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Risque requin : Les DCP dans le collimateur

Les commerçants de la zone balnéaire, parfois les professionnels de la mer eux-mêmes, reconnaissent que les dispositifs de concentration de poissons, plus connus sous leurs initiales DCP, sont à l'origine de la recrudescence supposée de requins aux abords du littoral réunionnais. Retour sur un dispositif qui se prend à son propre filet.

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 28 juillet 2011 à 15H42

 

Un petit tour de table à l’issue de la réunion "risque requin" en mairie de Saint-Paul aura suffit pour cristalliser les doutes de plus en plus ciblés des professionnels de la mer sur le rôle joué par les DCP dans les attaques de requins qu’a connu l’île ces derniers mois.

Le système, qui a pour but de concentrer les poissons dans le voisinage d’un site précis en recréant une chaîne alimentaire, est constitué à la surface d’un flotteur auquel est relié une ligne de quelques dizaines à quelques centaines de mètres (voir plus bas). Un matériel immergé entre 3 et 12 milles des côtes et rapidement colonisé par les algues qui, elles-mêmes, crées les conditions d’une véritable chaîne alimentaire, allant du plus petit poisson au plus gros. Un moyen certain pour les pêcheurs de ne pas revenir bredouille.

Dans un travail de recherche effectué par Jean-Philippe Detolle en 1996, soit 10 ans après l’installation du premier DCP réunionnais, le chercheur en arrive aux conclusions suivantes. Les DCP "ont effectivement eu une grande importance dans le développement de la pêche artisanale réunionnaise : le nombre de pêcheurs et les quantités débarquées n’ont cessé d’augmenter depuis leur introduction". Face aux conséquences positives (augmentation du chiffre d’affaire des pêcheurs, diminution des temps de prospection et de la consommation de carburant, développement et modernisation de la flottille), des impacts négatifs sont également affichés.

Professionnalisation des pêcheurs

La baisse du prix du poisson caractérise le principal corollaire de la mise en place des dispositifs de concentration de poissons, un bon point pour le consommateur, beaucoup moins pour le pêcheur. S’en suivent des conséquences fâcheuses sur le plan économique, dont l’influence négative sur le tourisme de la pêche au gros (concurrencée par la technique avantageuse de la pêche à la dérive des DCP), mais aussi "des risques inconsidérés des pêcheurs en barque pour atteindre les DCP les plus éloignés".

Les bénéfices économiques des DCP, outre la chute du prix de vente du thon par exemple, tiennent dans la consommation de carburants. "Les techniques de pêche sous DCP (dérive et palangres) sont en principe moins consommatrices de carburant (environ trois fois moins) que la traîne traditionnelle, le régime moteur étant plus faible. Les DCP ont par contre entraîné des charges supplémentaires liées à l’investissement dans des bateaux plus gros. Au départ, il s’agissait de vedettes de tourisme, mais depuis quelques années apparaissent des bateaux de taille intermédiaire, de fabrication locale, ayant un coût de fonctionnement plus faible et étant mieux adaptés à la pêche sur DCP que les vedettes".

Même si le dispositif semble avoir fait ses preuves sur le plan économique en professionnalisant une filière jusque-là d’emprise côtière trop destructrice, les DCP ont peut-être trouvé dans la multiplication des attaques de requins de ces derniers mois les prémices de leur mauvaise influence sur le comportement des squales. En tout état de cause, aucune décision radicale ne sera prise avant l’avancée des travaux des trois ateliers décidés collégialement en mairie de Saint-Paul lundi 25 juillet.

Vers les récifs artificiels ?

Côté professionnels et pratiquants nautiques, le jugement est déjà plié. "Pour moi la multiplication des attaques est le fait de la mise en place des DCP au large", affirme Patrick, un commerçant d’un snack bar de Boucan, 26 ans d’expérience dans le coin et qui n’en revient toujours pas de l’attaque de requin mortelle sur un surfeur en face du Saint-Alexis il y a un mois. Aux Roches, un professionnel de la plongée dit à mots couverts que les DCP ont créé des îlots à manger mais ont aussi créé un désert autour d’eux.

La solution alternative des DCP pourrait venir du fait de privilégier le déploiement de récifs artificiels. Les premiers DCP ont été disposés en 1988 à la Réunion et sont aujourd’hui au nombre de 34 tout autour de l’île.

 

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