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Santé : Les cliniques privées et les médecins libéraux en grève à partir du 3 juin

Trop faible revalorisation des financements publics, un manque criant d’attractivité par rapport à l’hôpital public et des problèmes financiers qui s’accumulent, au point de commencer à mettre en danger des établissements. Le constat de la FHP-OI (fédération l’hospitalisation privée Océan Indien) est cinglant et les professionnels du secteur préviennent que cette tendance doit être stoppée maintenant, avant un point de non-retour.

Ecrit par Maxime Bonnet – le vendredi 24 mai 2024 à 09H42

Alerte générale, voilà comment on pourrait résumer l’état de santé des cliniques privées de l’île. Les 19 établissements, répartis en quatre groupes, sont en train de vivre un moment de bascule, qui pourrait rapidement déboucher sur une dégradation de l’offre de soin et une explosion des coûts de santé pour les comptes publics. Pour tenter de faire changer d’avis le gouvernement sur les orientations budgétaires de la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale, un mouvement de grève dans les 19 cliniques de l’île est attendu à partir du 3 juin. Ce mouvement national est déjà prévu de durer à minima trois jours, jusqu’au 5 juin. Toutes les activités seront à l’arrêt et aucune nouvelle admission de patient ne se fera. Seuls les patients des services de dialyse pourront toujours avoir accès au soin pour éviter toute mise en danger. Cette période sera étendu jusqu’au 9 juin pour les urgences et la permanence des soins.

En cause ? L’annonce, avec deux mois de retard, d’une revalorisation des financements versés par l’Assurance maladie de seulement 0,3%. Un chiffre déjà très faible quand on le compare à l’inflation de ces deux dernières années, mais déclenche l’ire du privé quand on le compare au 4,3% que récupère le secteur public. “Après avoir constaté que les tarifs n’étaient toujours pas publiés, nous les avons finalement appris par voie de presse, sans aucune consultation de nos représentants. Si le privé et le public ont des tarifs qui ne suivent pas l’inflation, nous avons un vrai décrochage pour le privé depuis 2023. Cela ne nous laisse aucune marge de manœuvre, car ces financements sont notre source de revenus. Près de 40% de nos patients sont bénéficiaires de la C2S [ex-CMU, ndlr], donc oui, nous accueillons tous les Réunionnais dans nos cliniques, ce qui permet de soulager l’hôpital”, rappelle Aude d’Abbadie-Savalli, la coprésidente de la FHP-OI.

Un manque d’attractivité pour les soignants

D’ailleurs, ces retards dans les annonces des tarifs ont réservé quelques mauvaises surprises à des cliniques. “Nous avons sur l’île un établissement à qui il a été demandé d’étoffer son service de pédopsychiatrie. Une cinquantaine de recrutements ont été réalisés, pour au final qu’on nous annonce trois mois plus tard que les financements étaient annulés. Comment peut-on prévoir sur le long terme des investissements en matériels ou personnels si on change les règles sans prévenir ?”

Si des financements “publics” à des établissements “privés” font souvent grincer des dents, Sylvie Clain-Vitry, déléguée régionale de la FHP-OI souligne que “l’hospitalisation privée, c’est 3500 salariés dans l’île, 1400 médecins, 100.000 patients pris en charge chaque année. Ce qui représente 40% de l’activité hospitalière à La Réunion, pour seulement 20% des dépenses de l’Assurance maladie. On ne dépense pas plus avec le privé, au contraire. Et notre offre de soin est essentielle dans certains secteurs. Ainsi, nous représentons 50% de la psychiatrie et plus de 85% de l’offre de soins médicaux de réadaptation (SMR)”.

Ces difficultés financières sont encore accentuées par une difficulté à garder sur le long terme les soignants non-médecin. Avec déjà un écart de 14% de rémunération entre le privé et le public dans l’Hexagone, ce chiffre atteint les 53% ici, avec la sur-rémunération. Résultat, à la première occasion, les infirmiers rejoignent le libéral ou le CHU. “Cela peut atteindre les 800 euros par mois pour un infirmier en début de carrière. C’est d’autant plus désolant que nous les formons. Cela entraîne un turn-over important dans nos équipes et la qualité des soins est dégradée”, rappelle le docteur Mathias Deleflie, coprésident de la FHP-OI.

Les cabinets libéraux rejoignent le mouvement.

De leurs côtés, les médecins libéraux ne peuvent qu’applaudir cette demande de revalorisation des financements de la Sécu. En effet, cette demande est également l’un des points d’achoppement entre l’État et les organisations syndicales des cabinets. “Pour nous, les tarifs de la CCAM (classification commune des actes médicaux) sont gelés depuis 2004. Nous ne pouvons plus bâtir de business plans viables. Cela devient même problématique pour recruter des collaborateurs”, s’indigne le docteur Mickael Begue, le représentant de la Confédération des syndicats médicaux français Réunion (CSMF-R).

“Nous avons un gouvernement qui dénigre les corps intermédiaires. Nous alertons depuis longtemps. Aujourd’hui, pour maintenir un chiffre d’affaires équivalent, nous devons travailler beaucoup plus. Il n’est pas question d’augmenter nos salaires, mais juste de payer nos charges et nos collaborateurs”, ajoute la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l’Union régionale des médecins libéraux Océan Indien.

Ces fermetures devraient entraîner des surcharges de travail pour les hôpitaux publics l’île. Les services des urgences risquent de voir le nombre de patients exploser durant cette période, évitez donc de venir surcharger les services si vous pouvez consulter votre médecin traitant.

Thèmes : Santé
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