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Rivière du Mât : la première visite d’un préfet dans les canaux bichiques

Ecrit par P.M. – le jeudi 4 décembre 2025 à 20H42
Le préfet, Patrice Latron, a d'abord découvert l'activité avant de discuter avec les pêcheurs.

De mémoire de pêcheurs, c’est la première fois qu’un préfet de La Réunion vient à leur rencontre dans les canaux. En l'occurrence ceux de la Rivière du Mât, en réponse à une invitation du Comité régional des pêches pour présenter l’activité et ses attentes notamment autour d'une évolution de l’arrêté réglementant la pêche.

Il n’a pas manié la vouve mais c’est un préfet à l’écoute et demandeur d’un maximum d’informations sur l’activité qui a débarqué à l’embouchure de la Rivière du Mât, à la rencontre des pêcheurs de bichiques.


Une réponse à une invitation lancée par le Comité régional des pêches de La Réunion pour faire découvrir l’activité traditionnelle, représentée depuis 2022 au sein de l’organisation professionnelle, mais aussi les enjeux autour de la pêcherie des bichiques, en cours de professionnalisation depuis 2021 et le nouvel arrêté qui réglemente l’activité.

Une ressource (encore) fragile et une fermeture annuelle

Grande nouveauté : l’instauration d’une période de fermeture de la pêche de six mois chaque année afin de permettre la reproduction de la ressource, toujours fragile. Une réglementation désormais admise et même défendue par les pêcheurs, qui l’associent à un retour de montées plus conséquentes ces dernières années.
En 2021, la promesse avait été faite de faire un point d’étape au bout de trois ans et d’associer de nouveau les pêcheurs à la concertation, via des tables rondes.
Une première a eu lieu hier, à l’issue de la présentation d’un canal, en présence du maire de Saint-André, Joé Bédier, assis non loin du conseiller départemental Jean-Marie Virapoullé, des responsables de la DEAL, de la DMSOI et des présidents d’une dizaine d'associations de pêcheurs professionnels pour autant de rivières. Des associations désormais déclarées et dans les clous de la réglementation. Contre une dizaine de pêcheurs professionnels à pied recensés en 2021, ils sont près d’une centaine aujourd’hui.

Lire aussi : Bichiques : les pêcheurs retrouvent le sourire

Aligner la pêche sur le calendrier lunaire

Des pêcheurs qui estiment avoir fait des « efforts » pour se mettre justement en conformité et ont fait part de leurs attentes au représentant de l’Etat.
La principale : « Ils demandent à pouvoir aligner la saison de pêche par rapport au calendrier lunaire, il y a six mois d’ouverture de la pêche mais ce ne sont pas six mois pleins, en réalité elle ne se fait que sur les dix jours de bonnes lunes, ce qui fait 60 jours de pêche sur l’année, ce qui est très peu », résume Ludovic Courtois, le secrétaire général du Comité régional des pêches de La Réunion.
L’enjeu se concentre particulièrement sur la lune de février « quand elle se termine en mars », et celle de mars. Mais l’enjeu est aussi écologique, cette dernière lune étant également la plus favorable pour le bichique endémique, le plus menacé.

Une table ronde a suivi la visite en présence de Joé Bédier mais aussi de Jean-Marie Virapoullé.

Vers un nouvel arrêté préfectoral ?

En réponse, le préfet a confirmé qu’une discussion va être engagée. Mais en cas d’évolutions, elles ne rentreraient en vigueur qu’en septembre, date de la reprise de la pêche.
« J’aime bien comprendre ce que je signe dans les arrêtés préfectoraux, une concertation va être lancée, je suis ouvert à faire évoluer cet arrêté, ti pas, ti pas, en lien avec la profession, il faut protéger cette activité mais aussi la ressource. On va prendre le temps, pourquoi pas un arrêté en 2026, mais d’abord je veux comprendre », a déclaré Patrice Latron.

Braconnage, pollution : d’autres inquiétudes

Les pêcheurs ont également souligné le besoin de lutter toujours davantage contre le braconnage dans les rivières, pour protéger le cabot bouche-ronde, l’adulte du bichique, mais aussi contre la pollution et les prélèvements d’eau. « On ne peut pas dire systématiquement que c’est la pêche le responsable », clame le secrétaire général.
Président de la Fédération des pêcheurs traditionnels de bichiques de la rivière du Mât, Jacquelin Fleuricourt plaide également pour un allégement des procédures administratives. Un soutien financier est une autre demande pour entretenir les canaux après les cyclones ou quand l’alevin ne monte pas pendant des mois.

Le pêcheur l'affirme : "On ne vit pas avec ça, jamais", il ne souhaite d'ailleurs pas que son fils suive ses traces dans les canaux. Il l'affirme, jamais lui n'a vendu de bichiques à plus de 100 euros, mais autour de 70 euros, la différence ce sont les revendeurs, affirme-t-il.

L’avenir des éco-gardes en question

Pour lutter contre le braconnage, les pêcheurs et la Fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques s'inquiètent notamment d’un risque de disparition de brigades d’éco-gardes qui ont vu le jour dans la Rivière du Mât et dans la Rivière Saint-Etienne pour sensibiliser les usagers. Le financement dédié du Département doit cesser l’an prochain. La filière demande leur prolongation et l’assermentation des agents pour qu’ils puissent aussi verbaliser ceux qui ne respectent pas les règles.
Pour l’heure, la Fédération de pêche, ce sont (seulement) cinq gardes-pêches et trois permanents pour surveiller 1 500 km de cours d’eau.

Une concertation appelée à se poursuivre


« Il y a des moyens, il n’y en a jamais assez, mais ce que je dis souvent c’est, utilisons les moyens disponibles en coordonnant et en centrant leurs actions là où il le faut, il faut faire des exemples et faire comprendre qu'il n'y a pas d'immunité autour du braconnage », répond le préfet de La Réunion.
Des contrôles ont justement été réalisés récemment dans les embouchures.

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Une première rencontre entre autorités et pêcheurs de bichiques qui doit se poursuivre ces prochains mois pour adapter au mieux la réglementation. 

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