Selon cette étude, les Français attendent près d’une heure de plus qu’il y a dix ans aux urgences

Les patients passent de plus en plus de temps aux urgences. Selon une étude nationale publiée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) ce lundi 1er juin, le délai médian de prise en charge s’est allongé de 45 minutes en dix ans. Une dégradation qui illustre les tensions croissantes auxquelles fait face l’hôpital public.
La situation continue de se dégrader dans les services d’urgences français. Selon les résultats de l'enquête « Urgences 2023 » publiée par la Drees ce lundi 1er juin, la moitié des patients pris en charge dans un service d'urgences y ont passé plus de trois heures en 2023. Dix ans plus tôt, ce délai médian était de seulement 2 heures et 15 minutes. En une décennie, le temps d'attente a ainsi augmenté de 45 minutes.
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Cette étude, réalisée auprès de 58.500 patients accueillis dans 719 services d'urgences lors d'une journée de référence en juin 2023, dresse le portrait d'un système hospitalier sous tension. Le nombre de passages a progressé de 13 % en dix ans, passant de 51.800 à 58.500 patients sur une journée comparable.
Les personnes âgées particulièrement touchées
L'allongement des délais concerne l'ensemble des patients, mais certaines catégories sont davantage affectées. Les personnes âgées de 75 ans et plus figurent parmi les plus pénalisées. Plus d'un tiers d'entre elles, soit 36 %, ont passé plus de huit heures aux urgences en 2023, contre 24 % dix ans auparavant. À titre de comparaison, seuls 3 % des enfants connaissent des temps de passage aussi longs.
Les patients nécessitant une hospitalisation sont également confrontés à des délais particulièrement importants. Pour ceux admis dans un autre service après leur passage aux urgences, la durée médiane est passée de 3h55 en 2013 à 5h20 en 2023. Les difficultés à trouver des lits disponibles dans les services d'hospitalisation expliquent en partie cette situation.
L'étude souligne également que la durée de passage augmente avec la taille des établissements. Dans les services accueillant plus de 120 patients par jour, la moitié des usagers restent près de quatre heures, contre moins de deux heures dans les structures les moins fréquentées.
Quelles sont les causes ?
L'engorgement des urgences ne s'explique pas uniquement par l'augmentation du nombre de patients. Les difficultés d'accès aux soins de ville jouent également un rôle majeur. En 2023, 21 % des patients interrogés ont déclaré s'être rendus aux urgences faute d'avoir obtenu un rendez-vous médical ailleurs. Ils n'étaient que 14 % à invoquer cette raison en 2013.
Cette évolution s'inscrit dans un contexte de diminution de la densité de médecins généralistes et de difficultés croissantes pour obtenir une consultation rapide. Dans le même temps, le recours au Samu et aux services d'accès aux soins s'est renforcé. 16 % des patients affirment avoir été orientés vers les urgences par le Samu-SAS, contre seulement 7 % dix ans plus tôt.
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Malgré cette fréquentation accrue, les hospitalisations à la sortie des urgences ont paradoxalement diminué. En 2023, 15 % des patients étaient hospitalisés après leur passage, contre 20 % en 2013. Une baisse qui ne traduit pas nécessairement une amélioration de l'état de santé des patients, mais qui peut également refléter les difficultés rencontrées par les établissements pour trouver des places disponibles dans les services spécialisés.
Pour de nombreux professionnels de santé, l'allongement des délais d'attente constitue le reflet d'une crise plus large du système hospitalier. La hausse de la fréquentation, le vieillissement de la population, la pénurie de personnels soignants et les difficultés d'accès à la médecine de ville contribuent à saturer des services déjà fortement sollicités.


