"Réagissons" peut faire mieux !

Armand Gunet, Président de "Réagissons" dans un dernier article a écrit quelques vérités sur son blog.
Mais il est un point à mon avis essentiel sur lequel nos avis divergent totalement, celui du statut du créole. Armand n’arrête pas de dire et d’écrire qu’il s’agit d’un patois. Ce mot lorsqu’il était utilisé par des locuteurs créoles, notamment avant-guerre, avait du charme car il exprimait justement "un amour" indéfectible envers la langue maternelle de nombreux natifs.
Hélas, progressivement ce mot patois s’est chargé d’une notion péjorative et il serait plus juste d’évoquer aujourd’hui le statut de langue régionale, bien qu’issu du français à 98 % pour son lexique.
Lorsqu’Armand évoque 3 000 mots et expressions, il a raison mais aussi tort.
Ces 3 000 mots de différenciation avec le français moderne sont justement des mots du vieux français qui ne sont plus usités dans l’hexagone.
Par contre, un locuteur créole utilise près de 13 000 mots dont près de 10 000 sont en même temps du français moderne et du créole traditionnel. Par exemple "coq" signifie la même chose que ce soit en français ou en créole, un même son, un même sens, il faut donc conserver la graphie d’origine. Il faudrait que les universitaires qui ont tendance à compliquer ce qui est simple arrêtent d’être intolérants à l’égard de ceux qui oeuvrent pour la promotion du français ou du créole qu’il soit ancien ou moderne. Les missionnaires de France ont eu raison de dire que les langues sont toutes respectables en honneur et dignité.
Par contre, il ne serait pas cohérent de vouloir mettre sur le même plan d’égalité la langue créole et la langue française car le nombre d’entrée en créole n’est pas de 3 000 mots comme le dit Armand mais de 13 000 mots, cela ne lui permet pas de franchir l’apprentissage universitaire qu’il soit philosophique ou scientifique car le français moderne a 40 000 mots usuels et près de 200 000 mots savants. Il sera impossible au locuteur créole, à moins qu’il s’exprime en français, ce qu’il fait d’ailleurs avec bonne grâce, d’étudier la métaphysique ou la médecine en créole…
Nous aurons recours au français savant issu en grande partie de la tradition latine que les "Kwziiste" malgré leur diplôme (bonux ?) abhorrent parce que ce sont des ignorants.
Entre le discours de rupture d’Armand qui est pourtant utile par sa pugnacité et celui démagogique et méprisant d’Axel Gauvin et de Monsieur Prudent à l’égard des autres qui pensent différemment, il est une réalité médiane celle du réel, celle du respect et de l’amour que l’on doit aux deux langues usitées à La Réunion. Ce modeste courrier a pour vocation d’enrichir le débat et d’ouvrir de nouvelles perspectives qui depuis 30 ans sont fermées à triple tour par les décideurs sectaires qui veulent nous amener dans une voie sans issue qu’est la phonologie (avec les avantages matériels que cela procure, il suffirait d’étudier les sommes considérables qui leur ont été attribuées … ces 3 dernières décennies).
Espérons quand même…
Christian Vittori


