Salut Roland !

Roland Robert faisait partie de ces adversaires politiques que l’on ne pouvait détester. J’étais loin de partager ses idées, il s’en faut de beaucoup, mais j’avais de l’estime, même de l’admiration pour cet homme. Et de la reconnaissance aussi…
A l’époque du Mémorial, en 1978, j’habitais à Ravine-à-Malheur, heureux comme un pou sur les c… du Pape. Sauf que chaque jour, nous devions remplir 15 bouteilles sous le maigre filet d’eau délivré par le robinet. Les appels au gardien canal n’ayant rien donné, je pris le mors aux dents et un soir, enfourchant ma Yamaha 500, je fonçai chez le maire, en bas.
Je pensais vitupérer, l’engueuler, « non mais, ça ne se passera pas comme ça, etc. ». J’en fus pour mes frais. Il me reçut fort aimablement, m’invita à entrer et nous vidâmes quelques godets en devisant des choses de ce monde. Bonhomme était très cultivé, ce qui fit tomber toutes mes préventions contre ce « foutu communiste ».
Au moment où je m’apprêtais à repartir, ayant totalement oublié le but de mon irruption intempestive, il remarqua, l’air de ne pas y toucher : « Au fait, tu voulais me demander quelque chose ? » J’avais pas l’air con, tiens ! Je lui expliquai l’à cause du pourquoi du comment et, le lendemain aux petites aubes, l’eau courante était là.
Voilà, c’est le seul souvenir d’une rencontre personnelle qui me reste de Roland Robert. Il prenait le temps, en gérant les problèmes généraux de sa commune, de discuter avec le simple quidam que j’étais… et avec tous les autres.
L’essentiel de son existence s’est confondu avec les intérêts de sa commune. Jamais avec les siens. Elie Hoarau (autre ennemi idéologique) l’a dit hier soir à la télé : Roland Robert n’a jamais pris le temps de s’acheter une maison ! C’est aussi le cas de mon autre ami/ennemi Claude Hoarau. Et de ce vieux sacripant de Georges-Marie, qui ne s’est jamais enrichi.
Tout le monde ne peut en dire autant.
C’est pourquoi, même si 99 % du personnel politique me donne envie de vomir (je ne désigne personne dans une mairie pas trop loin de la Possession), il en est quelques-uns, comme Roland et ceux que je viens de citer, qui conservent à la chose politique toutes ses lettres de noblesse.
Son organisme a-t-il été déstabilisé par son échec ? Personnellement je ne le crois pas. Il était trop démocrate pour ne pas accepter le choix des électeurs. Qu’il en ait été chagriné, sans doute. Qui ne l’eût pas été ? Mais abattu, certainement pas. Peu de temps après, on le retrouvait aux Comores à défendre les intérêts de la coopération régionale, avec un enthousiasme quasi juvénile et ce gentil sourire qui était sa marque de fabrique.
« Qui veut mentir n’a qu’à parler du beau temps », disait mamie Francia. « Qui veut se gourer n’a qu’à parier sur la santé », pourrait-on ajouter. La santé, c’est trop mystérieux, trop volatile, trop incertain.
« Il y a plus de choses dans le ciel, Horatio, que ton esprit ne pourrait en concevoir ! »
Toute ma sympathie va à la famille de Roland et à ceux qui l’aimaient.
« C’était un joli nom, camarade » (Jean Ferrat).
Alors, salut… camarade.
Jules Bénard


