Saint-Benoît : une « brigade du logement » pour faire pression sur les bailleurs sociaux

Face à la multiplication des signalements de logements dégradés, la mairie met en place un nouveau dispositif destiné à accompagner les locataires et à contraindre les bailleurs à réaliser les travaux. Un guichet unique, des agents renforcés, des sanctions financières et un suivi régulier doivent permettre d'accélérer la prise en charge des situations les plus critiques.
L'humidité est omniprésente. Quelques minutes passées dans cet appartement de la résidence Ibiza, gérée par la SIDR dans le centre-ville de Saint-Benoît, suffisent à s'en persuader. Malgré une résidence qui paraît récente et correctement entretenue de l'extérieur, les murs à l'intérieur ne mentent pas, ici comme ailleurs les infiltrations sont reines et l'air difficilement respirable.
La locataire, asthmatique, explique devoir recourir régulièrement à des traitements, tout comme ses enfants, pour supporter les conditions de vie dans le logement. Elle demande depuis plusieurs mois à être relogée.
Le bailleur lui a proposé de réintégrer son ancien logement, situé dans le quartier Labourdonnais. Une solution qu'elle refuse catégoriquement. Lors du cyclone Garance, le toit de sa résidence avait été emporté. Seule avec ses enfants, elle avait dû quitter précipitamment son logement en pleine alerte violette pour rejoindre le centre d'hébergement le plus proche. Un épisode qui a profondément traumatisé la famille. ses enfants ne souhaitent plus retourner dans leur ancienne maison.
En attendant une autre proposition de relogement, elle réclame des travaux urgents dans son logement actuel. Sans succès jusqu'à présent.
Tous les bailleurs réunis à la mairie
Un cas loin d'être isolé selon Patrice Selly. Il estime à des centaines le nombre de familles confrontées à des difficultés similaires dans les quelque 4.000 logements sociaux que compte la commune. Une situation liée à la vétusté d'une partie du parc, aggravée par les cyclones Belal et Garance.
C'est dans ce contexte que la commune a réuni, mercredi après-midi, l'ensemble des bailleurs sociaux à la mairie afin de leur présenter un nouveau dispositif.
« Ces problèmes concernent l'ensemble des bailleurs sociaux présents à Saint-Benoît. Je les ai rencontrés, je les ai réunis cet après-midi pour leur faire part de ce constat et leur dire que face à cette situation, qui est inacceptable, j'allais prendre des mesures », explique Patrice Selly.

Un guichet unique pour accompagner les locataires
La principale nouveauté est la création d'un guichet unique au sein du service Habitat de la mairie.
Les locataires pourront y déclarer les désordres constatés dans leur logement. La ville réalisera ensuite un diagnostic avant d'intervenir directement auprès du bailleur afin d'obtenir la réalisation des travaux dans un temps imparti.
Pour renforcer cette nouvelle organisation, un à deux agents supplémentaires, formés et assermentés, viendront rejoindre le service Habitat.
Une mesure pas sans rappeler une mesure du même type mise en place par la mairie de Saint-Denis.
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Des amendes jusqu'à 750 euros
En cas d'absence de réaction des bailleurs dans les délais, la commune entend appliquer les pouvoirs de police du maire.
« Il appartient aujourd'hui au maire, dans le cadre de ses responsabilités et de son pouvoir de police, de prendre des sanctions par le biais d'amendes forfaitaires en cas de non-respect du règlement sanitaire départemental », menace Patrice Selly.
Ces sanctions pourront atteindre 750 euros par infraction constatée et de non-respect du règlement sanitaire départemental.
La commune accompagnera également les locataires dans leurs démarches auprès de la CAF afin de demander, lorsque les conditions sont réunies, la suspension des allocations logement versées au bailleur.
Un accompagnement juridique sera aussi proposé aux familles souhaitant saisir le tribunal pour contraindre les bailleurs à réaliser les travaux.

"Aller plus loin, plus vite"
Au-delà des sanctions, la municipalité souhaite instaurer un dialogue permanent avec les bailleurs.
« L'objectif de toute cette stratégie, c'est véritablement de trouver des solutions pour les locataires qui vivent dans ces situations. Les constats que j'ai réalisés montrent parfois des situations dramatiques d'un point de vue humain. On a des familles entières, avec des enfants, qui vivent avec une forte présence d'humidité, des problèmes d'étanchéité ou de moisissures qui ont parfois des conséquences sur leur santé. Cette situation est désormais inacceptable. Il faut aller plus loin, plus vite », insiste le maire.
Les bailleurs ont validé le principe d'un comité de suivi.
« Nous mettrons en place dans les prochaines semaines un comité de suivi entre la Ville et les bailleurs sociaux. Tous les deux mois, nous réunirons l'ensemble des acteurs pour vérifier si les travaux ont bien été réalisés », précise Patrice Selly.
Vers une « brigade du logement » de l'Est ?
À terme, Patrice Selly souhaite créer une véritable « brigade du logement » à l'échelle de la Cirest afin de mutualiser les agents et les compétences entre les communes de l'Est.
Les habitants souhaitant signaler un logement dégradé pourront désormais s'adresser au service Habitat de la mairie, chargé de centraliser les dossiers et de suivre leur traitement auprès des bailleurs sociaux.
Une cinquantaine de familles se seraient déjà rapprochées de la mairie.


