moins que ce montant. Si le niveau reste inférieur de 6,6 % à celui observé en province (hors Île-de-France), la dynamique est plus favorable aux bas revenus, ce qui a tendance à réduire les inégalités salariales sur l’île.
La dernière étude réalisée par l'Insee précise que 30 % des salariés réunionnais touchent moins de 1 610 euros nets par mois, et 10 % moins de 1 400 euros. À l’opposé, les 30 % les mieux rémunérés perçoivent au minimum 2 150 euros. Le salaire moyen s’élève à 2 260 euros, soit 8,6 % de moins qu’en province, un écart qui s’est creusé depuis 2015. La Réunion se situe désormais au 76e rang des départements français, loin derrière la Guyane, la Martinique ou la Guadeloupe.
Des inégalités en recul
Entre 2015 et 2023, l’écart entre hauts et bas salaires s’est resserré. Le salaire moyen des 10 % les mieux rémunérés est aujourd’hui 3,8 fois supérieur à celui des 10 % les moins bien payés, contre 4,7 fois en 2015. La tendance est inverse à celle observée en province, où les hauts salaires ont davantage progressé. Cette réduction des écarts tient pour beaucoup aux revalorisations du Smic indexées sur l’inflation. Ainsi, les 30 % de salaires les plus faibles ont progressé de 2,3 % par an, contre seulement +1 % pour les 30 % les plus élevés.
Le rôle de la Lodeom en toile de fond ?
Si l’Insee n’aborde pas directement le sujet, il faut rappeler que la Lodeom influence aussi, de manière indirecte, la dynamique salariale dans les Outre-mer. En ce moment, ce dispositif nourrit d'intenses débats.
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En allégeant les charges sociales des employeurs sur les bas et moyens salaires, ce dispositif vise à soutenir l’emploi et la compétitivité des entreprises locales. À La Réunion, où la part d’emplois peu qualifiés et de petites structures est particulièrement élevée, ces exonérations constituent un levier essentiel pour contenir le coût du travail. Mais cette politique a aussi pour effet de concentrer les avantages sur les rémunérations proches du Smic, contribuant à la progression des bas salaires, sans pour autant réduire significativement l’écart avec la province pour les niveaux plus élevés.
Les cadres mieux lotis que leurs homologues de province
L’exception réunionnaise concerne les cadres : avec 4 230 euros nets par mois en moyenne, ils gagnent 5 % de plus que leurs homologues de province. Cet avantage se vérifie surtout dans les grandes entreprises, où l’encadrement est mieux rémunéré et où persistent des pratiques de surrémunération. En revanche, ouvriers, employés et professions intermédiaires touchent des salaires plus bas qu’en province. Les ouvriers qualifiés, par exemple, perçoivent en moyenne 1 990 euros nets, soit 150 euros de moins que dans l’Hexagone.
Le poids des petites entreprises et d’emplois peu qualifiés
L’Insee pointe la structure économique locale comme principal facteur d’explication. Les cadres ne représentent que 10 % des salariés du privé à La Réunion, contre 18 % en province, tandis que les employés pèsent 38 % de l’emploi (soit dix points de plus). Le tissu productif réunionnais est aussi dominé par de petites structures : 28 % des salariés travaillent dans des entreprises de moins de 10 personnes, contre 20 % en province. À l’inverse, seuls 19 % sont employés dans des sociétés de plus de 250 salariés, soit deux fois moins qu’en province.
Ces écarts de taille influent directement sur les salaires : dans les microentreprises, le salaire net moyen plafonne à 1 940 euros, contre 2 810 euros dans les grandes entreprises. À noter qu’au sein de ces dernières, les rémunérations sont même supérieures à celles de province, sauf pour les ouvriers non qualifiés.
Des disparités sectorielles marquées
Les secteurs les moins rémunérateurs sont ceux du commerce, de l’hébergement-restauration, des services de proximité ou des arts et spectacles. Le salaire moyen y tourne autour de 1 930 euros, soit 15 % de moins que la moyenne régionale. Ces activités emploient plus d’un tiers des salariés de l’île et recourent davantage aux contrats aidés, dont la rémunération moyenne (1 490 euros) reste très inférieure au reste du marché du travail.
À l’inverse, les métiers de la finance, de l’assurance, de l’information et communication, des activités juridiques et scientifiques ou encore de l’énergie offrent les meilleures rémunérations, avoisinant 2 980 euros en moyenne. Ces secteurs concentrent davantage de cadres et d’entreprises de grande taille.
Des écarts femmes-hommes réduits, mais persistants
Enfin, l’étude souligne que les femmes gagnent en moyenne 2 200 euros nets, soit 4,9 % de moins que les hommes. L’écart est plus marqué chez les cadres (–14,2 %), mais plus faible chez les employés (–3,3 %). La Réunion fait toutefois figure d’exception : les inégalités salariales de genre y sont bien moins marquées qu’en province (–14 %).


