Sénatoriales: Retour sur une après-midi pleine de surprises

Qui aurait parié sur un scrutin en faveur de l'Union de la droite en ce dimanche d'élection sénatoriale ? Pas beaucoup de monde à en croire les tendances qui s'échappent durant toute cette journée, dans les jardins de la préfecture de Saint-Denis, avant que les résultats officiels ne soient connus.
Sur les 1.211 grands électeurs que comptent la Réunion, 1.208 se sont déplacés à la préfecture (trois n'ont pas voté et devront avoir une bonne excuse pour ne pas payer l'amende de 100 euros en cas d'absence) afin de voter pour la liste de leur choix, même s'il est vrai que ces grands électeurs, c'est à dire les députés, conseillers régionaux, généraux et municipaux, ont été "briefés" par les instances de chaque parti pour ne pas se "tromper" de bulletin au moment du vote. Les résultats laissent penser que les consignes de votes n'ont pas été comprises ou entendues de la même manière par tout le monde...
Dans la cour de la préfecture, les têtes de liste défilent toute la matinée, entourées de militants fiers de porter en triomphe leur futur sénateur. Premier à voter, Jean-Paul Virapoullé se déclare très "confiant" dans ses chances de remporter un siège, s'appuyant sur "son bilan" pour séduire les grands électeurs. Il est suivi de près par Michel Vergoz, Michel Fontaine et Paul Vergès en fin de matinée. Dans les jardins de la préfecture, on a rarement vu autant de candidats, toutes étiquettes confondues, au même endroit...
Des Modérés qui ne se reconnaissent pas dans l'alliance avec le PCR
Fin des votes et début du dépouillement vers 15 heures. Tout le monde se "fend" de sa petite analyse. Mais la tendance se confirme au fur et à mesure du dépouillement de chaque bureaux de votes (quatre au total). La liste de Michel Fontaine creuse l'écart. Vers 16h30, avant même la proclamation officielle des résultats, les militants portent "en triomphe" le maire de Saint-Pierre qui vient de réaliser le coup double de ces Sénatoriales en étant intronisé sénateur de la Réunion au même titre que sa colistière Jacqueline Farreyrol.
Pourtant, tout le monde voyait la liste de l'Alliance-Modéré faire le plein de voix. La liste de Vergès était censée faire le score de la liste de Fontaine, c'est à dire environ 450 voix. Mais elle se retrouve avec 296 voix. Où sont donc passées les 150 voix promises? L'alliance ne semble pas avoir été du goût des grands électeurs centristes, les Modérés, qui ont préféré reporter leurs voix vers Jean-Paul Virapoullé ou encore Michel Fontaine. Une ultime alliance avec des centristes qui aura eu raison de Paul Vergès, après les Régionales de 2010 et son alliance avec André Thien-Ah-Koon.
Quelques heures après l'annonce des résultats, l'homme au 16 mandats démissionne de son poste de sénateur laissant sa place à Gélita Hoarau, sénatrice sortante. La stratégie de départ était d'avoir deux sièges au Sénat, Paul Vergès aurait démissionné, laissant sa place à Gélita Hoarau mais surtout Michel Dennemont, candidat des Modérés... Mais une partie des grands électeurs a décidé de voter pour Michel Fontaine. La présence, au moment du discours de victoire du maire de Saint-Pierre, du maire de Sainte-Rose et conseiller général Bruno Mamindy-Pajany, du groupe Modéré, n'est pas innocente. Elle devrait faire parler du côté du Département ce lundi.
Une page de l'histoire politique de la Réunion se tourne
De son côté, le Parti socialiste a fait jeu égal avec le PCR en récoltant autant de voix de grands électeurs, et envoie Michel Vergoz au Sénat, "une première pour le PS réunionnais depuis 20 ans", rappelle-t-il. Un PS qui tient à préciser qu'il n'a pas gagné le quatrième siège, mais bien le troisième. "On l'enlève à la régulière et c'est notre fierté", explique le nouveau sénateur devant la préfecture. Le PS et le PCR semblent définitivement brouillés.
Mais le grand perdant de cette élection restera Jean-Paul Virapoullé. Suspendu de l'UMP, mis à l'écart par une partie de la droite réunionnaise qui n'a pas supporté que l'ancien sénateur ne se plie pas aux décisions de Paris d'envoyer Michel Fontaine pour les sénatoriales, Jean-Paul Virapoullé n'a obtenu que 162 voix. Pas assez pour obtenir le quatrième siège, il manquait une soixantaine de voix au sénateur sortant. "Je vais prendre des vacances bien méritées", lâche l'ancien sénateur qui désormais n'a plus que son mandat de conseiller municipal d'opposition à Saint-André. "C'est triste pour la Réunion, Jacqueline Farreyrol va me remplacer et Michel Fontaine va remplacer Anne-Marie Payet", une élection que ne digère pas Jean-Paul Virapoullé. Après 40 ans de vie politique active à la Réunion, une page vient de se tourner.



