Bichiques : les pêcheurs retrouvent le sourire

Depuis septembre et la reprise de la pêche, les montées sont davantage au rendez-vous, notent de nombreux pêcheurs, de plus en plus optimistes sur la possibilité d’avoir des bichiques pour Noël. Un fait devenu rare. Le résultat selon eux de la nouvelle réglementation qu’ils souhaitent conserver tout en la faisant évoluer.
Représentant des pêcheurs de bichiques au comité des pêches et pêcheur bien connu de la rivière du Mât à Saint-André, Marceau Maillot a le sourire.
Il en est persuadé désormais : « Les bichiques sont de retour ». Le pêcheur confirme ne pas avoir connu depuis une dizaine d’années de montées aussi prometteuses. En tout cas, depuis la réouverture de la pêche le 1er septembre, les alevins sont au rendez-vous quasiment à chaque nouvelle lune, dans des proportions diverses.
Des montées importantes ce week-end
Ce week-end, le bichique était bien présent avec une montée importante signalée à Saint-Louis, dans la rivière Saint-Etienne. Certaines sources évoquent jusqu’à deux tonnes. Des pêches ont aussi été signalées en mer, du côté de Saint-Denis et de Sainte-Marie, à hauteur d’environ 400 kilos selon nos informations. Il y a quelques mois, c'est la rivière des Marsouins qui avait connu une belle montée.
Sur son secteur, Marceau Maillot chiffre à une centaine de kilos la prise du précieux alevin par son association, composée d’une douzaine de pêcheurs. Pourtant, il n’a pas connu de débit d’eau « aussi faible depuis 40 ans ».
Un bichique qui ne connaît pas la crise : du nord au sud, d’est en ouest, les bichiques ont trouvé preneur en un clin d’œil via les étals montés rapidement le long des routes ou au plus près des rivières.

Jusqu’à 110 euros le kilo
Le prix a pourtant de quoi freiner les ardeurs : déjà vendu 100 euros le kilo, l’alevin a été signalé jusqu’à plus de 110 euros le kilo. Et pourtant, tous ont trouvé preneur, « comme des petits pains ».
« C’est la tradition, un patrimoine que nous voulons garder pour les générations futures », commente le pêcheur saint-andréen, président de l’association AP2ERD.
Le prix est-il justifié à ses yeux ? « C’est le résultat de l’offre et de la demande, la conséquence de la pénurie de ces dernières années ». Mais il le promet, le prix repartira à la baisse si la tendance est durablement au vert, « autour de 70, 80 euros ».
Le pêcheur a déjà des réservations pour Noël. Il en est persuadé : la bichique sera de retour pour les fêtes de fin d’année. Un fait devenu rare ces dernières années.
Le rôle de la nouvelle réglementation
Il veut y voir le résultat de la nouvelle réglementation promulguée depuis 2021, avec comme mesure forte l’allongement de la durée d’interdiction de pêcher de 15 jours à six mois. La pêche est désormais interdite de mars à août et autorisée de septembre à février.
« Aujourd’hui, on est très accompagné par l’État et la réglementation, ça donne des résultats, un coup de pouce, la réglementation porte ses fruits. Pour que ça dure, il faut continuer et mettre la main ensemble », juge le pêcheur.

Des pêcheurs plus structurés
Directeur de la Fédération Départementale de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique de l'île de La Réunion, Armand Métro se veut également optimiste mais plus prudent : « En grande rivière ça fait effectivement longtemps que ce n’était pas monté comme ça, mais il est trop tôt pour dire que l’on a des effets de la nouvelle réglementation et qu’il y a un effet sur l’évolution des stocks ».
La principale avancée de la nouvelle réglementation est ailleurs à ses yeux : « Ce qui est déjà encourageant, c’est que les pêcheurs sont aujourd’hui mieux structurés et respectent davantage la réglementation. Dans quasiment toutes les rivières désormais, si ce n’est toutes les rivières pérennes, des demandes d'autorisations ont été faites, les groupements de pêcheurs ont leurs AOT ». Une mise en réglementation poussée par l’État qui se double de contrôles « à tous les niveaux, des pêcheries jusqu’aux bazardiers ».
“La vigilance reste de vigueur”
« La tendance est à la diminution sur les 25 dernières années, avec moins de jeunes individus qui rentrent dans les cohortes d’adultes. Mais un temps d’incorporation des bichiques qui rentrent dans les rivières est nécessaire : il y a un temps de latence pour voir s’il y a un effet sur ces populations. Nous n’avons pas encore ces signaux-là, mais ce qui est encourageant, c’est que les pêcheurs échangent et dialoguent de plus en plus. Le combat est encore loin d'être terminé mais on est en marche, la vigilance reste de rigueur », déclarait à Zinfos 974 en juillet dernier le directeur du bureau d’études OCEA Consult et grand spécialiste des bichiques, Pierre Valade.
Une prudence partagée par d'autres pêcheurs, chez qui les montées restent toujours timides, malgré la réglementation.
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Une activité plus encadrée
Pour rappel, seuls des pêcheurs professionnels détenteurs d’une carte ont le droit de vendre le produit de leurs pêches. C’est le cas notamment de Marceau Maillot. Ce dernier vient d’ailleurs de recevoir son avis pour le paiement de sa cotisation professionnelle obligatoire annuelle, de 210 euros.
Dans les embouchures, les pêcheurs doivent également laisser un canal libre pour permettre à une partie des alevins de remonter la rivière. « C’est respecté, même si les braconniers attendent derrière, il y a des contrôles », commente à ce sujet le pêcheur saint-andréen.
Vers un calendrier aligné sur la lune ?
Mais si ce dernier appelle à la poursuite de la réglementation, un nouvel arrêté devant être promulgué, il renouvelle sa demande d’un calendrier davantage fixé sur la lune. Il souhaite notamment modifier le calendrier pour allonger la période de pêche à mars.
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Pour que le bichique soit durablement de retour dans nos rivières et dans nos assiettes.


