"Procès fictifs" : à Saint-Pierre, les avocats ouvrent un tribunal à ciel ouvert contre la loi SURE et invitent les Réunionnais à juger avec eux

Lundi matin 13 avril, café noir et robes noires s’invitent devant le tribunal. À Saint-Pierre, les avocats haussent le ton contre le projet de loi SURE et appellent les citoyens à venir débattre, comprendre, et pourquoi pas… juger.
Il y a des matins où la justice quitte ses murs pour respirer à ciel ouvert. Ce lundi 13 avril, dès 7h30, le parvis du tribunal judiciaire de Saint-Pierre prendra des airs d’agora. Café partagé, débats improvisés, procès fictifs. Une mise en scène assumée pour une colère bien réelle.
Dans un message adressé à la presse, le ton est posé mais déterminé. "Le Conseil de l’Ordre du Barreau de Saint-Pierre a décidé d’un grand rassemblement, en protestation au projet de loi SURE". Et l’invitation se veut large, presque chaleureuse. "Les avocats du Barreau de Saint-Pierre invitent par conséquent les justiciables à les rejoindre dès 7h30, devant le Tribunal Judiciaire de Saint-Pierre, pour partager un petit déjeuner et assister à des débats, des procès fictifs, etc".
Derrière la convivialité affichée, la critique est sévère. Déjà largement relayée, la mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation. Les avocats réunionnais dénoncent un texte qui, selon eux, "favorisera les erreurs judiciaires". Une formule qui claque, et qui dit l’essentiel de leurs inquiétudes.
Expliquer, convaincre, dialoguer
Ce projet de loi sur la justice criminelle, baptisée SURE, cristallise les tensions. Simplification pour les uns, précipitation pour les autres. Les robes noires redoutent une justice expéditive, où le temps du doute et de la nuance serait sacrifié sur l’autel de l’efficacité. "On utilise des procédés qui vont rallonger les délais ou qui vont piétiner les droits des justiciables", tance le Bâtonnier Frédéric Hoarau. "Le but et l'objectif du gouvernement est d'acter ce projet au mois d'août [...] Il faut qu'on trouve des moyens qui ne soient pas préjudiciables aux justiciables", répond l'avocat saint-pierrois quand on lui demande sous quelle forme va se poursuivre le mouvement après le lundi 13 avril.
Le bâtonnier continue : "Cette réforme-là ne va pas accélérer le sort des victimes, parce qu'il y a une forme de pression sur elles. Si le plaider-coupable n'est pas accepté, le chantage qui va être opéré, c'est que votre dossier va être étudié dans 5 ans. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que l'accepter, lorsque la victime va venir exposer sa souffrance, son temps de parole sera réduit, car plusieurs dossiers seront étudiés en même temps".
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Alors ils sortent. Littéralement. Pour expliquer, convaincre, dialoguer. Et peut-être réconcilier les citoyens avec une justice qu’ils estiment fragilisée. Lundi 13 avril, il ne sera pas seulement question de droit, mais de confiance.
Et si, autour d’un café, la justice retrouvait un peu de sa voix publique ?


