Shein face à une procédure inédite de suspension décidée par le gouvernement français

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mercredi 5 novembre 2025 le déclenchement d’une procédure de suspension de la plateforme chinoise Shein en France. Cette décision fait suite au scandale des poupées sexuelles à apparence enfantine découvertes sur le site, et vise à contraindre le géant de la fast fashion à se conformer à la législation française.
Dans un communiqué, Matignon a expliqué que cette suspension serait « temporaire » et durerait le temps nécessaire à la mise en conformité de Shein. « Sur instruction du Premier ministre, le gouvernement engage la procédure de suspension de Shein, le temps nécessaire pour que la plateforme démontre aux pouvoirs publics que l’ensemble de ses contenus soient enfin en conformité avec nos lois et règlements », indique le texte.
Le chef du gouvernement a demandé un premier point d’étape dans les 48 heures, traduisant l’urgence politique et symbolique de ce dossier.
Cette décision intervient quatre jours après le signalement par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de la présence sur le site de poupées sexuelles à caractère pédopornographique. Ces articles, décrits comme des « jouets pour adultes », présentaient les traits d’enfants et étaient vendus sans filtrage d’accès. Une enquête judiciaire a été ouverte à Paris et confiée à l’Office des mineurs.
Un cadre juridique mobilisé au niveau européen
La suspension de Shein s’appuie sur plusieurs fondements juridiques, notamment le règlement européen sur les services numériques, le Digital Services Act (DSA). Depuis mars 2024, Shein est classée comme « très grande plateforme en ligne », ce qui l’oblige à des contrôles stricts sur les produits mis en vente. En cas de manquement, la Commission européenne ou l’Arcom peuvent demander des sanctions financières ou une restriction d’accès temporaire au site.
Au niveau national, la justice française peut également ordonner le blocage ou le déréférencement d’un site contrevenant à la loi, tandis que la DGCCRF conserve un pouvoir de sanction directe.
Shein tente de désamorcer la crise
Sous pression, la plateforme a annoncé le 3 novembre une interdiction mondiale de la vente de poupées sexuelles, le retrait de toutes les annonces concernées et la mise en place d’une cellule interne dédiée à « l’intégrité de la marketplace ». Son président exécutif, Donald Tang, a reconnu une « défaillance de contrôle » imputable à des vendeurs tiers.
Malgré ces annonces, un cas a encore été intercepté dans les Bouches-du-Rhône : une poupée pédopornographique de 1,30 mètre, vendue sur Shein, a été saisie par la gendarmerie avant livraison.
L’affaire s’inscrit dans un climat de défiance croissant envers le géant chinois, déjà sanctionné en France pour pratiques commerciales trompeuses et non-respect des règles sur les données personnelles. La procédure de suspension pourrait marquer un tournant dans la régulation des plateformes étrangères opérant sur le marché européen.


