Saint-Leu : le coup de force de Pierrick Robert au premier tour des municipales aux mains de la justice

La commune de Saint-Leu, sous la plume de son avocat, dénonce dans un article 40 adressé au procureur de la République de Saint-Pierre les pressions exercées sous la forme de coup, de menaces et d’obstruction au bon déroulement du scrutin électoral de Piton Saint-Leu, lors du premier tour des municipales. Un violent ramdam dont les membre de la Commission de contrôle des opérations de votes (CCOV) ont fait les frais et au cœur duquel figure Pierrick Robert en tant que délégué de son frère.
A Saint-Leu, Thierry Robert est coutumier des coups d’éclats. La liste est longue des interventions tonitruantes du candidat sur le terrain et sur les réseaux sociaux avant, pendant et après l’entre-deux-tours des municipales. Mais l’ancien député maire, battu d’une courte tête par son concurrent Karim Juhoor, qui totalise une avance de 342 voix, n’est pas le seul Robert à s’être illustré de mauvaise manière pendant les élections.
Si l’on en croit un rapport de la Commission de contrôle des opérations de votes (CCOV), que nous avons pu consulter et qui a été envoyé au Préfet dans l’entre-deux-tours, Pierrick Robert n’a pas eu un comportement digne de ce que l’on peut attendre d’un délégué lors d’un scrutin électoral.
La présidente du CCOV invectivée par le délégué de Thierry Robert
Ainsi, la présidente de la CCOV, en charge du suivi du dépouillement pour les bureaux 19, 21, 22, 23, 24, 25 et 34 de Piton Saint-Leu, lors du premier tour des municipales, a indiqué dans un compte-rendu que « les bureaux ont été envahis par le public rendant les conditions du dépouillement difficiles ». Il est encore porté à la connaissance du représentant de l’Etat que « le public extérieur était extrêmement bruyant voire agressif ». Il est question-là d’insultes adressées à la présidente du CCOV et proférées « par des gens accrochés aux fenêtres ».
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Mais le climat délétère dans lequel s’est déroulé le dépouillement est monté d’un cran au moment de l’évacuation de la première urne, celle du bureau 23. Le délégué de Thierry Robert, qui n’était autre que son frère et donc l’un des siens, s’est pris le bec avec la présidente. Une altercation a éclaté entre elle et Pierrick Robert quand « il a cherché à entraver son départ ».
"Bagarre générale, coup et bombe lacrymogène"
La situation était à ce point tendue qu’une « bagarre générale » a éclaté, nécessitant l’intervention de la police municipale mais aussi des forces de gendarmerie. Il a été « fait usage d’une bombe lacrymogène pour disperser la foule », précise le rapport. Dans la bataille, un des membres de la CCOV a reçu un coup qui serait à mettre au crédit du frère du grand perdant de l’élection. Cette situation est d’autant plus incroyable que Pierrick Robert, comme tout le monde le sait, n’est autre que le président de la CCIR.
Etabli peu avant 22 heures, le soir-même du premier tour, le rapport a été transmis à la préfecture mais aussi au procureur de la République de Saint-Pierre afin que des poursuites soient engagées. Le futur ex-maire de Saint-Leu, Bruno Domen, est d’autant moins surpris de ce coup de force qu’un autre événement s’était produit avant le premier tour qui porte à croire que tout était prévu à l’avance.
Chronique d’une échauffourée annoncée
Ainsi, dans un post plaqué sur son mur Facebook en date du 7 mars dernier, Thierry Robert annonçait la couleur. « Le soir, lorsque vous allez rentrer avec les urnes, il y aura un militant à nous, quelqu’un qui tient les bureaux, qui devra être dans la voiture qui ramène les bulletins au centre-ville, mi connaît pas comment ou gère ça, mais on ne laissera pas aucun véhicule quitter les lieux du bureau de vote, sans qu’il y ait quelqu’un, de notre équipe, dans le véhicule (..) Parce que dans le véhicule zot i change l’urne » (Sic) », menaçait le candidat.
Thierry Robert réitérait ses exigences toutes personnelles en les formalisant dans un courrier adressé deux jours plus tard à Bruno Domen. Il y demandait dans des termes plus choisis « de bien vouloir permettre qu’un délégué de notre liste, titulaire ou suppléant, dûment mandaté, puisse prendre place dans le véhicule transportant l’urne et les documents électoraux lors de leur acheminement vers le bureau centralisateur (..) »
Jusqu’à deux ans de prison et 15.000 euros d’amende
Ce même 9 mars, l’incident était porté à la connaissance du Préfet de La Réunion. « Outre le fait qu’aucune disposition légale ou règlementaire n’impose une telle pratique, cette nouvelle menace de M. Thierry Robert soulève mes plus vives inquiétudes, compte-tenu des antécédents connus. Le risque de troubles en vue de retarder ou d’empêcher le départ des procès-verbaux vers le bureau centralisateur me semble élevé », prévenait Bruno Domen.
L’avocat de la commune de Saint-Leu, sollicité par Bruno Domen, estime que deux articles du Code électoral ont été foulés au pied ce soir-là. L’article 98 qui prévoit deux ans de prison et 15.000 euros d’amende lorsque « les opérations d’un collège électoral, par attroupements, clameurs ou démonstrations menaçantes, ont porté atteinte à l’exercice du droit électoral ». Mais aussi l’article 102 qui stipule que « les membres d’un collège électoral qui se seront rendus coupables d’outrages ou de violences, soit envers le bureau ou l’un de ses membres, ou qui par voie de faits ou menaces auront retardé ou empêché les opérations électorales, risquent jusqu’à un an de prison et 15.000 euros d’amende ». Quelle suite sera donnée à cet article 40 ? La réponse revient au procureur de la République de Saint-Pierre.
« Je n’étais pas là pour me battre »
En attendant, interrogé par Zinfos974, Pierrick Robert ne comprend pas pourquoi il est mis en cause par les trois membres de la Commission de contrôle des opérations de votes, présents à Piton Saint-Leu. « Il n’y a eu aucune altercation physique que j’ai pu faire envers ces personnes-là. Je n’ai porté aucun coup à qui que ce soit. Ce n’est pas mon genre et je n’étais pas là pour me battre », répète-t-il. Le délégué de Thierry Robert ajoute être « allé voir la présidente de façon isolée pour lui dire simplement qu’elle ne pouvait pas partir comme ça, toute seule avec l’urne sans escorte ». Et de préciser : « Moi, je respecte le code électoral. Il faut la présence d’au moins deux membres du bureau, des assesseurs de différents bords politique, pour déplacer l’urne. »
« Des gros bras sont arrivés… »
Toujours selon lui, « des gros bras sont arrivés à ce moment-là ». Il se place alors lui-même en victime de la situation qui dégénère : « Je remercie vraiment les deux policiers municipaux et les gendarmes qui m’ont permis de repartir vers les bureaux de vote pour le dépouillement. »
Confus dans ses explications, Pierrick Robert avoue en même temps avoir ignoré que les membres de la commission, rencontrés par lui le matin, étaient présents le soir. Il tire aussi argument du fait que son frère soit arrivé en tête pour réfuter tout comportement violent de sa part. « Pourquoi il y aurait eu des perturbations alors que le candidat que je représentais était dans une position favorable au premier tour et que tout s’est bien passé le 22 mars ? », se défend encore le délégué de son frère, pas très à l’aise avec le sujet et ses possibles implications.
Pierrick Robert préfère penser que les difficultés du 15 mars sont à attribuer au candidat qui n’était plus présent au deuxième tour et aux personnes qui étaient avec lui. A ce propos, il explique « être en possession de l’enregistrement d’une conversation » mettant en cause une famille de nervis proche du maire sortant dont il cite le nom. A suivre.


