Rachat de Colipays par 350 agriculteurs : "C’est l’agriculture de demain"

Pour Benjamin Elma, qui ne se définit pas "comme un cueilleur mais un producteur", le letchi n’a plus de secret. Pourtant, son secret et ses techniques, il les tait. Au fil des années, les rendements ont augmenté et les letchis peuvent être conservés jusqu’à 15-20 jours naturellement. Sur un de ses terrains de 5 hectares, à Sainte-Rose, ils se comptent par milliers. Pas encore d’un rouge vif ou d’une rondeur parfaite, mais bien présents.
"La saison commence maintenant. Il faisait sec ces derniers temps. Mais la pluie qui vient d’arriver nous fait du bien. Le fruit commence à être bien juteux et bien calibré. La saison des fruits s’annonce bien", souligne le nouveau PDG de Colipays, Nicolas Ethève.
Avec cinq autres agriculteurs, ils sont fiers, à quelques heures du lancement de la saison d’exportation des incontournables colis de fruits exotiques, du rachat de l’entreprise fondée en 1991 par Frédéric Faby, Colipays étant devenu le leader des cadeaux et colis dans les Outre-mer. "Novembre, décembre et janvier sont des mois importants pour nous, ils représentent 60 % de notre chiffre d’affaires".
100 000 colis expédiés par an
L’entreprise au chiffre d’affaires de 5,2 millions d'euros en 2019 appartient désormais à deux coopératives agricoles, la SCA et la Sica Terre, rassemblant 350 agriculteurs. "On a eu vent que Colipays était à vendre depuis 5-6 ans. On s’est mis autour de la table et on a commencé à discuter. Il a fallu négocier", sourit le jeune PDG. Aucun chiffre ne sera communiqué par son nouveau PDG pour l’acquisition des parts de Frédéric Faby.
Le 22 avril 2021, les deux coopératives ont acquis 69 % des parts de la société, le reste étant à la Bourse. La SCA, fournisseur historique de Colipays depuis plus de 15 ans, fournit en moyenne 300 tonnes de fruits. Comme les années précédentes, les nouveaux propriétaires misent sur l’envoi de 100.000 colis, pour un tonnage total de 500 tonnes (rhum, chocolat, confiture, emballage…).
La SCA n’en est pas à son coup d’essai. L’année dernière, elle avait lancé la Box Fruitée, reprenant le même concept. "Aujourd’hui, Box Fruitée vise plus une clientèle de comités d’entreprise aussi bien à La Réunion qu’en métropole", précise Nicolas Ethève, âgé d’à peine 29 ans. "Pour Colipays, l’offre reste inchangée. Nous allons lancer prochainement le colis de letchis bio et la banane rouge l’année prochaine".
L’entreprise mise aussi sur l’import de fruits qui représente 10 % du chiffre d’affaires, comme le colis cerise.
Hausse des prix
Vu le contexte sanitaire et le spectre de la 5ème vague de plus en plus menaçant en métropole, l’entreprise s’est assurée avec les compagnies aériennes de pouvoir expédier ses fruits par le biais des vols commerciaux, sous 48 heures vers l'Hexagone et 72 heures vers les autres pays d'Europe. La mauvaise nouvelle concerne une augmentation des prix pour les colis, allant de 2 à 10 €. "Pour lutter contre le e-commerce des géants comme Amazon, Ali Express ou Alibaba, l’Union européenne a décidé de taxer dès le moindre euro. Même si La Réunion fait partie de l’Europe, ce n’est pas le cas au niveau fiscal. Aujourd’hui, on est considéré comme un envoi d’un particulier à particulier", précise le PDG de Colipays.
La TVA varie d’un produit à l’autre, 5,5 % pour les fruits et jusqu’à 20 % pour l’alcool. "Aucun député n’est venu nous voir. On essaie avec nos avocats de trouver une solution à ce problème", précise Nicolas Ethève.
Pour ses 30 ans, Colipays s’offre une nouvelle jeunesse. "C’est un virage. C’est l’agriculture de demain. On s’occupe de la terre jusqu’au consommateur. C’est un bon moyen de valoriser notre travail", précise Nicolas Ethève. "On passe de la terre à l’e-commerce", ajoute Benjamin Elma.


