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Satire ou diffamation ? Le tribunal sanctionne un éditorial du JIR Hebdo

Ecrit par P.B. – le mercredi 11 février 2026 à 08H54
Photo d'illustration

La question de la liberté de la presse s’est invitée ce mardi au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Étrillé dans un éditorial signé Jacques Tillier et publié à l’époque dans le JIR Hebdo, le bâtonnier Laurent Benoiton a décidé de poursuivre en justice le directeur de publication ainsi que la société éditrice pour diffamation.

Ce n’est pas l’avocat de Charlie Hebdo qui dira le contraire : la liberté d’expression et le droit à la caricature constituent des piliers essentiels de la démocratie. Pourtant, leurs limites ont été interrogées à l’occasion d’un nouvel éditorial polémique paru dans le JIR Hebdo du 10 mai dernier.

Dans ce texte, la plume de Jacques Tillier s’attaque en fin de diatribe au bâtonnier de Saint-Denis, Me Laurent Benoiton. Parmi les paragraphes visés par la diffamation : “parce que les fins de mois sont raides, même chez les avocats qui peinent à payer leur loyer, le bâtonnier a trouvé l’astuce qui permettra à ses locataires d’avocats de payer le sien de loyer... en leur refilant, en sa qualité de bâtonnier, des missions diverses telles que les aides juridictionnelles, les semaines de permanences, et autres missions..."

Plus loin, l’éditorialiste s’en prend également à la collaboratrice du bâtonnier : “je peux lui dire enfin, au bâtonnier en exercice, qu’il confond bâtonnat et relation tarifée, ce qui fait désordre au barreau...”

“Tout est faux dans cet article. Il n’y a rien de vrai”

Pour sa défense, le bâtonnier Laurent Benoiton s’est entouré de Me Jérôme Maillot et de Me Richard Malka, avocat spécialisé dans le droit de la presse, connu notamment pour avoir défendu les intérêts du journal satirique Charlie Hebdo. Ce dernier a balayé les exceptions de nullité "fantaisistes" soulevées par la partie adverse, rappelant qu’en matière de presse, le directeur de publication est tenu pour responsable pénal.

“Tout est faux dans cet article. Il n’y a rien de vrai”. À l’attention de l’auteur de l’édito, la robe noire lâche : “ On a l’impression de faire face à quelqu’un d’un peu âgé qui raconte tout ce qui lui passe par la tête”. Pour autant, les propos de l'ancien journaliste "salissent" et "discréditent" une victime décrite par l’éditorialiste comme “un thénardier du barreau” voire “un bâtonnier véreux”.

Pour Me Richard Malka, l’atteinte à l’honneur de la personne précisément nommée, et l’évocation de faits dans la publication caractérisent la diffamation, sans que l’exception de bonne foi puisse être retenue. “Toute cette procédure n’aurait pas existé s'il y avait eu une enquête sérieuse”. “ Ce n’est pas Mickey Mag mais un article avec des accusations graves”, fait valoir l’avocat de la partie civile, qui demande une peine sévère à l’encontre de ceux “qui ont dépassé les limites de la désinvolture”. 20.000 euros de dommages et intérêts sont demandés ainsi que la publication de la décision.

L’édito reste comme une "tache qui vous salit et qui reste", témoigne le bâtonnier Laurent Benoiton à la barre, face à un banc des accusés vide.

La défense invoque la satire, la condamnation prononcée

Pour les représenter, Me Aude Bousquié estime dans cette affaire ne "pas voir comment le tribunal peut faire l’économie sur le genre journalistique et satirique". L’avocate s’appuie notamment sur le style employé et les déductions satiriques utilisées. “De la provocation voire de la déformation de la réalité sans pour autant être diffamatoire”, assure-t-elle.

Selon la défense, les critères de bonne foi permettant d’échapper à la qualification de diffamation sont également respectés. Pour les intérêts du directeur de publication Geoffroy Géraud Legros et de la société éditrice Publishing Invest, l’avocate plaide donc la relaxe.

Une argumentation qui n’a pas convaincu le tribunal. Le directeur de publication, au casier vierge, est condamné à 1.000 euros avec sursis. La société Publishing Invest écope de 5.000 euros d’amende. La partie civile obtient par ailleurs le paiement solidaire de 5.000 euros de dommages et intérêts.

Etiquettes : JIR | Tribunal

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