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Quartier Français : Usine Centrale

Construite en 1875, située sur le territoire de la commune de Sainte-Suzanne, l'usine sucrière de Quartier Français a été une des plus productives et des plus centralisées de son époque. Aujourd'hui elle fait partie intégrante de l'usine du Gol à Saint-Louis, où elle a su amener son savoir-faire et sa capacité d'adaptation.

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 18 juillet 2009 à 08H00

Quartier Français à Sainte-Suzanne a été le premier endroit occupé par les Français. En effet,  en 1646 les 12 mutins envoyés par Pronis de Fort Dauphin élisent domicile sur cette côte est de l’île où ils vivent pendant 3 ans.
Le Beau-Pays présente les meilleures terres de l’île. Ce grenier alimente les Mascareignes jusqu’en 1815, date historique de la séparation des 3 îles. L’île Bourbon redevenant Française alors que ses deux sœurs demeurent colonies Anglaises. Le blé, les vergers et les rizières sont progressivement  remplacées par les champs de cannes à sucre dont la production est destinée à l’Europe. 

 

Propriétaire du tiers des terres agricoles de l’île (surtout à Saint-Pierre et Saint-Joseph) et dans l’est du domaine de Bel-Air, Denis-André le Coat de K/Véguen ou  Kerveguen construit en 1875, sur la rive gauche de la rivière Saint-Jean, la première  « usine centrale » moderne. Cette usine qui présente « trois pressions » et un « défibreur », reçoit les cannes de tous les planteurs de la région  et regroupe la production sucrière de la zone. Presque toutes les petites fabriques à sucre dont celles des 2 rives et de Fery d’Esclands du centre ville de Sainte-Suzanne arrêtent leurs activités. L’usine qui produit alors 3.500 tonnes de sucre, est le plus gros employeur de la commune. Il n’en reste alors que 4 en 1880, lorsque les usines se regroupent une nouvelle fois, et, en 1917 il ne subsiste plus que celle de Quartier Français.

 

Un accident catastrophique survient le 16 Février 1899 provoquant un énorme incendie. Le support d’un récipient de 25 000 litres de rhum s’ébranle et s’écrase. Le récipient est pulvérisé, le rhum s’échappe vers un alambic allumé et prend feu. L’incendie est difficilement maitrisé et l’usine entièrement détruite.  9 personnes y trouvent la mort.
En 1920 les héritiers Kervéguen décident de se séparer de cette usine qui n’est pas propriétaire des terres à cannes environnantes. Elle est achetée par une Société Mauricienne  la Compagnie Maurice-Réunion. Puis, elle est rachetée, le 23 octobre 1923, par un groupe de planteurs de la région dont Philidor et Ivrin Payet, deux frères venant de Salazie. René Payet, un des fils d’Ivrin en sera le directeur.

 

L’usine comporte plusieurs longs bâtiments de fabrication de sucre. La distillerie a été construite un peu à l’écart, on comprend pourquoi. Les bureaux, les balances, les ateliers et les magasins complètent la structure. La haute cheminée ronde est construite dès le début de l’activité sucrière en pierres de tailles de basalte. Il semblerait cependant qu’elle ait été remontée ou totalement refaite entre 1925 et 1955. Une seconde carrée qui la côtoyait dans la cour de cette usine, a disparu. Comme dans toutes les plantations et les usines sucrières, les employés et les ouvriers logent dans les environs de l’usine dans des maisons de fonction.

 

On ne peut parler de Quartier Français, sans citer ses deux derniers directeurs-ingénieurs réunionnais René Payet (1896-1982) et Maxime Rivière (1921-1995). Ils ont tout donné par passion de leur métier et une vrai fibre de créateurs-inventeurs de machines et de techniques nouvelles testées dans cette usine. René Payet, directeur de 1925 à 1955, est un fin entrepreneur, passionné par son travail de sucrier, il s’entoure de techniciens de valeur comme Jules Thirel et rendra à Quartier Français sa capacité de production, sa  performance et son dynamisme. Cependant les usines ferment les unes après les autres, il n’y a pas assez de cannes pour les trop nombreuses usines.

 

Lorsque Maxime Rivière succède à René Payet en 1955, il se trouve face à un vrai défi, fermer l’usine ou la relancer. Les usines de Bois Rouge et de Cambuston juste de l’autre côté de la rivière Saint-Jean lui opposent une concurrence sévère. Soutenue par les planteurs et des politiciens, Quartier Français repart de plus belle. Son nouveau directeur cherche perpétuellement le moyens d’extraire le plus de sucre possible de la canne évitant les déperditions. Ses inventions dont les brevets sont déposés, rayonnent au niveau international et fonctionnent dans des usines sucrières en activité localement et à l’étranger. Dans les années1960, une raffinerie fait son apparition à Quartier Français qui peu après absorbe l’usine de Rivière du Mât. En 1976, elle prépare des sirops à base du sucre fabriqué sur place.

 

En 1982, malgré une production exceptionnelle de 280 600 tonnes de canne broyée, pour une production de 27 000 de sucre et 8 000 de mélasse, toutes ses performances et ses adaptations mécaniques et de productions, n’empêchent pas Quartier Français de fermer. Elle rejoindra l’usine du Gol à Saint-Louis quelques années plus tard.
En effet, en 1994, la Société Léonus Bénard Sucrerie – Distillerie du GOL et la Sucrière du Nord-Est fusionnent  pour devenir la « Sucrière de La Réunion » succursale du Groupe Quartier Français et propriétaire de l’usine du Gol. Le groupe Quartier Français, meilleur producteur européen de sucre de canne, continue à produire différents rhums et autres produits agro-alimentaires.

Sources : -Quartier Français, une histoire réunionnaise de 1923 à aujourd’hui par FélixTorres.Océan Editions 
-LAVAUX (Catherine), La Réunion, Du battant des lames au sommet des Montagnes. Ed.Cormorans
-Le Patrimoine Des Communes De La Réunion.Auteur:Collectif- Editeur : Flohic- Collection:Le Patrimoine Des Communes De France- 2000

 

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