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Saisie de cathinone, une nouvelle drogue importée à La Réunion

Deux hommes étaient jugés ce mercredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis dans le cadre de la comparution immédiate pour des faits de transport et importation de produits stupéfiants. Ils ont tenté d'importer de la cathinone, qui est l'un des principes actifs du khat. Cette molécule imite plus ou moins les effets de la cocaïne, de la MDMA ou ecstasy et des amphétamines.
Ecrit par Régis Labrousse – le jeudi 10 octobre 2024 à 18H51

Tout part, comme souvent, d'un contrôle des douanes de l'aéroport de Saint-Denis. Un jeune homme est contrôlé et, comme fréquemment ces derniers temps, il transporte des substances illicites. Cette fois, les douaniers restent circonspects, car ils découvrent deux paquets entourés de films pesant 510 et 1006 grammes. Les deux paquets contiennent une matière solide et blanchâtre. Après examen, il s'agit de cathinone, un dérivé du kath : arbuste cultivé en Afrique de l’Est et au sud de la péninsule arabique (au Yémen principalement). Les feuilles ont un goût astringent et une odeur aromatique. La mastication des feuilles colore les dents en brun et la langue en vert. Les feuilles de khat contiennent trois principes actifs dont le plus puissant est la cathinone, dont la structure chimique ressemble beaucoup à celle des amphétamines. L'import sous cette forme pose la question de l'existence d'un laboratoire de fabrication de MDMA à La Réunion. L'import de cathinone est une première à La Réunion. Sa valeur est de 150 à 200 euros le gramme selon les douanes.

Placé sous rétention douanière, le jeune homme explique que le sac ne lui appartient pas, qu'il est à un ami qu'il a hébergé pendant 10 jours chez lui, à Saint-Etienne. Il collabore parfaitement avec les enquêteurs et leur donne tout de suite le nom du propriétaire du sac, qui est ensuite interpellé et placé en garde à vue le 20 août, mais nie les faits. S'il reconnait la propriété du sac, il dit ne pas savoir ce qu'il y avait dedans, mettant la responsabilité du transport illicite sur son ami. Il apparait qu'il vit à Saint-Denis et qu'il est rentré à La Réunion la veille. L'enquête met aussi en avant que c'est lui qui a payé le billet à son ami et, au passage, lui a demandé de prendre le sac, car il avait déjà trop de bagages, indiquant qu'il s'agissait de vêtements pour ses enfants. Pour la petite histoire, il s'est présenté le 18 août au commissariat de Malartic pour demander pourquoi son ami avait été placé en garde à vue.

 

"Je ne savais pas ce qu'il y avait dans ce sac"

 

Les deux hommes finissent en détention provisoire dans le cadre d'une comparution à délai différé pour le 9 octobre. Cette période permettra à la police scientifique de relever des empreintes sur les emballages. Sans suspense, elles appartiennent bien au propriétaire du sac. À la barre ce mercredi 9 octobre, Naouir D. reste sur sa version : "Je ne savais pas ce qu'il y avait dans ce sac", insiste-t-il. Contre toute attente, Check H., propriétaire du sac, reconnait tout de suite les faits et dédouane son co-prévenu. Pour autant, il nie être le propriétaire de la drogue, racontant qu'il a fait ce transport "pour un gars du quartier", qui vit aujourd'hui dans l'Hexagone, afin de se faire de l'argent pour rembourser ses dettes. Sauf que les douanes ont déjà, il y a quelques mois, intercepté un colis rempli de cathinone qui lui était destiné. Les enquêteurs ont pu faire le rapprochement grâce à la ligne téléphonique utilisée qui correspond à celle de son magasin de vêtements.

La question que se pose le tribunal est de savoir si Naouir D. est simplement une victime ou bien s'il est complice de ce trafic. Pour la procureure, il n'y a aucun doute : "Il y a beaucoup de hasard dans ce dossier : d'abord un colis, puis un sac rempli de cathinone, qu'il laisse à son ami alors qu'il rentre la veille. Tout est par hasard, excepté qu'il y a ses empreintes sur les emballages", assène la magistrate qui poursuit : "Ce sont des techniques utilisées par les réseaux de trafiquants. Dès qu'il se fait intercepter par les douanes, il prévient le propriétaire du sac. De plus, il faut une certaine complicité pour lui laisser un sac avec des produits d'une valeur de 300.000 euros. Les stupéfiants sont une grande part de l'activité judiciaire, on ne peut pas fermer les yeux", conclut la procureure qui requiert 3 ans de prison pour Naouir D. et 5 ans pour Check H, avec maintien en détention, ainsi qu'une amende douanière solidaire de 227.400 euros, soit 150 euros le gramme.

 

"Quand le parquet veut faire un effet d'audience, il faut être exact"

 

"Quand le parquet veut faire un effet d'audience, il faut être exact", répond la défense de Naouir D. "C'est sa sœur qu'il appelle en premier, et non Check H.", ajoute-t-il arborant et montrant le document au tribunal. "J'entends les suspicions dans ce dossier, mais dès le départ, il donne le nom du propriétaire de sac et reste constant dans ses déclarations. C'est Check H. qui avait tout prévu et il est allé jusqu'au bout. Il n'y a aucun élément dans ce dossier qui permet d'aller au-delà de la suspicion, aucun élément prouvant l'intention. Vous devez le relaxer", plaide Me julien Barraco. "Aujourd'hui, il reconnait les faits et dédouane son ami", enchaine la défense de Check H. "Il n'a pas de casier, les réquisitions du parquet ne sont pas justifiées. C'est un homme engagé dans son quartier qui a passé 3 ans au RSMA à encadrer les jeunes. Ce sont ses dettes qui l'ont conduit là. Il a accepté ce transport pour les rembourser, il ne savait pas ce qu'il y avait dans ce sac", conclut la robe noire.

Retenant le bénéfice du doute, le tribunal relaxe Naouir D. N'ayant aucun doute sur la culpabilité de Check H., le tribunal prononce à son encontre une peine de 5 ans de prison avec maintien en détention.

Etiquettes : Cathinone | Drogues

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