Saint-André : les adjoints « déchus » règlent leurs comptes

Le retrait de leurs délégations à deux adjoints a tourné au règlement de compte hier soir au conseil municipal. Les deux élus ont critiqué l’attitude et la gestion du maire dont la décision n’a pas fait le plein des voix dans le camp de la majorité.
C’est justement ce que des élus de la majorité voulaient éviter selon nos informations. En mettant à l’ordre du jour du conseil l’éviction de deux élus de leurs fonctions d’adjoint (Jean-Thierry Assicanon et Primilla Cévamy), Joé Bédier prenait aussi le risque d’ouvrir une (petite) boîte de Pandore en exposant au grand jour des divergences pouvant exister au sein de sa majorité.

Le tout à quelques mois seulement de la fin de la mandature. Si plusieurs autres majorités dans l’Est et ailleurs dans l’île ont été troublées par des divergences en interne qui ont entraîné des remaniements, ces derniers ne se sont pas faits à l’orée de la campagne des municipales.
"Une rupture de confiance"
Pas une question de date pour Joé Bédier : « Quand on n’est plus en phase, qu’on critique, qu’on ne travaille plus, il y a une logique, on s’en va ». S’il n’a pas répondu hier soir aux déclarations de ces désormais ex-adjoints pour ne pas envenimer davantage la situation, c’est lors d’une conférence de presse, plus tôt dans la journée, qu’il a précisé sa position.
Un choix assumé : « Ma décision n’est pas liée à un désaccord politique ou à une divergence de vue sur le projet, mais à un impératif de cohérence et de responsabilité », explique d’abord le premier magistrat. Il évoque une « rupture manifeste de confiance » avec ces deux adjoints, des « absences répétées aux réunions de travail », mais aussi un « désengagement des affaires communales ».
Joé Bédier l’assure, ce n’est pas parce que Primilla Cévamy réside désormais à Saint-Leu - pour « raison familiale » - qu’il a décidé de lui retirer ses délégations. Concernant son 11ᵉ adjoint, délégué au handicap : « On a tout fait pour l’aider, on a fait le pôle handicap alors qu’il ne s’agit pas de l’une de mes compétences, on lui a tout donné ».
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"Un soutien dans une situation de harcèlement"
Le maire ajoute un argument : le témoignage de son adjointe en faveur d’Ingrid Teyssedre, ex-DGA et syndicaliste au sein de la mairie, lors du recours que cette dernière avait enclenché contre la décision du maire de lui retirer sa fonction. « Elle a témoigné contre moi lourdement », clame Joé Bédier. Il rappelle que la procédure s’est terminée par une décision judiciaire en sa faveur.
L’ex-adjointe donne une autre lecture de l’affaire : « Cette décision fait suite à mon soutien exprimé envers Mme Teyssedre dans le cadre d'une situation de harcèlement moral présumé. Il est regrettable qu'un engagement en faveur de la justice et du respect des personnes conduise aujourd'hui à une sanction politique », écrit-elle aux médias. Elle joint à son envoi des copies d’échanges de messages avec le cabinet du maire pour prouver ses propos.

"Je pars la tête haute"
Au conseil, dans un discours minutieusement préparé, Primilla Cévamy a critiqué l’attitude de son ancien mentor. Elle dénonce une « décision prise sans dialogue, sans concertation, sans audition. Une décision brutale qui vient sanctionner non pas une faute, mais un choix de conscience ». Elle défend son action : « Depuis 2020, j’ai exercé mes responsabilités avec sincérité et dévouement (...) J’ai mis en place des actions fortes, au plus près des habitants, avec un engagement tout particulier pour la défense des droits des femmes ».
Son éviction révèle, selon elle, un « profond malaise dans le fonctionnement de la majorité municipale. Le maire n’a jamais été un homme de dialogue. Les réunions du groupe majoritaire ressemblaient souvent à des monologues (...) Il se vante d’être honnête, mais l’honnêteté ne se proclame pas ». Elle déclare partir « la tête haute, je n’ai ni trahi ma parole, ni renié mes engagements ». Interrogée, elle indique qu'elle ne sera pas candidate aux municipales mais qu'elle s'engagera dans la campagne. Au côté de qui ? A suivre.
Jean-Thierry Assicanon a également vertement répliqué aux propos du maire à son encontre, niant tout désengagement de sa part. Et d’asséner à Joé Bédier : “Ou di mi rale, mi travaille pas, donc il faut que je dégage mais ou lé élu à La Cirest, ou siège pas, ou viens pas, Selly doit vire a ou aussi alors !”
Restait à connaître le vote des élus. Un vote effectué à main levée concernant le non-maintien des élus dans leurs fonctions, puis dans le secret de l'isoloir pour la nomination de leurs remplaçants : Sabrina Benoit et Michel Mazeau, désormais 16ᵉ et 17ᵉ adjoints. Un vote effectué en l'absence des deux ex-adjoints.

Une élue vote contre... puis change d'avis
Lors du vote à main levée, surprise. Deux bras se lèvent dans le camp de la majorité en même temps que ceux de l’opposition, avant que l’une des deux élues concernées, Marie Larivière, ne décide, « après réflexion », de faire marche arrière. Élodie Praud, elle, a maintenu sa décision. Elle évoque un « vote du cœur » envers une amie, mais aussi la défense d’une « militante ».
Un vote qui sera ensuite, semble-t-il, conforté par deux autres : la nomination à bulletin secret des nouveaux adjoints ayant récolté 25 voix pour, 10 votes blancs (les voix de l’opposition) et trois nuls.
Jean-Marie Virapoullé n’a pas manqué de s’engouffrer dans la brèche, voyant un « signe de fragilisation » de la majorité municipale. Elle n’en sort en tout cas pas forcément renforcée, si c’était le but recherché.
Nous reviendrons prochainement sur les autres dossiers votés ce mercredi notamment l’arrêt du projet de nouveau PLU (Plan Local d’Urbanisme) de la ville.



