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Retraites : le coup de rabot annoncé par le gouvernement inquiète à La Réunion

Ecrit par N.P. – le mercredi 16 juillet 2025 à 09H58

En remplaçant l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités par une déduction fixe de 2.000 euros, le gouvernement promet une mesure de justice. Mais à La Réunion, où les pensions sont bien plus faibles qu’en métropole, les effets risquent d’être inégalement ressentis.

Invité du journal de 20 heures mardi soir, le ministre de l’Économie Éric Lombard a détaillé l’une des mesures les plus scrutées du budget 2026 : la réforme de la fiscalité des retraités. L’abattement de 10 % sur les pensions sera remplacé par une déduction forfaitaire de 2 000 euros pour tous. Une mesure censée alléger l’impôt des plus modestes, tout en augmentant légèrement celui des retraités les plus aisés. « Pour tous les retraités qui sont au début de l’échelle des impôts, leur fiscalité va baisser », a assuré le ministre. « En compensation, la fiscalité des retraités qui gagnent plus de 20 000 euros par an sera légèrement augmentée. C’est une mesure de justice sociale. »

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À La Réunion, cette annonce résonne de manière particulière. Car si les seniors réunionnais peuvent apparaître relativement favorisés sur le plan patrimonial – notamment grâce à l’immobilier –, leurs pensions restent parmi les plus basses de France, juste devant celles de Mayotte. En 2023, la pension moyenne versée par le régime général à La Réunion s’élevait à 725 euros bruts par mois, contre environ 1.650 euros dans l’Hexagone. Ce chiffre masque d’importantes inégalités de genre : les femmes retraitées touchent en moyenne 693 euros, contre 762 euros pour les hommes.

Cette faiblesse des pensions s’explique par un empilement de retards historiques. Département français depuis 1946, La Réunion n’a aligné son SMIC sur celui de la métropole qu’en 1996. De nombreux travailleurs, souvent peu ou pas qualifiés, ont commencé à cotiser tardivement. Leurs carrières sont restées morcelées, incomplètes, et souvent informelles, notamment dans le cas des femmes. Résultat : plus d’un retraité sur cinq (20,9 %) affilié au régime général perçoit aujourd’hui le minimum vieillesse.

Autre conséquence directe : les Réunionnais prennent leur retraite plus tard que la moyenne nationale. L’âge moyen au départ des pensions dans le régime général atteint 64,8 ans à La Réunion. Et pour faire face à des revenus trop faibles, beaucoup continuent à travailler après la retraite. En 2019, 17,4 % des retraités réunionnais exerçaient une activité rémunérée, contre 13,9 % au niveau national.

Certes, la situation s’améliore lentement. Les nouvelles générations de retraités, mieux rémunérées durant leur vie active, bénéficient de pensions un peu plus confortables. Mais la fragilité demeure, et pour certains foyers, un changement fiscal mal calibré pourrait se traduire par un alourdissement de la fiscalité, dans un territoire où le coût de la vie reste très élevé.

Etiquettes : François Bayrou | Retraite

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